Imaginary interview

Imaginary interview with Dihya

by Charactorium · Dihya (668 — 703) · Politics · Military · 6 min read

Imaginary interview generated by AI from documented sources.
Portrait of Dihya
Wikimedia Commons, Public domain — Émile Vernet-Lecomte

Nous sommes aux confins de l'an 700 de votre comput chrétien, dans un campement dressé au flanc des monts de l'Aurès. Les feux crépitent, les chevaux soufflent dans le froid des gorges, et une femme en robe d'indigo, la chevelure tressée d'ambre et de corail, accepte de parler. Les Arabes la nomment la Kahina ; les siens, simplement, la reine des Djerawa.

Comment une femme est-elle devenue la reine de tant de tribus qui, hier encore, se querellaient ?

On ne devient pas reine des Imazighen, des hommes libres, en le décrétant : on le devient parce que les tribus vous suivent au combat sans qu'on les y force. Chez les Djerawa, l'agellidatu, la charge royale, se mérite à la parole autant qu'à l'épée. J'ai rassemblé sous mon étendard des clans chrétiens qui priaient le Christ, des clans juifs qui gardaient le sabbat, et d'autres encore fidèles aux vieux dieux de la montagne. Je ne leur ai pas demandé de renoncer à leurs autels. Je leur ai demandé de ne pas mourir séparés quand l'étranger venait de Kairouan nous prendre un à un. Un javelot seul se brise ; une gerbe de javelots tient. Voilà toute ma politique, et elle a tenu bon des années.

Je ne leur ai pas demandé de renoncer à leurs autels, seulement de ne pas mourir séparés.

Que répondez-vous à ceux qui prétendent qu'aucun chef berbère n'a jamais régné aussi longtemps sur le Maghreb ?

Les conteurs aiment gonfler les chiffres, et je me méfie des poètes qui comptent mes années comme on compte les dattes d'un bon verger. Ce que je sais, c'est que depuis la fondation de Kairouan par leurs généraux, les Arabes n'ont jamais tenu durablement nos hautes terres. J'ai régné assez pour voir des enfants naître libres et grandir sous ma protection dans les gorges de l'Aurès. Régner, pour nous, ce n'est pas percevoir la jizya comme le font les Omeyyades sur leurs sujets soumis. C'est trancher les litiges au matin, recevoir les messagers des clans alliés, veiller à ce que l'orge soit engrangée avant les neiges. Si l'on se souvient de moi comme d'une reine qui a régné longtemps, qu'on se souvienne surtout que ce fut un règne d'hommes debout.

Pourquoi les Arabes vous appellent-ils la Kahina, la devineresse ?

C'est un mot à eux, Kahina, qui dans leur langue désigne celle qui lit l'invisible. Ils me l'ont donné parce qu'ils me craignaient, et l'on nomme volontiers sorcière ce qu'on ne comprend pas. Chaque matin, avant que le soleil ne franchisse la crête, je consulte les songes de la nuit et j'observe le vol des oiseaux au-dessus du camp ; les anciens s'assoient près de moi et nous pesons les présages. Est-ce de la magie ? Je crois plutôt que ceux qui écoutent longtemps la montagne finissent par entendre où l'ennemi passera. Mes lieutenants savent que lorsque je dis « ils viendront par cette gorge », il faut y poster les archers. Alors les Arabes racontent que je prévois les batailles. Qu'ils le racontent : la peur d'un ennemi est déjà une demi-victoire.

On nomme volontiers sorcière ce qu'on ne comprend pas.

Vos rites de divination sont-ils une force ou un fardeau lorsque vous commandez une armée ?

Les deux, comme tout don du ciel. Un chef qui rend ses oracles au soir, autour des feux, tandis que les griots chantent les exploits des ancêtres, donne à ses guerriers plus qu'un ordre : il leur donne une raison de croire que demain leur appartient. Je porte contre ma poitrine une amulette de cuir, un tirz, comme en portent les miens ; ce n'est pas superstition de reine, c'est le lien qui me tient aux tribus. Mais je ne suis pas dupe : quand j'annonce une victoire, il faut encore que les javelots volent droit. Le fardeau, c'est que le jour où mes présages faibliront, on cessera de me suivre. La voyante qui se trompe une fois de trop finit seule dans sa tente. Je vis avec ce couteau contre la gorge chaque matin.

Vous souvenez-vous du jour où le général Hassan a dû plier bagage devant vous ?

Je m'en souviens comme d'un ciel qui bascule. Hassan ibn al-Nu'man, qui venait de prendre Carthage aux Byzantins et se croyait maître de toute l'Ifriqiya, marcha vers nos terres avec son djund venu du Levant. Nous l'attendions au débouché de l'Aurès, dans la plaine de la Meskiana, hommes et femmes mêlés à cheval, le javelot au poing. Ce fut une grande tuerie, et à la fin ce sont eux qui reculèrent. Il dut se replier jusqu'en Tripolitaine et y attendre des années des renforts qui ne venaient pas. Vers l'an 698 de votre comput, le conquérant du Maghreb fuyait devant une femme des montagnes. Ses propres chroniqueurs, m'a-t-on dit, l'ont écrit : Hassan fut vaincu, et il retraita. Qu'ils en gardent la mémoire.

