Imaginary interview

Imaginary interview with Abai Kunanbaev

by Charactorium · Abai Kunanbaev (1845 — 1904) · Literature · Philosophy · 7 min read

Imaginary interview generated by AI from documented sources.
Portrait of Abai Kunanbaev

C'est à Jidebaï, dans les quartiers d'hiver de la famille Kounanbaïev, qu'on imagine cette rencontre — vers 1895, au creux d'une steppe silencieuse sous la neige. Abaï, la cinquantaine imposante et le regard vif, reçoit près du foyer de la yourte, une tasse de thé entre les mains. Autour de lui, des livres russes et persans voisinent avec un calame posé sur un cahier ouvert : le Livre des Paroles est en cours.

Vous souvenez-vous du soir où vous avez choisi la plume plutôt que le sceau du juge ?

Je me suis posé la question en face de moi-même, un soir ici à Jidebaï, quand le vent fouettait le feutre et que la flamme tremblait sur mes cahiers. « Ai-je gouverné le peuple ? Non. Ai-je accru mes troupeaux ? Non. J'ai décidé enfin de prendre le papier et l'encre pour consigner mes pensées. » Ces mots, je les ai écrits tels quels au seuil de mes Paroles édifiantes — non par honte, mais par clarté. Mon grand-père était bii, mon père aussi : hommes de sentence et de coutume, respectés de la steppe kazakhe. La voie était tracée pour moi. Seulement, j'avais observé que les mêmes disputes revenaient de saison en saison, comme les rivières gonflées au dégel. Un juge tranche ; il ne guérit pas. Seule la pensée écrite peut s'adresser à ceux qu'on n'a jamais rencontrés, traverser une génération entière sans perdre une syllabe. Ce soir-là, le calame et l'encrier posés devant moi n'étaient pas de simples outils : c'était le choix de toute une vie.

Un juge tranche ; il ne guérit pas. Seule la pensée écrite peut traverser une génération sans perdre une syllabe.

Qu'est-ce que cela signifiait, concrètement, d'élever la langue kazakhe au rang de langue littéraire ?

Avant moi, notre langue vivait dans la bouche des akynlar — les poètes-improvisateurs qui chantaient leurs vers de yourte en yourte, de jailaou en jailaou. C'était une langue magnifique, charnelle, faite pour l'oreille et le vent. Mais une langue sans écriture est une langue sans mémoire durable : chaque interprète ajoute, ampute, oublie. J'ai voulu que le kazakh puisse tenir sur une page aussi fermement qu'il tient sur une lèvre. Cela signifiait forger des formes nouvelles — des strophes régulières, des poèmes qui n'aient pas besoin d'un chanteur pour exister. Mon poème « Été »1886 — était l'une de ces premières tentatives : dire la steppe verdoyante et les troupeaux au bord de l'eau claire non pas pour un public présent, mais pour un lecteur inconnu, à venir. C'est un pari d'une tout autre nature que l'improvisation.

Comment vivait-on, enfant, entre la médersa et cette école russe que vous fréquentiez en cachette à Semipalatinsk ?

On était partagé — et c'est peut-être la meilleure chose qui me soit arrivée. Le matin, à la médersa de l'imam, j'apprenais l'arabe, le persan, les textes coraniques : un monde de figures et de commentaires anciens, une profondeur que je ne renie toujours pas. Mais quelques rues plus loin, l'école russe m'ouvrait une autre porte : des noms d'auteurs que je n'avais jamais entendus, des façons de raisonner différentes, une curiosité sur la nature qui me semblait moins encadrée. Je filais entre les deux en craignant un peu d'être vu. Ce n'était pas de la duplicité — c'était de la faim. Semipalatinsk était déjà, en ce temps-là, un lieu étrange où se croisaient la steppe kazakhe et les avant-postes de l'empire : il fallait en tirer quelque chose, ou subir.

