Imaginary dialogue between Nguyễn Du and Hồ Xuân Hương
by Charactorium · Hồ Xuân Hương (1772 — 1822) · Literature · Culture · 5 min read
C'est au bord du lac de l'Ouest, dans la Cổ Nguyệt Đường aux volets ouverts sur l'eau, que Nguyễn Du vient retrouver Hồ Xuân Hương par une fin d'après-midi d'automne, vers 1813, peu avant son départ en ambassade vers le Nord. L'encre sèche encore sur une feuille posée près du brasero, et l'odeur de thé au lotus flotte dans la pièce. Les deux poètes se connaissent de longue date, unis par le même goût du chữ Nôm et des vers qui grattent sous la soie. Il n'est pas venu en curieux, mais en pair — pour comprendre comment elle fait chanter la langue du peuple là où les autres se contentent du chinois des mandarins.
—Xuân Hương, toi et moi écrivons tous deux en Nôm quand les lettrés méprisent cette langue. Pourquoi t'obstiner dans la langue du peuple ?
Parce que le chữ Hán, mon ami, est la langue des stèles et des édits — froide, empesée, faite pour les hommes qui saluent l'empereur. Le Nôm, lui, est la langue de ma mère, celle des marchés et des chansons de rizière. Quand j'écris un rocher, une grotte, un éventail, je veux que la paysanne comme le mandarin entendent leur propre voix dessous. Toi qui manies le Nôm avec tant de patience, tu sais qu'il ne se laisse pas dompter comme le chinois : il faut lui obéir. J'ai choisi cette langue parce qu'elle seule sait dire à la fois la pierre et la chair, sans avoir à choisir.
Le chinois est la langue des stèles ; le Nôm est celle des marchés et des chansons de rizière.
—On dit ton style thanh thanh tục tục — élégant et grivois à la fois. N'as-tu pas peur que l'équivoque te fasse plus d'ennemis que de lecteurs ?
Des ennemis, j'en ai déjà, et ce n'est pas mon encre qui les fera naître. Vois-tu, je ne dis jamais l'obscène : je peins un paysage, une fente dans la roche, un fruit trop mûr, et c'est le lecteur qui rougit de ce qu'il y met lui-même. Où est ma faute ? Un vers propre en surface, équivoque en dessous — voilà ma manière de rire au nez des vertueux qui condamnent le corps le jour et le convoitent la nuit. Les hommes graves détestent qu'on leur tende ce miroir. Mais toi, tu ris, parce que tu sais que le double sens est la seule liberté qu'on laisse à une femme qui tient un pinceau.
Je peins une fente dans la roche, et c'est le lecteur qui rougit de ce qu'il y met.
—Deux fois tu as été mariée en rang de lẽ, jamais épouse première. Cette condition de concubine, la portes-tu comme une blessure ?
Comme une blessure, oui, et comme un sujet de vers, ce qui la rend supportable. Être lẽ, c'est partager un homme, se lever avant l'épouse principale, encaisser ses humeurs et n'avoir droit qu'aux restes de la tendresse. J'ai écrit là-dessus sans fard : une femme qui sert deux nuits sur dix et attend son tour comme une servante. Beaucoup de femmes vivent cela en silence ; moi je le crie sur le papier. Ce n'est pas que je méprise le mariage — c'est que je refuse de faire semblant qu'il soit doux pour celles qu'on range au second rang. Ma plainte n'est pas seulement la mienne ; elle est celle de toutes les lẽ mọn du Tonkin.
Une femme qui sert deux nuits sur dix et attend son tour comme une servante.
—Ton second époux, le mandarin de Vĩnh Tường, s'est éteint après vingt-sept mois à peine. Comment vit-on un veuvage si bref ?
Vingt-sept mois, mon ami — j'ai compté chaque lune. J'avais cru trouver enfin une maison à moi, un mari lettré qui goûtait mes vers, et voilà que la mort me reprend tout avant même que le riz du foyer ait pris son goût. Le veuvage, quand il est si court, ne laisse pas le temps de la haine ni celui du vrai bonheur : seulement un grand vide où l'on se demande si l'on a rêvé. J'ai pleuré Vĩnh Tường comme on pleure une saison manquée. Puis j'ai repris mon pinceau, car c'est la seule chose que nul mari, vivant ou mort, ne m'a jamais ôtée.
La mort me reprit tout avant même que le riz du foyer ait pris son goût.
—Mon premier mari t'avait fait bâtir un pavillon sur l'eau pour que tu écrives loin des querelles. Ce refuge, que t'a-t-il donné ?
Le silence, d'abord — ce trésor rare pour une femme de maisonnée. Tổng Cóc, avec toutes ses fautes, avait au moins compris que je m'étiolais dans le vacarme de la maison principale, entre les reproches de l'épouse première et les cris des enfants. Alors il m'a fait dresser ce thủy tạ sur pilotis, au ras de l'eau. Là, j'entendais le clapotis contre le bois, le vent dans les roseaux, et rien d'autre. C'est sur ces planches humides que j'ai composé mes meilleurs vers, ceux où l'eau, la barque et la nuit disent bien plus qu'elles n'en ont l'air. Un homme peut t'offrir une pièce d'eau ; il ne saura jamais tout ce que tu y écriras derrière son dos.
