Kids interview Charb
by Charactorium · Charb (1967 — 2015) · Visual Arts · Society · Literature · 4 min read
Ce matin-là, deux élèves de 5e poussent la porte d'une salle où les attend un dessinateur au sourire malicieux. Sur sa table, des feutres, des feuilles griffonnées, un chien et un chat dessinés qui semblent se disputer. Charb pose son crayon et leur fait signe de s'asseoir : les questions peuvent commencer.
—C'est quoi votre dessin préféré, celui que vous avez le plus aimé faire ?
Tu sais, mon enfant, en 2004 j'ai inventé deux personnages qui me faisaient rire tout seul devant ma table. Un chien qui s'appelle Maurice, cynique, et un chat vulgaire, Patapon. Imagine deux animaux méchants mais joyeux, qui commentent tout ce qui se passe dans le monde. Maurice et Patapon, ça s'appelle. Je les dessinais avec mon feutre, quelques traits rapides, et hop, ils disaient tout haut ce que les gens pensaient tout bas. C'est devenu ma création la plus connue. Le dessin, c'est ça : une méchanceté joyeuse qui fait réfléchir en riant.
Une méchanceté joyeuse qui fait réfléchir en riant.
—Ça se passait comment, une journée quand vous dessiniez pour le journal ?
Le matin, je lisais les journaux et j'écoutais la radio. Je cherchais les bêtises des puissants pour les croquer. Une caricature, tu sais, c'est un dessin qui exagère les traits de quelqu'un pour se moquer. L'après-midi, je me penchais sur ma table lumineuse — une table éclairée par en dessous pour bien encrer mes traits — et je dessinais. Le soir, il fallait finir avant l'imprimerie, sinon pas de journal ! J'ai dirigé Charlie Hebdo de 2009 à la fin. C'était un rythme de fou, mais chaque semaine on recommençait, joyeux et fatigués.
Je cherchais les bêtises des puissants pour les croquer.
—C'est vrai qu'un de vos journaux a mis le feu au bureau ?
Oui, mon enfant, et ça reste une drôle d'histoire. Le 2 novembre 2011, on a fait un numéro spécial, Charia Hebdo. On a fait semblant que le prophète Mahomet était notre rédacteur en chef ! Sur la couverture, il disait : « 100 coups de fouet si vous n'êtes pas morts de rire ». C'était de la satire, tu sais, cette façon de se moquer des pouvoirs. Mais des gens ont été furieux. Une nuit, nos locaux du boulevard Davout ont brûlé dans un incendie criminel. On a tout perdu, les tables, les dessins. Le lendemain, on a redessiné quand même. On ne se tait pas parce qu'on a peur.
On ne se tait pas parce qu'on a peur.
—Pourquoi vous continuiez à dessiner des trucs qui fâchaient autant les gens ?
Bonne question, mon enfant. En France, depuis très longtemps, on a le droit de rire des religions. Ça s'appelle le blasphème, une image jugée offensante pour une religion — et chez nous, ce n'est plus un délit depuis 1881. Alors quand on nous a fait un procès en 2006 pour des dessins, le tribunal nous a donné raison. Imagine : un dessin peut choquer, mais choquer n'est pas interdit. Si on arrête de dessiner dès que quelqu'un se fâche, alors plus personne ne peut critiquer les puissants. Et ça, c'est bien plus dangereux qu'un dessin.
Un dessin peut choquer, mais choquer n'est pas interdit.
—Après l'incendie, vous aviez peur dans la rue ?
Tu sais, à partir de 2011, je ne sortais plus jamais seul. Des policiers m'accompagnaient partout, jour et nuit — c'est ce qu'on appelle une protection policière. Imagine un homme, Franck, un garde du corps, qui te suit même pour acheter du pain. C'était étrange de vivre comme ça. Mais je ne voulais pas me cacher ni arrêter mon métier. En 2012, un journaliste du Monde m'a demandé si j'avais peur. Je lui ai répondu que je préférais mourir debout que vivre à genoux. Ça peut sembler grand, dit comme ça. Mais c'était juste ma façon de rester libre.
