Imaginary interview

Imaginary interview with Charb

by Charactorium · Charb (1967 — 2015) · Visual Arts · Society · Literature · 6 min read

Imaginary interview generated by AI from documented sources.

Rue Nicolas-Appert, dans le onzième arrondissement de Paris, un mardi matin d'hiver. La rédaction sent le café tiède et l'encre, une table lumineuse ronronne dans un coin. Charb range un feutre, s'assoit à l'envers sur sa chaise, et attend les questions avec ce demi-sourire de quelqu'un qui a déjà dessiné la chute avant qu'on ait fini la phrase.

Comment commence une journée pour un dessinateur de presse comme vous ?

Ça commence par du bruit. La radio dès le réveil, une pile de journaux, et cette question idiote qui tourne : qu'est-ce que le monde a fait de laid pendant que je dormais ? La matinée, je la passe à écouter l'actualité comme un chiffonnier ramasse ce qui traîne. L'après-midi seulement, je m'installe. Le crayon d'abord, pour l'idée, puis le feutre qui tranche. J'aime que le trait soit rapide, presque sale, parce qu'un dessin de presse qui hésite est déjà mort. Les jours de bouclage, on se retrouve en conférence de rédaction, on étale les unes possibles sur la table, on s'engueule un peu, on rit beaucoup. Et le soir, il faut boucler les planches avant l'imprimeur — l'imprimeur, lui, ne connaît ni la fatigue ni les scrupules.

Un dessin de presse qui hésite est déjà mort.

En 2004 naissent Maurice et Patapon. D'où sortent ce chien et ce chat ?

Ils sont sortis d'une envie très simple : dire les pires saloperies en les faisant porter par des bêtes. Maurice est un chien cynique, Patapon un chat vulgaire, et entre les deux ils commentent le monde avec une méchanceté que je n'oserais pas mettre dans ma propre bouche. C'est ça, le génie du dessin animalier — on pardonne tout à une bestiole. Ils me suivent depuis des années, publiés ici et là, réunis en albums. Les gens croient que je me cache derrière eux ; c'est l'inverse. Ils disent tout haut ce que la politesse m'interdit. Un caricaturiste passe sa vie à chercher le personnage qui pourra être plus salaud que lui, et j'ai eu la chance d'en trouver deux d'un coup.

On pardonne tout à une bestiole.

Racontez le numéro Charia Hebdo, en novembre 2011.

On avait eu cette idée un peu potache : confier la rédaction en chef du journal à Mahomet lui-même, façon invité surprise. La une promettait « cent coups de fouet si vous n'êtes pas morts de rire ». Provocation ? Bien sûr, c'est notre métier depuis toujours — souvenez-vous, en 2006 on avait déjà republié les caricatures danoises, on nous avait traînés en justice pour injure, et le tribunal nous avait relaxés l'année suivante. Sauf que cette fois la réponse n'est pas venue d'un juge. Nos anciens locaux du boulevard Davout ont brûlé dans la nuit, un cocktail Molotov par la fenêtre. On a fait le journal le lendemain sur des ordinateurs pleins de suie. On ne rigolait plus tout à fait pareil, mais on rigolait quand même. C'était encore la meilleure façon de leur répondre.

On a fait le journal le lendemain sur des ordinateurs pleins de suie.

Pourquoi tenez-vous tant au droit de caricaturer une religion ?

Parce que le blasphème n'est pas un délit en France depuis 1881, et que je compte bien profiter de cette liberté-là tant qu'elle existe. On confond toujours deux choses : se moquer d'un dogme et cracher sur des gens. Moi je vise les puissants, les certitudes, les gens qui prétendent parler au nom du ciel — jamais le type d'en face qui prie tranquillement dans son coin. La caricature, c'est un contre-pouvoir de pauvre, un feutre contre des cathédrales et des ministères. À Charlie Hebdo on n'a jamais épargné les curés, ni les rabbins, ni les banquiers, ni les présidents. Alors pourquoi une religion aurait-elle droit à un traitement de faveur ? Ce serait la seule vraie insulte : décider qu'un sujet est trop sacré pour le rire.

La caricature, c'est un contre-pouvoir de pauvre, un feutre contre des cathédrales.

Depuis l'incendie, vous vivez sous protection policière. Comment supporte-t-on cela ?

Mal et bien à la fois. Depuis 2011 j'ai des policiers dans les pattes en permanence, un garde du corps qui connaît mon emploi du temps mieux que ma propre mère. Franck Brinsolaro m'accompagne partout ; on finit par parler de tout et de rien, ces types deviennent presque des collègues silencieux. Ça bouleverse une vie, croyez-moi : on ne sort plus comme on veut, on calcule ses trajets. Quand Le Monde m'a demandé si j'avais peur, en 2012, j'ai répondu ce que je pense encore : « je n'ai pas de gosses, pas de femme, pas de voiture, pas de crédit. Ça fait sûrement un peu pompeux, mais je préfère mourir debout que vivre à genoux. » On me l'a assez reproché, cette phrase. Elle n'est pas héroïque, elle est juste logique.