Que répondriez-vous à ceux qui voient dans votre admiration pour la culture russe une forme de reniement ?

Je leur répondrais ce que j'ai couché par écrit dans mes Paroles : « La science, l'art et bien d'autres trésors sont détenus par les Russes. Pour éviter leurs défauts et apprendre leurs qualités, il faut connaître leur langue. » Ce n'est pas de la déférence aveugle — c'est du discernement. Un peuple qui refuse d'apprendre de ses voisins, fussent-ils ses maîtres, s'enferme dans une fierté stérile. J'ai traduit Pouchkine, Lermontov, Krylov — non pour que les Kazakhs deviennent russes, mais pour que la steppe reconnaisse en ces voix quelque chose d'humain, d'universellement humain, qu'elle pourrait nourrir à son tour. La connaissance ne trahit pas : c'est l'ignorance qui livre un peuple, sans résistance, à celui qui sait mieux.

La connaissance ne trahit pas : c'est l'ignorance qui livre un peuple, sans résistance, à celui qui sait mieux.

Comment est née l'idée de chanter en kazakh la lettre de Tatiana tirée d'Eugène Onéguine ?

J'avais lu et relu Eugène Onéguine de Pouchkine en russe, et cette lettre — Tatiana qui écrit à l'homme qu'elle aime avec une sincérité qui fait presque mal à lire — m'avait arrêté net. Ce n'était pas une héroïne de conte ; c'était une femme qui pense, qui ose. Je me suis demandé si ce texte pouvait exister en kazakh sans se réduire à un exercice de traducteur. J'ai essayé de trouver un rythme qui épouserait naturellement la dombra : les deux cordes de cet instrument demandent une cadence précise, une respiration. Quand j'ai chanté la première version à quelques proches, au coin du feu, quelque chose a passé. Je ne savais pas encore que cette mélodie parcourrait la steppe longtemps après notre soirée — qu'on l'entendrait dans des aouls où personne n'avait jamais ouvert un livre russe.

Pourquoi tenir à ce que vos poèmes soient aussi des mélodies pour dombra, et pas seulement des textes écrits ?

Parce que la mémoire de mon peuple est d'abord une mémoire sonore. Durant des siècles, les akynlar ont porté l'histoire, la sagesse, le deuil et la joie dans leurs gorges, pas dans des bibliothèques. Si j'écrivais des vers qui ne pouvaient se chanter, j'écrivais pour une poignée de lettrés. Mais si ma dombra portait les mêmes mots jusqu'aux campements les plus reculés des monts Chinguiz-Taou, alors la pensée voyageait autrement — elle s'installait dans la mémoire de gens qui ne sauraient jamais lire. J'ai composé une vingtaine de mélodies de cette façon, à la jonction de deux mondes : le poème qui tient sur la page et le chant qui tient dans l'air. Ce n'est pas une concession à l'archaïsme — c'est comprendre que l'écriture et la voix ne sont pas ennemies.

Vos Paroles édifiantes critiquent sévèrement la paresse, les querelles de clans, l'orgueil des ancêtres. N'avez-vous pas craint les réactions ?

Si, bien sûr. Et elles sont venues. Il est plus facile de critiquer l'empire russe — on y trouve des amis, des applaudissements — que de dire à ses propres compatriotes qu'ils perdent leur temps à se disputer des pâturages en oubliant leurs enfants analphabètes. J'écrivais qu'il fallait travailler, acquérir un savoir, plutôt que de se vanter de ses ancêtres. Cette conviction m'a valu des ennemis dans mon propre clan, dans ma propre famille parfois. Mais j'avais observé, en tant que bii de la région de Semipalatinsk, que les querelles de prestige entre jüz — entre les grandes hordes — affaiblissaient les Kazakhs face à une puissance coloniale qui, elle, ne se disputait pas : elle administrait, recensait, construisait des lignes. Ce que je critiquais, c'était notre fragmentation volontaire.

