Imaginary interview with Murasaki Shikibu
by Charactorium · Murasaki Shikibu (970 — 1100) · Literature · 5 min read

On dit qu'il faut, pour me trouver, guetter la lueur d'une lampe derriere les cloisons peintes du palais de l'imperatrice Shoshi, a Heian-kyo, quand la cour dort deja. C'est la, un rouleau de papier washi deroule devant moi, l'encre encore humide, que je consens a repondre a ces questions, entre deux vers et une priere.
—Comment avez-vous appris le chinois classique, cette langue reservee aux hommes lettres ?
Je n'ai rien appris qu'on ne m'ait refuse. Mon frere recevait les lecons du chinois classique dans la piece voisine, et moi, assise derriere le paravent, je retenais plus vite que lui les caracteres qu'on peinait a lui enseigner. Mon pere s'en etonnait sans joie franche ; il soupirait, dit-on, que le ciel avait mal place son don, faute d'avoir fait de moi un fils. Une fille savante n'est pas un ornement recherche a la cour, elle est presque une faute de gout. J'ai donc appris en silence, comme on vole une braise, et j'ai garde cette science cachee sous mes manches, ainsi qu'on cache un eventail peint dont on ne veut pas qu'il seduise trop tot.
J'ai appris en silence, comme on vole une braise.
—Que s'est-il passe dans votre vie lorsque vous avez commence a ecrire le Genji Monogatari ?
Mon epoux, Fujiwara no Nobutaka, m'a laissee veuve alors que notre fille etait encore aux langes. J'ai connu ces jours ou l'on regarde les paravents sans les voir, ou l'encens brule sans qu'on sente plus rien. C'est dans ce vide, je crois, qu'a germe le prince Genji : non que je voulusse me consoler par des mensonges, mais parce que le deuil m'avait appris combien tout homme, si haut soit-il ne, glisse comme la rosee sur la feuille. J'ai pris le pinceau moins pour raconter une vie que pour tenir la mienne, et les annees ont passe sans que je sache moi-meme que j'ecrivais un monde entier.
—Comment avez-vous vecu votre entree au service de l'imperatrice Shoshi ?
On m'a fait dame de compagnie aupres de l'imperatrice Shoshi en une annee ou tout le palais retenait son souffle pour la naissance du prince heritier. Je n'etais pas de celles qui aiment se montrer ; au milieu des robes superposees et des rires trop clairs, je me tenais en retrait, observant plus que parlant. Les ceremonies qui entourerent la naissance du futur empereur furent grandioses, mais c'est le detail qui me retenait : la couleur d'une manche, un poeme mal recite, une reverence trop appuyee. J'ai consigne tout cela dans mon journal, non par malice, mais parce qu'une dame qui regarde bien vaut mieux qu'une dame qui parle fort.
—Pourquoi avez-vous choisi d'ecrire votre roman en kana plutot qu'en chinois classique ?
Le chinois est la langue des edits et des sutras, celle dans laquelle les hommes de cour signent leur savoir comme on scelle un decret. Le kana est ne pour d'autres mains, plus libres, plus proches du souffle qu'on a en soi quand on parle a voix basse. J'aurais pu prouver, en ecrivant a la maniere des lettres, que je valais un fils ; j'ai prefere que le prince Genji parle la langue que ma mere m'a apprise en me coiffant. C'est une langue humble en apparence, mais elle seule sait dire le tremblement d'une manche ou la tristesse d'une aube, la ou le chinois ne sait que commander.
Le kana seul sait dire le tremblement d'une manche.
—Que pensez-vous des autres dames de la cour que vous avez cotoyees ?
Il en est qui aiment citer un vers a chaque occasion, comme on agite un eventail pour qu'on les remarque ; je m'en tiens eloignee, car trop se montrer est, je crois, une forme de sottise. Je prefere le silence a l'esprit qui se pavane, et l'on m'a souvent jugee froide pour cela, alors que je ne fais que veiller a ne pas gaspiller mes mots. J'observe les rivalites, les parfums qu'on choisit pour se distinguer, les manches assorties aux saisons, et je garde tout cela pour mes pages plutot que pour ma bouche. Une cour est un jardin ou chacun feint la grace ; je prefere en etre le jardinier silencieux que la fleur la plus criarde.

