Imaginary interview with Utagawa Hiroshige
by Charactorium · Utagawa Hiroshige (1797 — 1858) · Visual Arts · 5 min read

Nous retrouvons Utagawa Hiroshige dans son atelier d'Edo, à l'automne 1857, l'année où il achève les dernières planches des Cent vues célèbres d'Edo. Il a pris l'habit bouddhiste l'année précédente et reçoit, entre deux dessins, avec la politesse tranquille d'un homme qui a longtemps regardé sa ville brûler puis renaître. Sur sa table, un pinceau encore humide et une planche de bois fraîchement taillée attendent la suite de l'entretien.
—Vous êtes né, en quelque sorte, dans une caserne de pompiers. Comment cette charge familiale a-t-elle façonné votre jeunesse ?
Mon père tenait la charge de pompier au service du shogunat, dans notre quartier d'Edo. On grandit vite, dans une maison de guet, à observer le ciel et le vent, à repérer la fumée avant les flammes. J'avais douze ans quand mes parents sont morts, presque le même hiver, et la charge m'est tombée dessus sans qu'on me demande mon avis — on ne consulte pas un enfant de samouraï de rang modeste. Je crois que cette discipline-là, l'œil qui scrute l'horizon pour repérer ce qui bouge, m'est restée quand j'ai commencé à dessiner des paysages : un peintre aussi doit apprendre à regarder avant que la scène ne change.
—Pourquoi avoir finalement quitté ce poste pour la peinture ?
Je n'ai pas choisi contre le feu, j'ai plutôt trouvé où porter mon attention. En 1811, on m'a accepté dans l'atelier d'Utagawa Toyohiro, et j'ai reçu mon nom d'artiste, Hiroshige, comme on reçoit un vêtement neuf. Pendant douze ans, j'ai mené les deux vies de front, l'uniforme du guet et le pinceau. Ce n'est qu'en 1823 que j'ai cédé la charge à un parent, pour de bon. Je n'ai jamais renié ce premier métier : il m'a appris la patience, et peut-être aussi cette habitude de rester immobile à observer une ville entière respirer, avant de comprendre ce qu'il fallait en peindre.
—Racontez-nous ce voyage de 1832 le long de la route du Tōkaidō.
En 1832, j'ai accompagné une délégation officielle le long de la route du Tōkaidō, entre Edo et Kyoto. Je n'étais pas du voyage pour peindre, officiellement, mais mon fude ne me quittait jamais. Cinquante-trois relais, cinquante-trois visages différents du pays : la pluie battante sur un col, la neige qui tombe sur une rivière, des porteurs courbés sous leurs charges, des voyageurs qui se réchauffent à l'auberge. Je notais tout, vite, sur le vif, sans savoir encore que ces croquis deviendraient les Cinquante-trois Stations du Tōkaidō. Ce voyage m'a appris qu'un paysage n'existe pas sans quelqu'un dedans pour le traverser.
Un paysage n'existe pas sans quelqu'un dedans pour le traverser.
—Qu'est-ce qui rend cette route si particulière à vos yeux ?
Cette route commence très précisément au pont de Nihonbashi, à Edo, le point zéro de tout le pays, et s'achève à Kyoto, l'ancienne capitale de l'empereur. Entre les deux, cinquante-trois relais, chacun avec son caractère, sa rivière à traverser, sa réputation de saké ou de thé. On appelle cela des meisho, des lieux célèbres, et chaque province en compte. Je ne voulais pas peindre des cartes, je voulais peindre ce qu'on ressent en marchant : la fatigue des jambes, la buée du matin, la fumée d'une auberge. Le mont Fuji, lui, apparaît sans cesse à l'horizon, comme un témoin silencieux de toute la route.
—Comment naît une de vos estampes, du premier trait à l'impression finale ?
Je ne fais qu'une part du chemin. Je dessine à l'encre de Chine, le sumi, sur un papier fin, avec mon fude. Le dessin part ensuite chez le graveur, qui le colle à l'envers sur une planche de bois de cerisier, le hangi, et creuse chaque trait au couteau — une planche par couleur, parfois dix ou douze pour une seule image. Vient enfin l'imprimeur, qui encre chaque planche et presse le papier washi dessus avec un tampon, le baren, en frottant du plat de la main jusqu'à ce que les couleurs s'accordent. Une nishiki-e, une image de brocart comme on dit, c'est le travail d'au moins trois mains, pas d'une seule.

