Imaginary interview

Imaginary dialogue between François Cavanna and Cabu

by Charactorium · Cabu (1938 — 2015) · Visual Arts · Society · 5 min read

Imaginary interview generated by AI from documented sources.

C'est dans les locaux encombrés de la rédaction, rue Nicolas-Appert, qu'un après-midi de bouclage François Cavanna pose ses coudes sur la table à dessin de Cabu. Les murs sentent l'encre de Chine et le café refroidi, et un poste de radio crache un vieux disque de jazz que Cabu a mis lui-même. Ils se connaissent depuis Hara-Kiri, depuis ce journal bête et méchant qu'ils ont fait naître ensemble au début des années soixante. Cavanna vient sans carnet ni magnétophone, juste avec l'envie de faire parler l'homme derrière le trait qu'il a vu se former sous ses yeux.

Avant Hara-Kiri, avant nous, il y avait un gamin de Châlons qui dessinait ses profs en douce. Raconte-moi ce gosse, Cabu.

Ce gosse, c'était moi et je n'ai pas beaucoup changé, tu le sais bien. Je dessinais partout, sur mes cahiers, en pleine leçon, je croquais les profs, les copains, tout ce qui bougeait. Dès 1954, à seize ans, L'Union à Reims publiait déjà mes dessins — imagine la fierté du lycéen ! Le Grand Duduche est né de là, un lycéen rêveur et pacifiste, un peu ballot, qui traîne au fond de la classe. C'est le plus tendre de mes personnages parce que c'est le plus proche de moi. Toi qui as connu mes débuts, tu sais que je n'ai jamais quitté la cour de récré. Le crayon, à cet âge-là, ce n'était pas encore une arme, c'était une manière de survivre à l'ennui.

Le Grand Duduche, c'est le plus tendre de mes personnages parce que c'est le plus proche de moi.

On t'a envoyé en Algérie de 1958 à 1960. Tu en es revenu autre homme. Qu'est-ce que l'uniforme t'a fait, à toi ?

Il m'a fait horreur de l'uniforme, voilà ce qu'il m'a fait. J'étais un petit gars qui dessinait, on m'a collé un fusil et envoyé là-bas, en pleine guerre. Je ne te raconterai pas les détails, tu les devines. Mais je suis rentré antimilitariste jusqu'à la moelle, et je le suis resté. Toute ma satire contre l'armée, contre les galonnés, contre l'esprit de caserne, elle vient de ces deux années-là. L'armée croit fabriquer des hommes, elle fabrique surtout des imbéciles obéissants. Quand plus tard j'ai dessiné l'adjudant, le troufion, le va-t-en-guerre, je réglais un vieux compte. Tu vois, on ne devient pas satiriste dans les livres. On le devient en voyant de près la bêtise organisée.

L'armée croit fabriquer des hommes, elle fabrique surtout des imbéciles obéissants.

Cette rage antimilitariste, tu l'as apportée chez nous à Hara-Kiri. Elle collait au bête et méchant qu'on cherchait. Tu t'y es senti chez toi tout de suite ?

Chez moi ? J'y étais comme un poisson dans l'eau, et tu es bien placé pour le savoir puisque c'est toi et le Professeur Choron qui teniez la boutique. Hara-Kiri, c'était le seul endroit où l'on pouvait tout dire, tout dessiner, sans qu'un rédacteur en chef vienne pleurnicher. Le bête et méchant, ce n'était pas de la bêtise, c'était une liberté totale, une façon de refuser la politesse hypocrite. J'arrivais avec ma haine des casernes et des bien-pensants, et vous m'avez laissé cogner. On a été interdits, on a renaît sous d'autres noms, on a recommencé. C'est là que mon trait est devenu une arme pour de bon. Sans cette bande d'anarchistes joyeux, je serais peut-être resté un gentil dessinateur de Pilote.

En 1978, tu sors le Beauf. Un mot de beau-frère, et le voilà dans toutes les bouches. Comment ce type-là t'est-il venu ?

Le Beauf, il était partout autour de moi, il suffisait de tendre l'oreille au comptoir. Le Français moyen content de lui, raciste sans même le savoir, réactionnaire par confort, qui donne son avis sur tout entre deux pastis. Je l'ai appelé Beauf parce que c'est le beau-frère qu'on subit aux repas de famille, celui qui pérore. Le contraire de la culture, le contraire de la générosité, le contraire de la tolérance — voilà ce qu'il est. Ce qui m'amuse, c'est que le mot est entré dans le dictionnaire : j'ai donné à la langue française une insulte ! Mais attention, le Beauf n'est pas qu'un autre, il y a du Beauf en chacun de nous, et c'est ça qui pique.

Il y a du Beauf en chacun de nous, et c'est ça qui pique.

Certains te reprochent de mépriser le petit peuple avec ce Beauf. Toi qui aimes tant les bals et les bistrots, qu'est-ce que tu leur réponds ?