Le conquérant du Maghreb fuyait devant une femme des montagnes.
Dihya
DihyaWikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 — Lhossine

Qu'est-ce qui a permis à vos guerriers de tenir tête à une armée venue du Levant ?

La montagne, d'abord. Les gorges de l'Aurès sont mon plus vieil allié : un cavalier étranger s'y perd, un archer des Djerawa s'y cache derrière chaque rocher. Nos hommes lançaient l'azagaye, ce javelot léger qu'on manie à cheval comme à pied, puis disparaissaient avant que le djund n'ait tourné bride. Nous connaissions chaque sente, chaque puits, chaque falaise creusée où loger nos familles à l'abri des regards. Et puis il y avait le nombre, car les tribus étaient venues de partout, et le cœur, car ces gens défendaient leurs propres jardins. Un soldat payé se bat pour son solde ; un homme libre se bat pour ne pas voir sa mère porter la jizya. Voilà pourquoi, tant que la coalition tint, aucun général de Damas ne put s'installer chez nous.

On raconte que vous avez ordonné de brûler vos propres villages. Comment prend-on une telle décision ?

On la prend le cœur en cendres avant que la terre ne le soit. Quand j'ai compris que Hassan reviendrait, plus fort, avec les renforts du Proche-Orient, j'ai vu clair : ce que ces gens convoitent, ce ne sont pas nos rochers, ce sont nos vergers, nos récoltes, nos puits. Alors j'ai dit : qu'ils ne trouvent rien. Incendiez les jardins, comblez les puits, rasez ce qui nourrit une armée. S'ils veulent le Maghreb oriental, qu'ils l'aient nu et stérile. J'espérais qu'ainsi, faute de pain et d'eau, ils renonceraient à s'installer et repartiraient vers l'Orient. C'était la stratégie de l'épuisement : priver l'ennemi de ses bases avant qu'il ne les prenne. Nul chef ne donne cet ordre le sourire aux lèvres. Mais entre la faim d'un hiver et la servitude de mille ans, j'ai choisi la faim.

Entre la faim d'un hiver et la servitude de mille ans, j'ai choisi la faim.
Aurès Algeria, Queen Dihya fortress 7th C
Aurès Algeria, Queen Dihya fortress 7th CWikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Kallilus

Cette terre brûlée vous a-t-elle coûté le soutien d'une partie des vôtres ?

Amèrement, oui. Les tribus des montagnes m'ont comprise : elles vivent de troupeaux, elles se déplacent, elles savent qu'un pâturage renaît. Mais les gens des plaines, ceux qui vivent de leurs oliviers et de leurs blés autour des vieilles cités, ceux-là m'ont maudite. À quoi bon repousser l'étranger, disaient-ils, si c'est notre reine elle-même qui rase nos champs ? Beaucoup ont préféré se soumettre à Hassan et payer la jizya plutôt que de tout perdre par ma main. Je ne leur en veux pas : un homme qui voit fumer son unique verger n'entend plus les raisons de la guerre. C'est le prix cruel de ma stratégie, et je le porte. On ne sauve pas un peuple sans le blesser ; mais un peuple blessé peut guérir, un peuple asservi, jamais.

Est-il vrai que vous avez adopté comme fils un prisonnier arabe ?

La chose étonne toujours l'étranger, mais chez nous l'adoption n'a rien d'étrange : on fait entrer dans le sang de la tribu qui l'on juge digne, fût-il né ailleurs. J'ai recueilli un jeune Arabe pris les armes à la main, Khaled ibn Yazid, et je l'ai traité en fils. Il allait et venait entre mon camp et celui de Hassan comme messager, car un homme des deux mondes parle les deux langues. Certains des miens ont murmuré que je nourrissais un serpent contre mon sein. Peut-être. Mais qui prétend faire la guerre sans jamais tendre la main à l'ennemi ne connaît ni la guerre ni les hommes. Un fils d'adoption, même arabe, valait mieux à mes yeux qu'un otage enchaîné. Le temps dira si j'ai eu tort de lui faire confiance.

Comment envisagez-vous votre dernière bataille, et le sort de vos propres fils ?

Je la sens venir comme on sent l'orage derrière la crête. Hassan reviendra avec une armée que je ne pourrai plus briser, et c'est vers Tobna, au pied de l'Aurès, que la fin m'attend, je crois. Alors j'ai déjà parlé à mes fils. Je ne veux pas qu'ils meurent avec moi par entêtement : je leur ai dit de rejoindre les rangs arabes, d'accepter la paix, afin que notre sang ne s'éteigne pas et que le peuple berbère survive à ma défaite. Une reine sait quand son heure est venue de tomber pour que les siens se relèvent. Moi, je mourrai le javelot au poing, la face tournée vers l'ennemi. Et si les griots des Aurès chantent encore mon nom dans un siècle, autour de leurs tambours, alors je n'aurai pas péri tout à fait.

Une reine sait quand son heure est venue de tomber pour que les siens se relèvent.
See the full profile of Dihya

This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Dihya's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.