Imaginary interview

Imaginary interview with Ferdowsi

by Charactorium · Ferdowsi (940 — 1020) · Literature · 5 min read

Imaginary interview generated by AI from documented sources.
Portrait of Ferdowsi
Wikimedia Commons, Public domain — Hossein Behzad

On raconte qu'il fallut, pour le trouver, traverser toute la ville de Tus jusqu'à une maison modeste au bassin discret, où un vieil homme aux mains tachées d'encre continuait de réciter ses vers à voix basse. C'est là, dans le Khorasan du début du XIe siècle, que Ferdowsi — de retour d'un exil qu'il n'évoque qu'à demi-mot — a bien voulu répondre à quelques questions sur trente années passées au service d'un seul livre.

Trente ans pour un seul livre, cela semble une vie entière rassemblée dans une main. Comment portiez-vous ce poids, année après année ?

Je ne l'ai jamais vécu comme un poids, mais comme une dette. Je suis né dihqan, d'une lignée de petits propriétaires qui gardaient le souvenir des rois sassanides quand tant d'autres l'oubliaient. Vers 977, j'ai ouvert le vieux khwadaynamag, le Livre des seigneurs, et j'ai compris que si je ne rassemblais pas ces récits épars, ils mourraient avec les derniers vieillards qui les racontaient encore à Tus. Chaque soir j'ajoutais quelques distiques, parfois deux, parfois vingt, sans jamais me presser vers la fin. Trente ans, oui — mais un fleuve ne se hâte pas non plus vers la mer. J'ai vu mes cheveux blanchir sur ce manuscrit, ma bourse s'amincir, mais le Shâhnâmeh grandissait, lui, et c'est lui qui me tenait debout, non l'inverse.

Un fleuve ne se hâte pas non plus vers la mer.

Sur quels fondements avez-vous bâti cette histoire des rois de Perse, depuis les origines du monde ?

Je n'ai rien inventé, ou presque rien. Il existait avant moi une prose ancienne, réunie à Boukhara du temps des Samanides, qui rassemblait déjà les traditions des anciens rois — et derrière elle, plus loin encore, le khwadaynamag moyen-perse, écrit dans une langue que peu savaient encore lire de mon vivant. J'ai aussi écouté : des conteurs de passage à Nichapour, de vieux dihqans comme moi qui tenaient de leurs pères des bribes que nul livre ne conservait. Rostam, Zal, Sohrab — je ne les ai pas façonnés du néant, je les ai recueillis, comme on recueille l'eau d'une source avant qu'elle ne se perde dans le sable. Mon travail fut moins de créer que de ne rien laisser échapper de ce qui restait.

Vous auriez pu écrire en arabe, comme tant de lettrés de votre temps. Pourquoi avoir choisi de préserver le persan si pur ?

Parce que depuis la conquête, notre langue reculait chaque jour davantage devant l'arabe, jusque dans les mosquées et les chancelleries. Je suis de la terre du Khorasan, où l'on parlait encore le farsi de nos aïeux, et j'ai voulu que le Shâhnâmeh soit une maison où cette langue puisse habiter tout entière, sans emprunt inutile. Je me suis imposé de n'employer que le minimum de mots arabes — un exercice plus rude qu'on ne croit, car ils s'étaient glissés partout, jusque dans nos prières. Ce n'était pas mépris pour la langue du Coran, que je respecte, mais fidélité envers celle que ma mère m'a apprise. Un dihqan garde la terre de ses pères ; moi, j'ai gardé leurs mots.

Craignez-vous que cette langue persane, malgré vos efforts, finisse par s'effacer ?

Je ne le crains plus, depuis que j'ai vu le Shâhnâmeh circuler au-delà de Tus, recopié par des mains que je ne connaîtrai jamais. Une épopée, une hamase comme on dit chez nous, n'appartient pas à celui qui l'écrit une fois qu'elle est lancée dans le monde — elle appartient à ceux qui la récitent. Tant qu'un père racontera à son fils les exploits de Rostam dans le Khorasan ou au-delà, en Perse comme en terres ghaznévides, le farsi vivra dans sa bouche, même si les chancelleries continuent d'écrire en arabe. J'ai simplement voulu donner à cette langue un poème assez vaste pour qu'elle ne puisse plus s'y perdre tout entière.

Décrivez-nous une de vos soirées de travail. À quoi ressemble le moment où naissent vos vers ?

La nuit tombe, on allume la lampe à huile, et c'est alors que je m'installe vraiment. Le jour appartient aux manuscrits et aux visiteurs ; le soir m'appartient. Je taille mon calame, je trempe la pointe dans l'encrier de bronze, et je façonne un distique, puis je le récite à voix haute, deux fois, trois fois, jusqu'à ce que le rythme sonne juste — car un vers qui boite à l'oreille ne mérite pas d'être couché sur le papier. Je me suis interdit tout mot arabe qui viendrait rompre cette musique, ce qui m'oblige parfois à recommencer une phrase entière. Mes voisins de Tus disent qu'on entend ma voix jusque dans la cour, tard dans la nuit, répétant les mêmes vers comme un homme qui prie.