Un homme peut t'offrir une pièce d'eau ; il ne saura jamais tout ce que tu y écriras.

—Cette demeure, la Cổ Nguyệt Đường, tu en as fait ton nom même. Que représente pour toi ce bord du lac où nous voici ?
Ce lac est ma patrie plus que n'importe quel village de mes pères. J'ai grandi ici, dans ce Pavillon de l'ancienne lune, quand le quartier était le plus florissant du Tonkin. Le nom de la demeure est devenu mon nom de plume — Cổ Nguyệt, la vieille lune, celle qui a tout vu et ne s'étonne plus de rien. Chaque matin l'eau change de couleur, chaque soir la brume monte, et j'y ai appris que rien ne dure sauf ce qu'on couche sur le papier. C'est ici que je reçois les lettrés, ici que je bois le thé avec toi, ici que je mourrai peut-être. Ce lac est mon encrier grand ouvert.
Cổ Nguyệt, la vieille lune — celle qui a tout vu et ne s'étonne plus de rien.
—Nos amis lettrés — Phạm Đình Hổ, Phan Huy Huân — se pressent chez toi. Que cherchent-ils dans ces réunions de vers ?
Ce qu'ils ne trouvent pas ailleurs : une femme qui répond du tac au tac et ne baisse pas les yeux. Chez moi, on ne récite pas seulement — on se lance des défis, on rime sur un mot jeté au hasard, on rit fort et parfois on rougit. Phan Huy Huân a écrit sur ma prétendue beauté des choses trop flatteuses ; je lui rends ses compliments en vers plus tranchants qu'il ne l'espérait. Ces hommes viennent parce qu'avec moi la poésie redevient un jeu vivant, dangereux, où l'esprit compte plus que le rang. Toi mieux que quiconque, tu sais qu'entre poètes il n'y a ni homme ni femme, ni concubine ni mandarin — seulement des vers qui tiennent ou qui tombent.
Entre poètes il n'y a ni homme ni femme, ni concubine ni mandarin — seulement des vers qui tiennent.

—Toi et moi partageons le même art du Nôm. En quoi nos routes de poètes se ressemblent-elles, et en quoi divergent-elles ?
Nous puisons à la même source, toi et moi : cette langue du peuple que les mandarins dédaignent et que nous, nous portons au plus haut. Mais ton chemin est celui du long récit, des destins qui traversent les années et arrachent les larmes ; le mien est celui du vers court qui pique et fait sursauter. Tu chantes le malheur des femmes avec une tendresse qui les grandit ; moi je le crie avec une colère qui dérange. Nous disons peut-être la même chose — que la vie est cruelle aux faibles et aux belles — mais toi tu fais pleurer, et moi je fais rire jaune. C'est pour cela que nous nous comprenons sans jamais nous copier.
Tu fais pleurer, et moi je fais rire jaune — c'est pour cela que nous nous comprenons.
—On garde peu d'archives sur les femmes de lettres. Crains-tu que ton nom se perde, faute de mandarin pour le consigner ?
J'y pense chaque fois que je scelle un poème. Les registres de clan gardent les noms des maris, des fils, des gouverneurs ; d'une femme, ils retiennent tout au plus qu'elle fut lẽ d'un tel, mère d'un tel. Aucun lettré officiel ne prendra le pinceau pour dire qui j'étais. Mais vois-tu, je fais un pari : que mes vers courront de bouche en bouche là où les stèles se fissurent. On oubliera peut-être mon visage, la date de ma naissance, l'endroit de ma tombe — les érudits se disputeront même sur mon existence. Qu'ils se disputent ! Tant qu'une paysanne rira sous cape à l'un de mes doubles sens, je ne serai pas tout à fait morte.
Tant qu'une paysanne rira sous cape à l'un de mes doubles sens, je ne serai pas tout à fait morte.
—Si l'on ne retenait de toi qu'une seule chose, Xuân Hương, laquelle voudrais-tu que ce fût ?
Non pas mes mariages, non pas mes malheurs de concubine — cela, toutes les femmes de ce pays l'ont vécu. Ce que je voudrais qu'on retienne, c'est qu'une femme a osé écrire le corps, le désir et la révolte dans la langue de son peuple, sans demander la permission à personne. Que j'ai pris le Nôm, cette écriture qu'on jugeait basse, et que j'y ai mis assez d'esprit pour faire trembler les hypocrites. Le reste — mon rang, mes veuvages, ma tombe perdue sous les eaux du lac — n'appartient qu'à ma pauvre chair. Mais les vers, eux, sont libres. Emporte-les avec toi vers le Nord, mon ami : c'est ainsi qu'ils voyageront plus loin que je n'irai jamais.
Une femme a osé écrire le corps et la révolte dans la langue de son peuple, sans permission.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Hồ Xuân Hương's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.