Je préfère mourir debout que vivre à genoux.

N'êtes-vous pas tenté, certains matins, de baisser le ton pour vivre plus tranquille ?

Tenté, non. Fatigué, parfois. Vivre avec une escorte, figurer sur des listes de gens à abattre — parce que oui, on m'a signalé en 2013 que mon nom circulait dans les pages d'une revue djihadiste comme sur un carnet de commandes — ça userait n'importe qui. Mais baisser le ton, ce serait leur donner exactement ce qu'ils veulent : un journal qui s'autocensure, qui regarde par-dessus son épaule avant de tracer un trait. Le jour où je dessinerai en me demandant si c'est prudent, je ferai autre chose, du packaging pour boîtes de conserve. La peur est une excellente conseillère si vous voulez fabriquer des lâches. Moi j'ai choisi un métier où le seul courage exigé, c'est de continuer à trouver ça drôle.

La peur est une excellente conseillère si vous voulez fabriquer des lâches.

Vous travaillez à un livre sur l'islamophobie. De quoi voulez-vous convaincre vos lecteurs ?

D'une chose toute bête, et pourtant on n'arrête pas de la tordre. Mon manuscrit s'appelle Lettre aux escrocs de l'islamophobie qui font le jeu des racistes, et le titre dit déjà tout : les escrocs, ce sont ceux qui brandissent ce mot pour interdire toute critique. Je l'écris noir sur blanc : « si l'on veut défendre les opprimés, il ne faut pas confondre la critique d'une religion avec le racisme envers ceux qui la pratiquent. » Se moquer d'une croyance, c'est de la laïcité en action. Insulter un homme pour sa naissance ou sa couleur, c'est du racisme, et c'est un délit — et j'ai passé ma vie à dessiner contre les racistes. Les mélanger, c'est offrir aux vrais salauds un bouclier qu'ils ne méritent pas. Je finis ces pages ces jours-ci ; j'espère qu'elles seront lues froidement.

Se moquer d'une croyance, c'est de la laïcité en action.

Ce mot, laïcité, vous en faites presque un art de vivre. Que signifie-t-il pour vous ?

La laïcité, ce n'est pas une matraque anti-religions, c'est un espace neutre où chacun croit ce qu'il veut sans imposer son ciel aux autres. C'est l'État qui reste sourd aux prières, pour être juste avec tout le monde. Les gens confondent souvent avec l'athéisme militant ; moi je m'en fiche que mon voisin prie cinq fois par jour, tant qu'il ne prétend pas m'interdire de le croquer. Le problème commence quand une croyance veut sortir de l'intime pour dicter la loi commune. Alors oui, je manie le feutre comme un rappel : dans ce pays, aucun dogme n'a le droit de se mettre à l'abri du rire. C'est un principe fragile, il faut le dessiner sans arrêt pour qu'on ne l'oublie pas.

La laïcité, c'est l'État qui reste sourd aux prières, pour être juste avec tout le monde.

Que représente pour vous cette rédaction où nous sommes assis, rue Nicolas-Appert ?

C'est un endroit sans prestige, croyez-moi. Des bureaux encombrés, des dessins punaisés partout, la même table lumineuse que dans n'importe quel atelier de bande dessinée. Mais c'est ici qu'on se retrouve chaque semaine pour décider de quoi on va rire, et ça, ce n'est pas rien. Une rédaction de journal satirique, c'est une petite république : on vote avec des vannes, on tranche en dessinant. On a déménagé après l'incendie du boulevard Davout, on a changé de murs mais pas d'esprit. Les gens imaginent des complots, des états-majors ; il n'y a que des types un peu insolents autour d'une table, un café à la main, qui refusent de grandir. J'y suis depuis la renaissance du journal en 1992. C'est presque toute ma vie d'adulte.

Une rédaction de journal satirique, c'est une petite république : on vote avec des vannes.

Si vous imaginiez qu'on vous lise dans un siècle, qu'aimeriez-vous que ces dessins racontent ?

Difficile, l'exercice, parce qu'un dessin de presse est fait pour le lendemain, pas pour l'éternité. Si par malheur ou par miracle on me lisait encore dans cent ans, j'aimerais qu'on comprenne une chose simple : qu'à mon époque, à Paris, des gens ont pensé que rire de tout était un droit, pas une provocation gratuite. J'imagine mal des foules brandissant mes croquis comme des étendards — l'idée me ferait plutôt éclater de rire. Mais si un gamin de douze ans, un jour, ouvre un vieux numéro de Charlie Hebdo et se dit « on avait le droit de dessiner ça ? », alors on n'aura pas travaillé pour rien. Le meilleur héritage d'un caricaturiste, ce n'est pas ses dessins ; c'est que d'autres osent en faire après lui.

Le meilleur héritage d'un caricaturiste, c'est que d'autres osent en faire après lui.
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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Charb's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.