—Que cherchez-vous a exprimer lorsque vous decrivez, dans le Genji, la contemplation des fleurs de cerisier ?
Quand le prince regarde les branches chargees de fleurs sous une lune qui decline, ce n'est pas la fleur seule qui l'emeut, mais de savoir qu'elle tombera avant la nuit prochaine. Nous appelons cela mono no aware, la tristesse douce des choses qui passent : rien n'est beau qui ne soit aussi fragile, et c'est cette fragilite meme qui rend la beaute digne d'etre regardee longuement. Je ne cherche pas a consoler mon lecteur de cette fuite du temps, je cherche seulement a la lui faire sentir, comme on sent le froid d'une nuit d'automne a travers une manche de soie trop legere.
Rien n'est beau qui ne soit aussi fragile.
—Comment avez-vous reussi a tenir ensemble un recit aussi vaste, avec tant de personnages et tant d'annees ?
Je n'ai jamais compte les ames qui peuplent mon rouleau ; on me dit aujourd'hui qu'elles depassent les quatre cents, et je le crois volontiers tant elles me sont venues sans que je les appelle. J'ecrivais chapitre apres chapitre, sur des rouleaux de papier washi que je faisais choisir avec soin, car le grain du papier compte autant que l'encre qu'on y pose. Les annees du prince Genji, puis celles de ses descendants, se sont deroulees comme se deroule un rouleau lui-meme, sans que je sache toujours ou la main me menerait. Je crois que c'est le deuil qui m'a appris cette patience-la : quand on a vu le temps emporter un epoux, on n'a plus peur d'ecrire sur des decennies entieres.

—Quelle place tient la poesie waka dans votre facon d'ecrire et de vivre ?
Combien de nuits ai-je passees a chercher, tandis que la lune glissait sur l'eau, les mots que le coeur seul ne peut porter ? Le waka, en trente et une syllabes, oblige a la retenue : on n'y dit pas tout, on y laisse deviner. C'est ainsi qu'on echange, a la cour, l'amour comme le deuil, glisses sous un eventail peint ou noues a une branche fleurie. Je compose des poemes depuis l'enfance, et je crois qu'ecrire un roman n'est, au fond, qu'etirer ce meme art du silence choisi sur des pages plus longues, en y laissant toujours la place pour ce que le lecteur devinera seul.
—Que repondez-vous a ceux qui disent que composer des mensonges dans un roman est un peche ?
On raconte, et je ne dementirai pas ce qu'on raconte, que mon ame serait descendue dans les enfers pour avoir invente des vies qui ne furent jamais, et que des moines du temple de Ishiyama-dera ont du prier pour elle. Je m'incline devant cette crainte, car les sutras nous enseignent que la parole vaine s'ajoute aux fautes qu'on porte. Mais je me demande, dans le secret de mon coeur, si un recit qui fait pleurer une dame sur un chagrin qui n'est pas le sien ne l'approche pas un peu, elle, de la compassion que le Bouddha attend de nous. Je ne pretends pas trancher ce que les moines eux-memes debattent encore.
—Si l'on devait, un jour lointain, encore lire vos pages, que souhaiteriez-vous qu'on y trouve ?
Je n'ose imaginer qu'on me lise apres tant de saisons ecoulees, mais si cela devait etre, je voudrais qu'on y trouve moins mon nom que le tremblement d'un monde qui s'efface deja de mon vivant. Je ne suis, sous ce nom de Murasaki qu'on m'a donne pour une couleur de mon roman, qu'une dame parmi tant d'autres qui a prefere le pinceau au silence complet. Si mes pages traversent les ages, qu'elles portent surtout cette lecon que m'a laissee le deuil : que rien de ce qui brille a la cour ne dure, et que c'est justement pour cela qu'il merite d'etre ecrit avec soin, comme on choisit avec soin le papier avant d'y poser l'encre.
Rien de ce qui brille a la cour ne dure, et c'est pour cela qu'il merite d'etre ecrit avec soin.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Murasaki Shikibu's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


