Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Victor Schoelcher

par Charactorium · Victor Schoelcher (1804 — 1893) · Politique · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est dans le cabinet encombré de livres de Victor Schœlcher, à Paris, en cet automne 1885, que Jules Ferry vient frapper. Une lampe à pétrole éclaire les épreuves d'un manuscrit, et l'odeur de l'encre flotte encore. Le sénateur des Antilles reçoit avec déférence cet ancien ministre qui vient d'imposer l'école gratuite, laïque et obligatoire. Entre l'abolitionniste vieillissant et le républicain de l'instruction publique, c'est un même combat — celui de l'émancipation par la liberté — qui se prolonge d'une génération à l'autre.

Vous qui avez tant voyagé, on dit qu'un séjour aux Antilles, en 1833, fit basculer votre jeunesse. Que vîtes-vous là-bas ?

Je partais en jeune homme léger, plus curieux de porcelaines et de musique que de politique, monsieur Ferry. La question de l'esclavage, je la croyais affaire de chiffres, de sucre et de douanes. Puis j'ai vu. J'ai vu des hommes vendus comme bétail à la Martinique, des dos marqués au fer, des familles séparées sur le quai d'un marché. On ne revient pas le même d'un tel spectacle. Ce que mes lectures n'avaient pas fait, mes yeux l'ont accompli en quelques mois. Je suis rentré en France avec une certitude qui ne m'a plus quitté soixante années durant : aucune raison économique, aucune prudence d'État ne peut justifier qu'un homme en possède un autre.

Ce que mes lectures n'avaient pas fait, mes yeux l'ont accompli en quelques mois.

Avant les décrets, il fallut convaincre. Votre livre de 1840 est devenu une arme. Comment retourne-t-on l'opinion d'un pays ?

Par la plume, monsieur le ministre, patiemment, page après page. Dans Des colonies françaises - Suppression de l'esclavage, je n'ai pas seulement crié l'indignation : j'ai répondu, une à une, à toutes les objections des colons. On me disait l'abolition ruineuse ? Je démontrais le contraire, chiffres en main. On me disait le Noir incapable de liberté ? Je rapportais ce que j'avais observé de mes propres yeux. J'écrivais que l'esclavage est un crime contre l'humanité, mais aussi qu'il était une mauvaise affaire pour la France elle-même. Il faut parler à la conscience et à l'intérêt en même temps. Vous le savez bien, vous qui avez dû convaincre tout un pays de mettre ses enfants à l'école : on ne réforme les mœurs qu'en éclairant d'abord les esprits.

Il faut parler à la conscience et à l'intérêt en même temps.

Vous m'avez raconté, un soir, comment naquit le décret de 1848. Permettez que je le redemande pour la postérité : comment cela se fit-il ?

La République de février venait de naître, tout était fièvre et désordre. On me nomma secrétaire de la Commission pour l'abolition de l'esclavage — et je refusai de temporiser. Beaucoup voulaient une émancipation lente, étalée sur des années, avec indemnités et délais. Moi je voulais le décret, tout de suite, sans transition. Décrétiste, disait-on, comme d'une injure : je l'ai porté comme un titre. J'ai tenu la plume du 27 avril 1848, et d'un trait plus de deux cent cinquante mille hommes cessèrent d'être des choses pour devenir des citoyens. Songez-y : un matin esclaves, le soir électeurs. Ce fut le plus beau jour de ma vie, et je n'en ai connu aucun depuis qui l'égale.

Un matin esclaves, le soir électeurs — ce fut le plus beau jour de ma vie.

Votre combat naquit sous Louis-Philippe et ne triompha que sous la République. Croyez-vous qu'une monarchie ne pouvait l'accomplir ?

J'en ai la conviction profonde. Sous la Monarchie de Juillet, j'ai écrit, pétitionné, ferraillé pendant quinze ans : on m'écoutait poliment, on remettait à plus tard, on ménageait les intérêts coloniaux. Un trône a toujours besoin des puissants, et les puissants des colonies tenaient à leurs esclaves. Il a fallu que 1848 balaie le roi et proclame le suffrage universel pour que l'impossible devînt soudain naturel. L'Angleterre nous avait précédés en 1833, et l'on nous le reprochait sans cesse. La vérité, c'est que la liberté des uns appelle la liberté des autres : on ne pouvait pas donner le bulletin de vote à l'ouvrier de Paris et la chaîne au cultivateur de la Guadeloupe. La République fut la condition de l'abolition.

On ne pouvait pas donner le bulletin de vote à l'ouvrier de Paris et la chaîne au cultivateur de la Guadeloupe.
Cayenne Victor Schoelcher statue by Louis-Ernest Barrias
Cayenne Victor Schoelcher statue by Louis-Ernest BarriasWikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 — Cayambe

Le décret signé, beaucoup vous croyaient au repos. Vous fûtes élu de la Guadeloupe et repartîtes au combat. Pourquoi ne pas vous arrêter là ?