—Qu'est-ce qui vous frustre ou vous émerveille dans ce travail à plusieurs mains ?
Il m'arrive d'envoyer un dessin et de ne plus tout à fait le reconnaître au retour, une fois gravé et imprimé. Cela m'a longtemps agacé, je l'avoue, surtout jeune : on croit qu'une ligne nous appartient, et puis le graveur la durcit ou l'adoucit à sa façon. Mais j'ai fini par y voir autre chose qu'une perte. Le graveur connaît le bois mieux que moi, l'imprimeur connaît l'encre et le papier washi mieux que moi. Une estampe réussie n'est pas la preuve de mon seul talent, c'est la preuve que trois métiers se sont bien entendus. Je préfère cette humilité-là à l'orgueil du peintre qui voudrait tout tenir dans sa seule main.
—On raconte que vos estampes voyagent bien au-delà d'Edo, parfois enroulées autour de porcelaines. Qu'en pensez-vous ?
Cela me fait sourire, et cela m'inquiète un peu aussi. Mes estampes coûtent quelques mon, le prix d'un bol de nouilles ; elles sont faites pour circuler vite, pas pour orner le mur d'un noble. Je sais que les marchands hollandais, à Nagasaki, achètent de la porcelaine japonaise, et qu'on l'enveloppe de papier pour le transport — peut-être bien du papier imprimé, comme le mien, qui n'a plus d'usage une fois la saison passée. L'idée que des yeux étrangers, de l'autre côté de la mer, puissent un jour tomber sans le vouloir sur une de mes vues du mont Fuji, sans même en connaître le nom, cela me trouble presque plus que si personne ne les voyait jamais.
Des yeux étrangers, de l'autre côté de la mer, tomberont peut-être un jour sur une de mes vues du mont Fuji.

—Si vos images finissaient un jour regardées loin d'ici, qu'aimeriez-vous qu'on y voie ?
Si je pouvais imaginer qu'on regarde mes images dans un pays que je ne connaîtrai jamais, je souhaiterais qu'on y voie d'abord la pluie, le vent, la neige — pas seulement des collines et des ponts, mais le temps qu'il fait, ce que la peau ressent. C'est cela l'ukiyo-e, le monde flottant : rien n'est fixe, tout passe, et pourtant on prend la peine de le fixer sur le papier une seconde. Je ne cherche pas la gloire d'un nom qu'on retiendrait. Je préférerais qu'on garde la sensation d'avoir traversé, l'espace d'un instant, un relais du Tōkaidō sous l'averse, sans jamais avoir quitté sa propre maison.
—Vous avez pris l'habit bouddhiste. Qu'est-ce qui vous a conduit à ce choix ?
J'ai pris l'habit en 1856, comme beaucoup de peintres âgés le font ici, non pour fuir le monde mais pour m'y tenir autrement. Edo traversait des années difficiles, la famine de l'ère Tenpō n'était pas si loin, et des navires étrangers étaient apparus au large trois ans plus tôt ; je sentais bien que le pays que j'avais peint commençait à changer sous mes yeux. C'est à ce moment-là que j'ai entamé les Cent vues célèbres d'Edo, comme si je voulais fixer une dernière fois la ville que je connaissais avant qu'elle ne devienne autre chose. Devenir moine, pour moi, c'était surtout apprendre à regarder ma propre ville comme un lieu déjà en train de disparaître.
—Vous avez composé un poème d'adieu. Que vouliez-vous y dire ?
Je ne voulais pas de grands mots. Une épidémie de choléra traverse Edo cette année-là, et je sais compter les jours comme n'importe qui. J'ai simplement écrit : « Laissant mon pinceau à l'Est, je pars pour un voyage vers l'Ouest, contempler les paysages fameux de la Terre Pure. » C'est un jeu de mots, en un sens : toute ma vie, j'ai peint des voyages, des relais, des routes qui mènent quelque part de beau. Il m'a semblé juste que mon dernier vers parle encore d'un chemin à parcourir, et d'un meisho, un lieu célèbre, à atteindre — sauf que celui-là, personne ne peut le graver sur une planche de bois.
Laissant mon pinceau à l'Est, je pars pour un voyage vers l'Ouest, contempler les paysages fameux de la Terre Pure.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Utagawa Hiroshige's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