Je préfère mourir debout que vivre à genoux.
—Ça change quoi dans la vie de tous les jours, d'avoir un garde du corps ?
Ça change tout, mon enfant, et rien à la fois. J'habitais un appartement ordinaire en région parisienne. Je m'habillais simplement, en tee-shirt, comme tout le monde dans la presse — loin des costumes chics. Mais dès que je franchissais ma porte, il y avait Franck et les autres. Mes sorties étaient organisées, surveillées. C'est lourd, tu sais, de ne plus jamais être vraiment seul. Pourtant je continuais mon dessin l'après-midi, mes conférences de rédaction, mes blagues. Je refusais que la peur me vole ma vie normale. Un dessinateur qui se cache n'est déjà plus tout à fait un dessinateur.
Je refusais que la peur me vole ma vie normale.
—C'est quoi la différence entre se moquer d'une religion et être méchant avec les gens ?
Ah, c'est la chose la plus importante que je voulais expliquer. Écoute bien. Se moquer d'une idée, d'un livre, d'une religion, c'est permis : les idées n'ont pas de sentiments. Mais détester quelqu'un parce qu'il est musulman, juif ou autre, ça c'est du racisme, et c'est interdit. La laïcité, tu sais, c'est le principe qui sépare les religions et l'État pour que chacun croie librement. Dans mon dernier livre, j'écrivais qu'il ne faut pas confondre la critique d'une religion avec le racisme envers ceux qui la pratiquent. Rire d'une idée, oui. Détester une personne, jamais.
Rire d'une idée, oui. Détester une personne, jamais.
—Vous avez écrit un livre juste avant de mourir, c'est vrai ?
Oui, mon enfant. Je travaillais sur un livre au titre un peu long : Lettre aux escrocs de l'islamophobie qui font le jeu des racistes. J'ai fini le manuscrit le 5 janvier 2015, deux jours seulement avant l'attentat. Je n'ai jamais vu le livre imprimé — il est sorti après ma mort, au printemps. J'y expliquais un mot compliqué, l'islamophobie, et je voulais qu'on arrête de tout mélanger. On peut défendre les opprimés sans interdire la critique. C'est devenu un texte qu'on étudie dans les classes, comme la vôtre. Ça, ça m'aurait fait plaisir.
On peut défendre les opprimés sans interdire la critique.
—C'était quoi, être le chef d'un journal qui se moquait de tout le monde ?
C'était être capitaine d'un bateau un peu fou, mon enfant. À Charlie Hebdo, on avait une ligne éditoriale — c'est-à-dire nos règles, nos valeurs : on manquait de respect à tous les pouvoirs, sans exception. Les rois, les présidents, toutes les religions. Chaque semaine, en conférence de rédaction, l'équipe choisissait la une, la première page, la plus visible. Je tenais aussi une chronique dessinée, Les fatwas de Charb, où je croquais l'actualité avec férocité. Diriger un journal drôle, ce n'est pas rigoler tout le temps, tu sais. C'est défendre le droit de rire, même quand c'est dangereux.
Défendre le droit de rire, même quand c'est dangereux.
—Si des millions de gens pensent à vous aujourd'hui, ça veut dire quoi pour vous ?
Tu sais, mon enfant, je n'aurais jamais imaginé une chose pareille. Après le 7 janvier 2015, des millions de personnes ont défilé partout, le 11 janvier, place de la République à Paris. Elles brandissaient des pancartes où était écrit « Je suis Charlie ». Un slogan né en quelques heures, devenu un symbole dans le monde entier. Ce n'est pas moi qu'on célébrait, c'est le droit de dessiner, de rire, de penser librement. Alors quand deux enfants comme vous viennent me poser des questions, je me dis que ça continue. Un crayon, c'est plus fort qu'on ne croit.
Un crayon, c'est plus fort qu'on ne croit.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Charb's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.