Parce que briser les chaînes ne suffit pas, monsieur Ferry — et vous êtes mieux placé que quiconque pour me comprendre. Un homme libre sans terre, sans salaire juste, sans instruction, demeure à demi enchaîné. Élu représentant de la Guadeloupe, je me suis battu pour l'égalité réelle : des droits civiques entiers, un travail rétribué, et surtout des écoles. L'école, toujours l'école ! J'ai répété sans me lasser que l'affranchi ne serait vraiment libre que lorsqu'il saurait lire, raisonner, voter en connaissance. Voilà pourquoi votre œuvre me touche tant : l'instruction gratuite que vous donnez aux enfants de France, c'est l'achèvement de ce que j'ai commencé. Sans elle, mon décret n'aurait été qu'un demi-affranchissement.

Un homme libre sans terre, sans salaire juste, sans instruction, demeure à demi enchaîné.

Le coup d'État de 1851 vous chassa de France. Que devient un homme qui voit sa République abattue l'année même de son triomphe ?

On les armes à la main, je fus de ceux qui résistèrent dans les rues de Paris au 2 décembre. Quand tout fut perdu, il fallut fuir — l'exil ou la prison. J'ai vécu près de vingt ans hors du pays, en Angleterre surtout, à regarder de loin l'Empire piétiner ce que nous avions bâti. Ce furent des années amères, je ne le cache pas. Mais l'exil n'a pas désarmé ma plume : j'ai continué d'écrire, de témoigner, de garder vivante la mémoire de 1848. Et quand la République est revenue, en 1870, je suis rentré aussitôt reprendre mon siège. On peut chasser un homme de son pays ; on ne chasse pas une idée juste de l'histoire des peuples.

On peut chasser un homme de son pays ; on ne chasse pas une idée juste de l'histoire des peuples.
Bust of Victor Schœlcher
Bust of Victor SchœlcherWikimedia Commons, CC0 — Brücke-Osteuropa

Vous achevez, dit-on, une vie de Toussaint Louverture. Pourquoi consacrer vos dernières forces à ce héros d'Haïti ?

Parce qu'on a voulu l'effacer, et qu'effacer un tel homme, c'est mentir sur ce que les nôtres sont capables d'accomplir. Toussaint Louverture fut un esclave devenu général, législateur, chef d'un peuple — la preuve vivante que la couleur de la peau ne décide ni de l'intelligence ni de la grandeur. En écrivant sa vie, je réponds à tous ceux qui prétendent encore que l'affranchi resterait un éternel mineur. Je veux que la jeunesse française et antillaise sache qu'un homme né dans les fers a tenu tête aux plus grandes puissances de son temps. C'est mon dernier plaidoyer, peut-être : non plus pour abolir l'esclavage, qui est mort, mais pour abolir le préjugé, qui lui survit.

L'esclavage est mort ; reste à abolir le préjugé, qui lui survit.

Quand je vous regarde à votre table, parmi vos papiers, je me demande : qu'est-ce qui, chaque matin, remettait votre plume au travail ?

Une colère, monsieur le ministre, et elle ne s'est jamais éteinte. La colère de savoir qu'au moment où je prenais mon café, à Paris, dans le confort d'un cabinet bourgeois, des hommes courbaient l'échine sous le fouet pour que ce sucre arrivât dans ma tasse. Je n'ai jamais pu boire tranquille. Alors j'écrivais : des livres, des articles, des pamphlets, des rapports pour l'Assemblée. La plume était mon arme, l'imprimé mon champ de bataille. Je crois qu'un homme ne vaut que par la cause qu'il sert plus que lui-même. La mienne m'a pris soixante ans ; je ne la regrette pas une heure. On peut me trouver entêté — je préfère dire fidèle.

La plume était mon arme, l'imprimé mon champ de bataille.

Une dernière chose. Lorsque vous tendez la main à un enfant d'affranchi aux Antilles, que voudriez-vous qu'il retienne de vous ?

Qu'il ne retienne pas mon nom — qu'il retienne sa liberté. Je n'ai pas libéré ces hommes : je leur ai seulement rendu ce qui leur appartenait de naissance et qu'on leur avait volé. Si cet enfant retient quelque chose, qu'il sache qu'il est l'égal de tous, qu'aucune naissance ne le condamne, et qu'il a le devoir, à son tour, de défendre la liberté d'un autre. Voilà ce qui m'importe. Vous donnez l'école, je donne l'exemple ; ensemble, peut-être, nous aurons fait de ces enfants des hommes vraiment libres. Le reste — les statues, les hommages — je le laisse à ceux qui aiment les cérémonies. Moi, je préfère qu'on me continue plutôt qu'on me célèbre.

Je préfère qu'on me continue plutôt qu'on me célèbre.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Victor Schoelcher. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.