Baysonghori Shahnameh 1
Baysonghori Shahnameh 1Wikimedia Commons, Public domain — The Shâhnâmeh (Book of Kings) is major epic work of persian poetry "Ferdowsi Tousi". “Bayasanghori Shâhnâmeh” was

Et vos matinées — travaillez-vous dans le même recueillement ?

Le matin sert à juger, non à créer. Après la prière du fajr, je relis à la lumière naturelle ce que j'ai écrit la veille, et cette lumière-là ne pardonne rien : ce qui semblait beau à la lampe paraît parfois faible au jour. Je corrige, je biffe, je récite encore une fois pour vérifier que le vers tient debout tout seul. C'est aussi le moment où je reçois les conteurs de passage ou les lettrés du Khorasan qui viennent discuter d'un épisode ancien — un détail sur Sohrab, une variante sur les guerriers de Touran. Le matin nourrit le soir ; sans lui, je composerais dans le vide.

Vous avez attendu longuement la récompense du sultan Mahmoud pour ce Shâhnâmeh achevé à son intention. Que s'est-il passé le jour où elle est arrivée ?

On m'avait promis, disait-on, soixante mille pièces d'or, une pièce pour chaque distique. Le jour venu, un serviteur du trésor de Mahmoud m'a remis des sacs — et en les ouvrant j'ai trouvé de l'argent, non de l'or. Soixante mille pièces d'argent, comme on paie un homme qu'on tient pour peu de chose. J'étais aux bains de Ghazni quand la nouvelle m'a atteint pleinement ; j'ai pris cet argent et je l'ai partagé, sur-le-champ, entre un boulanger qui m'avait vendu du pain à crédit et le tenancier du bain lui-même. Trente ans de veillées, de calame usé, de yeux fatigués par la lampe — payés comme on paie un service ordinaire. Ce n'était pas la pauvreté qui me blessait, j'y étais habitué. C'était le mépris qu'il y avait dans ce geste.

Ce n'était pas la pauvreté qui me blessait. C'était le mépris qu'il y avait dans ce geste.
Tomb of Ferdowsi (WLM 2015)
Tomb of Ferdowsi (WLM 2015)Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Reza.zad

Après cette humiliation, vous avez quitté Ghazni. Qu'avez-vous emporté avec vous — et qu'avez-vous écrit ?

J'ai emporté peu de choses, et beaucoup de colère. Avant de partir j'ai composé une qasida que je ne regrette pas, où j'ai écrit : « Si le roi avait eu un père noble, il aurait posé une couronne d'or sur ma tête. » Puis j'ai pris la route vers Herat, redoutant sa colère plus que je ne l'admets volontiers. Ce fut un exil amer pour un homme déjà vieilli par l'ouvrage. Mais je n'ai renié aucun vers du Shâhnâmeh pour autant : l'œuvre appartenait déjà à la Perse, bien plus qu'à celui qui l'avait commandée.

Vous vivez aujourd'hui à Tus, dans le dénuement, dit-on. Si le sultan Mahmoud venait un jour à regretter sa décision et vous envoyait enfin l'or promis, qu'en feriez-vous ?

Je suis vieux, et je ne compte plus guère sur le repentir des puissants. Mais je vous dirai ceci : ma fille, qui a grandi dans cette maison de Tus avec son bassin et sa cour, tient de son père un peu de fierté têtue. Elle m'a dit un jour que si cet or arrivait trop tard pour servir à quoi que ce soit — trop tard pour irriguer les terres que je voulais irriguer, trop tard pour adoucir une vie déjà vécue — elle le refuserait plutôt que de le voir racheter, après coup, ce qui n'avait pas été donné à temps. Je ne sais si les choses se passeront ainsi. Mais un don qui arrive trop tard n'est plus un don, c'est un remords qu'on nous demande de porter à sa place.

Un don qui arrive trop tard n'est plus un don, c'est un remords qu'on nous demande de porter à sa place.

Quand vous songez à ce qu'il restera de vous, quel lieu, quelle image voulez-vous que l'on garde ?

Tus, toujours Tus. J'y suis né, j'y ai vécu la plus grande part de mes jours, et c'est là que je souhaite être rendu à la terre, près des miens, dans le Khorasan que j'ai tenté de faire revivre par la langue. Je n'ai pas besoin qu'on élève pour moi de grand monument — le Shâhnâmeh en est un, bien plus durable que la pierre, puisqu'il se transmet de bouche en bouche et de manuscrit en manuscrit. Si l'on devait retenir une image de moi, que ce soit celle d'un dihqan resté à sa table, une lampe allumée, refusant jusqu'au bout de laisser mourir les rois de Perse une seconde fois.

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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Ferdowsi's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.