Imaginary interview with Guangxu
by Charactorium · Guangxu (1871 — 1908) · Politics · Culture · 7 min read

Hiver 1908, sur l'île de Yingtai, au cœur du Zhongnanhai. Un palais entouré d'eau glacée, des ponts gardés jour et nuit, et un homme de trente-sept ans qui reçoit, dans une pièce où trône un téléphone désormais muet, celui qui l'interroge. Guangxu, onzième empereur des Qing, parle bas, comme s'il craignait encore d'être entendu.
—Vous souvenez-vous du jour où l'on a fait de vous le Fils du Ciel ?
Je ne me souviens de rien, et c'est là toute la tragédie. J'avais quatre ans. En 1875, l'empereur Tongzhi était mort sans héritier, et ma tante par alliance, l'impératrice douairière Cixi, m'a désigné comme on choisit un meuble pour combler un vide dans une salle. On m'a arraché aux bras de ma mère pour me poser sur le trône du Dragon, sous une robe de soie jaune trop grande, brodée du dragon à cinq griffes que je ne comprenais pas encore. Le peuple croyait qu'un enfant tenait le Mandat du Ciel ; en vérité, ce mandat, c'est elle qui le gardait, derrière un paravent, dictant les édits que ma main d'enfant apprenait tout juste à sceller. J'ai régné toute ma vie sur un empire dont je n'ai jamais possédé la clé.
On m'a arraché aux bras de ma mère pour me poser sur le trône du Dragon.
—Comment avez-vous vécu le retour de Cixi au pouvoir, en septembre 1898 ?
Le 21 septembre 1898 au matin, j'ai su que tout était fini avant même qu'on me le dise. Les gardes avaient changé de visage. On a fait circuler un édit affirmant que je l'avais suppliée de reprendre la régence, prétextant une grave maladie — un mensonge que ma propre main était censée avoir écrit. On m'a conduit ici, à Yingtai, cette petite île où l'eau tient lieu de muraille. J'ai appris à connaître chaque pont, non pour le franchir, mais pour compter les gardes qui m'en interdisaient l'accès. Le soir, je jouais seul au xiangqi, déplaçant des pièces sur un échiquier pendant qu'on me déplaçait, moi, comme la plus impuissante d'entre elles. Un empereur prisonnier dans son propre palais : voilà le sort que la douairière m'a réservé pour dix années.
—Qu'est-ce qui, en 1898, vous a poussé à tenter de tout transformer si vite ?
La honte, monsieur. Trois ans plus tôt, en 1895, le petit Japon nous avait brisés et arraché Taïwan par le traité de Shimonoseki. Un empire vieux de millénaires humilié par une île que nous méprisions ! Alors, quand Kang Youwei m'a fait parvenir ses mémoires, m'avertissant que la Chine serait dévorée comme l'avaient été l'Inde et l'Annam si elle ne se réformait pas sur le modèle du Japon de l'ère Meiji, j'ai senti le sol se dérober. Le 11 juin 1898, j'ai ouvert ce qu'on nomme depuis les Cent Jours de réforme : plus de cent édits en cent trois jours, pour refaire l'école, l'armée, l'administration. On m'a reproché la précipitation. Mais quand un homme se noie, lui reproche-t-on de nager trop vite ?
Quand un homme se noie, lui reproche-t-on de nager trop vite ?
—Parmi toutes ces réformes, laquelle espériez-vous voir survivre ?
Les canons rouillent, les armées se dispersent, mais une école demeure. C'est pourquoi j'ai fondé, dans le tumulte de ces mois, l'Université impériale de Pékin — le Jingshi Daxuetang. On y enseignerait enfin les mathématiques, les sciences, les langues des étrangers, et non plus seulement les commentaires des classiques confucéens appris par cœur depuis l'enfance. J'ai voulu aussi que nos vénérables examens impériaux, ces concours vieux de mille ans qui faisaient d'un lettré un mandarin, s'ouvrent au savoir moderne et aux études pratiques. On m'a arrêté avant que la graine ne lève. Pourtant, si je devais parier une seule pièce de jade sur ce qui me survivra, ce serait cette université. Un empereur peut disparaître dans un puits d'oubli ; une maison du savoir, elle, forme des générations qui ne vous demandent pas la permission d'exister.
—Vous avez aussi voulu refondre l'armée. Que reprochiez-vous à celle dont vous aviez hérité ?
Une armée de parade, monsieur, bonne à défiler mais incapable de tenir une ligne de feu. Shimonoseki l'avait prouvé dans le sang. J'ai ordonné qu'on la réorganise selon les méthodes des Européens, qu'on ouvre des académies militaires, qu'on adopte leurs tactiques et leurs armes nouvelles. Il y avait là une amère ironie : le Palais d'Été, que ma tante avait fait reconstruire pour son plaisir, avait englouti des fonds destinés à notre marine de guerre. On bâtissait des pavillons de marbre pendant que nos navires manquaient d'obus. Comment défendre un empire quand l'or de la flotte se change en jardins d'agrément ? J'ai voulu inverser ce cours des choses. Mais réformer une armée demande des années, et l'on ne m'a laissé que cent trois jours avant de refermer sur moi la porte de Yingtai.