Comment comprendre qu'un homme de votre rang ose retourner la critique contre les siens plutôt que contre l'occupant ?

Parce que l'occupant, lui, je n'avais pas les moyens de le changer — du moins pas seul, pas par la force des mots d'un seul homme. En revanche, ma société kazakhe, je la connaissais de l'intérieur, dans ses ressorts, ses fiertés, ses angles morts. Un médecin qui ne soigne que les symptômes visibles, sans toucher la blessure profonde, n'est pas un bon médecin. Les Paroles édifiantes sont nées de cette conviction : si nous ne nous regardons pas en face, avec honnêteté, aucune réforme venue de l'extérieur ne servira à rien. Ce n'est pas une abdication devant la domination russe — c'est au contraire préparer un peuple à se tenir debout, non par la plainte, mais par la connaissance et la dignité du travail intellectuel. Jidebaï, l'hiver, m'offrait le silence pour écrire ces choses sans trembler.

Vous souvenez-vous de vos premières rencontres, à Semipalatinsk, avec ces exilés politiques russes envoyés en steppe par l'empire ?

C'était aux alentours de 1887. Ces hommes étaient arrivés dans la ville comme on est déposé au bord d'un chemin : par punition, loin de leur monde. Et pourtant, ce qu'ils portaient dans la tête était immense. L'un d'eux m'a ouvert des textes de philosophie et d'histoire que je n'avais jamais vus même à la médersa. Ce paradoxe ne m'a jamais quitté : l'empire qui opprime nos steppes envoyait aussi dans ces mêmes steppes ses propres dissidents — des hommes que l'empire voulait punir pour avoir trop bien pensé. Je ne confondais pas les geôliers et les prisonniers. Ces rencontres à Semipalatinsk ont nourri mes réflexions sans jamais me faire oublier ce qu'était la colonisation : une contrainte réelle, pesante, sur nos terres et nos modes de vie.

Comment teniez-vous ensemble ces deux réalités : apprendre de la culture russe tout en voyant les réformes impériales démanteler la vie nomade kazakhe ?

On peut admirer la lumière d'une lampe et maudire la main qui tient la lampe. La réforme de 1868 a renforcé l'administration coloniale, sédentarisé des familles entières qui n'avaient jamais vécu autrement que sous la tente, morcelé des terres de parcours ancestrales. Ce n'était pas de la civilisation — c'était de la confiscation habillée de papier officiel. Mais j'ai refusé de laisser cette colère me rendre aveugle à ce que la pensée russe, dans ses meilleurs représentants, pouvait nous offrir. Pouchkine n'avait pas choisi l'empire ; Lermontov ne l'avait pas aimé davantage. Prendre dans une culture ce qui est valable sans s'y dissoudre : voilà ce que j'ai tenté. Ce n'est pas de la naïveté — c'est l'exercice le plus difficile qui soit.

On peut admirer la lumière d'une lampe et maudire la main qui tient la lampe.

Que souhaiteriez-vous que ceux qui vous liront dans une ou deux générations retiennent de votre œuvre ?

Qu'ils retiennent moins ce que j'ai dit que comment je l'ai dit : en kazakh, avec rigueur, en refusant de choisir entre l'héritage de la steppe et l'ouverture sur le reste du monde. Si dans cinquante ans un jeune homme du fond des monts Chinguiz-Taou lit mes Paroles et comprend que penser est une dignité, que la langue de ses pères peut porter des idées aussi profondes que le persan ou le russe — alors j'aurai fait mon travail. Je ne cherche pas à être célébré. J'ai écrit au seuil de ces Paroles que celui à qui mes pensées plairont pourra les recopier ou les lire, et que cela suffit. Ce n'est pas de la modestie — c'est ce que j'entends par un livre : une parole qui se détache de son auteur et continue à marcher seule, longtemps après que le foyer s'est éteint.

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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Abai Kunanbaev's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.