Je leur réponds qu'ils n'ont rien compris. Le Beauf, ce n'est pas le pauvre, ce n'est pas l'ouvrier, c'est l'esprit borné, et l'esprit borné n'a pas de classe sociale — il y en a chez les riches, chez les puissants, à profusion. Moi j'aime le peuple, j'aime les bals musette, les clubs de jazz, les gens simples qui rigolent. Ce que je déteste, c'est la suffisance, la vulgarité de l'âme, pas celle des manières. Le Beauf, c'est celui qui méprise l'autre, l'étranger, le différent. En le caricaturant, je ne crache pas sur le monsieur du comptoir, je tends un miroir à ceux qui se croient tolérants. Toi qui viens des mêmes rues que moi, tu sais que je ne renie pas d'où je viens.

Pendant ce temps, tu passais à la télé, dans Récré A2, à dessiner devant des mômes. Le satiriste d'Hara-Kiri chez les enfants — ça t'amusait, cette double vie ?

Ça m'enchantait ! De 1978 à 1988, chaque semaine je dessinais en direct devant les gosses, sur mon ardoise, et le dessin apparaissait sous leurs yeux, comme un tour de magie. Je croquais Le Dodu, je croquais les animateurs, tout ça à main levée, sans filet. Pour un dessinateur, il n'y a pas de meilleur exercice : tu n'as pas droit à la gomme, tu dois trouver le trait juste du premier coup. Et puis les enfants, c'est le public le plus honnête du monde : si c'est raté, ils s'ennuient et ça se voit tout de suite. Il n'y a aucune contradiction : le matin je pouvais dessiner un Beauf féroce, l'après-midi un canard rigolo pour les petits. C'est le même crayon, la même joie de faire apparaître un visage.

Les enfants, c'est le public le plus honnête du monde.

Tu répètes que le dessin est une arme, qu'on se bat avec des crayons et non des fleurs. Toi qui hais tant la guerre, ce mot d'arme, il ne te gêne pas ?

Pas du tout, parce que c'est la seule arme qui ne tue personne. On ne se bat pas avec des fleurs, on se bat avec des crayons — mon crayon ne fait couler que de l'encre. C'est une arme de paix, si tu veux, mais une arme quand même, parce qu'elle vise juste et qu'elle fait mal aux puissants, aux cagots, aux tyrans. Un bon dessin dit en une image ce que dix éditoriaux n'arrivent pas à dire. Le rire désarme la peur, il déshabille les importants. Moi qui suis revenu d'Algérie en détestant les vrais fusils, je me suis choisi celui-là. Et je préfère mille fois blesser un orgueil qu'un corps. Voilà tout mon combat, et il tient dans une trousse à dessin.

C'est la seule arme qui ne tue personne : mon crayon ne fait couler que de l'encre.

En 2006, ta une de Mahomet en larmes, « c'est dur d'être aimé par des cons », a déclenché une tempête. Tu t'attendais à ce vacarme, mon vieux ?

Franchement, non. Je dessinais un pauvre prophète qui pleure, dépassé par les fanatiques qui se réclament de lui — c'était une défense de la tolérance, pas une insulte ! Le dessin dit exactement ce qu'il montre : c'est dur d'être aimé par des cons. Et voilà qu'on nous traîne devant les tribunaux pour blasphème, comme au Moyen Âge. Mais nous avons tenu bon, et en 2007 la justice nous a relaxés au nom de la liberté d'expression. Pour moi, c'est simple : dans ce pays, on a le droit de rire de toutes les religions, de tous les pouvoirs, sinon ce n'est plus une république. Le blasphème n'est pas un délit, c'est un droit. Le jour où l'on ne pourra plus dessiner un dieu, on ne pourra plus dessiner personne.

Le blasphème n'est pas un délit, c'est un droit.

Après tant d'années de bataille commune, du bête et méchant jusqu'aux procès, qu'est-ce qui te tient encore debout à la table à dessin chaque matin ?

L'actualité, tout bêtement. Je me lève tôt, je lis tous les journaux, je cherche la connerie du jour, celle qui mérite un dessin. Et il y en a toujours ! Tant qu'il y aura des puissants pour se prendre au sérieux, des fanatiques pour vouloir nous faire taire, des Beaufs pour cracher sur plus faible qu'eux, j'aurai du travail. Ce qui me tient debout, c'est la colère, mais une colère joyeuse, jamais triste. Et puis il y a vous, la bande, la rédaction, les engueulades du bouclage, le plaisir de faire rire les copains avant les lecteurs. Toi et moi, on a commencé ça en gamins insolents et on n'a jamais grandi. Le jour où je poserai le crayon, ce sera qu'on m'aura fait taire — et ça, je ne le leur laisserai pas.

Ce qui me tient debout, c'est la colère, mais une colère joyeuse, jamais triste.
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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Cabu's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.