—On dit que vous vous êtes pris de passion pour les inventions venues d'Occident. D'où venait cette curiosité ?
D'une faim, sans doute, de comprendre ce monde qui frappait à nos portes avec des canonnières. J'ai appris à déchiffrer le français et l'anglais, seul, avec des dictionnaires que m'apportaient mes conseillers. J'ai fait installer un téléphone dans la Cité Interdite — imaginez le scandale, une voix traversant les murs vermillon où seuls les eunuques osaient chuchoter ! Je lisais des traités européens sur le droit constitutionnel, ces livres où l'on osait écrire qu'un souverain pouvait gouverner avec des lois plutôt qu'au-dessus d'elles. Cixi voyait dans tout cela une contagion, une menace pour l'ordre ancien. Moi, j'y voyais la seule médecine. Nous ne parlions plus la même langue, elle et moi, bien avant qu'elle ne me fasse taire pour de bon.
Un téléphone dans la Cité Interdite : une voix traversant les murs vermillon où seuls les eunuques osaient chuchoter.
—Y a-t-il un objet, parmi tous ceux que vous avez collectionnés, qui vous ressemblait ?
Les montres de poche, sans hésiter. J'en avais rapporté plusieurs d'Europe, et je les ouvrais pour en observer les rouages minuscules, ces roues dentées qui s'entraînaient l'une l'autre sans jamais faiblir. Un empire, me disais-je, devrait fonctionner ainsi : chaque province, chaque ministère, chaque école engrenée aux autres. Le nôtre, hélas, ressemblait davantage à une horloge dont on aurait retiré le ressort. Je gardais aussi les traductions chinoises d'ouvrages occidentaux sur le gouvernement constitutionnel, les pages cornées à force de relectures nocturnes. Ces livres m'ont donné une vision ; les montres, une méthode. Mais un homme qui possède le plan d'une machine et n'a pas le droit d'y toucher n'est qu'un horloger enfermé loin de son établi. Voilà ce que je fus, dix années durant.
—Vous n'étiez pas seul dans votre goût du nouveau monde. Parlez-nous de la concubine Perle.
Zhen Fei. Elle riait des mêmes choses que moi, s'émerveillait des mêmes machines. Elle avait, comme moi, la passion de la photographie — cet art d'arrêter un instant, si nouveau à notre cour que certains le croyaient sorcellerie. Nous nous faisions tirer le portrait, et je crois que ces images étaient la seule liberté qu'on nous laissait : figer sur une plaque un bonheur que le palais nous refusait dans la vie. Elle partageait aussi mes idées de réforme, ce qui, aux yeux de la douairière, était un crime bien plus grave que la simple faveur. Dans un harem réglé comme une horloge, où chaque Pínfēi connaissait son rang, elle osait penser. C'est cela, je crois, qu'on ne lui a jamais pardonné.

—Que s'est-il passé pour elle, lors de la révolte des Boxeurs, en 1900 ?
L'année 1900 fut une descente aux enfers. Les Yìhétuán, les Boxeurs, avaient soulevé le pays contre les étrangers, et huit nations avaient répondu par les armes. Leurs troupes marchaient sur Pékin. Cixi décida de fuir vers Xi'an, m'entraînant derrière elle comme un bagage. Avant le départ — on me l'a rapporté, car on m'en tenait éloigné —, elle fit jeter Zhen Fei dans un puits de la Cité Interdite, sous le prétexte qu'une favorite de l'empereur ne devait pas tomber aux mains des envahisseurs. Un puits ! Celle qui aimait la lumière des photographies, engloutie dans le noir d'un trou d'eau. Je n'ai rien pu empêcher. On ne m'avait laissé ni voix, ni bras, ni même le droit de pleurer devant témoin. La modernité que nous avions rêvée ensemble est morte, ce jour-là, deux fois.
Celle qui aimait la lumière des photographies, engloutie dans le noir d'un trou d'eau.
—Enfermé, surveillé jusqu'à la nourriture : redoutez-vous la manière dont votre vie s'achèvera ?
Chaque plat qu'on me présente, je le regarde longtemps avant d'y toucher. On m'a toujours dit d'un petit appétit ; on ignore que ma sobriété est aussi de la peur. Des dizaines de mets sortent chaque jour des cuisines impériales, et je me demande lequel portera, un matin, ma fin. La douairière vieillit, et je le sais : le jour où elle sentira la mort venir, elle ne me laissera pas lui survivre pour défaire son œuvre. Un empereur libéré serait un empereur vengeur — elle le comprend mieux que quiconque. Alors je vis sur mon île de Yingtai comme un homme qui écoute avancer son exécuteur sans en connaître le pas. Ma mort ne sera pas un accident de la nature. De cela, je suis aussi certain que du froid qui monte de l'eau autour de ce palais.
—Si vous imaginiez qu'on vous lise dans un siècle, que voudriez-vous qu'on comprenne enfin ?
Que je ne fus pas seulement l'ombre falote qu'on peignait derrière le trône de Cixi. Si, dans cent ans, un homme se penchait sur mes restes et cherchait la vérité de ma fin, j'aimerais qu'il découvre ce que je pressens : qu'on ne m'a pas laissé mourir de mon plein gré. Peut-être alors comprendrait-on que mes Cent Jours de réforme n'étaient pas la lubie d'un rêveur, mais la dernière chance d'un empire à qui le Mandat du Ciel échappait déjà. Les dynasties tombent quand elles cessent de servir le peuple ; j'ai voulu, moi, retenir ce mandat par les réformes plutôt que de le laisser filer. On m'en a empêché. Qu'au moins l'avenir sache que j'ai essayé — et que l'Université de Pékin, si elle existe encore, se souvienne de la main tremblante qui l'a fondée.
J'ai voulu retenir le Mandat du Ciel par les réformes plutôt que de le laisser filer.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Guangxu's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


