Imaginary interview with Wang Zhenyi
by Charactorium · Wang Zhenyi (1768 — 1797) · Sciences · Literature · 5 min read

La rencontre a lieu dans un pavillon ouvert sur un jardin de Nankin, une nuit claire où la Lune monte lentement au-dessus des toits incurvés. Une lampe à huile brûle sur une table basse, à côté d'un miroir de bronze et d'un boulier resté ouvert sur des calculs inachevés. Wang Zhenyi, encore jeune, parle avec la précision d'une savante et la liberté d'une poétesse.
—Comment avez-vous appris l'astronomie et les mathématiques, alors que ce savoir restait presque toujours réservé aux hommes ?
Je n'ai eu ni maître ni école, seulement des livres et le ciel au-dessus de ma tête. Mon grand-père, Wang Zhefu, avait rassemblé toute sa vie des traités savants ; à sa mort, en 1779, notre famille a pris la route vers le nord, et c'est là, à Jilin, en Mandchourie, que j'ai trouvé sa bibliothèque intacte. Personne ne me guidait dans ces pages, alors j'ai avancé seule, recopiant les calculs, reprenant les figures célestes jusqu'à les comprendre. Les nuits, je sortais observer la Lune et les étoiles pour vérifier ce que les livres affirmaient. On attendait de moi que je tienne un foyer ; j'ai préféré tenir un pinceau et un compas.
On attendait de moi que je tienne un foyer ; j'ai préféré tenir un pinceau et un compas.
—Que représentait pour vous cette bibliothèque de Jilin, si loin de votre Nankin natale ?
C'était un exil et un refuge à la fois. Nous avions quitté le sud pour cette région rude du nord, et j'y ai passé des hivers entiers penchée sur des rouleaux que personne d'autre n'ouvrait. Mon grand-père avait accumulé les traités d'astronomie, de mathématiques, d'histoire, comme on amasse un trésor sans savoir qui en héritera. J'ai décidé que ce serait moi. Chaque volume déchiffré me rapprochait un peu plus du ciel que j'observais le soir, et c'est de là, je crois, qu'est né mon désir d'expliquer aux autres ce que j'avais mis tant de nuits à comprendre seule.
—Racontez-nous l'expérience que vous avez menée dans un pavillon de jardin pour comprendre les éclipses de Lune.
J'ai suspendu une lampe à huile pour figurer le Soleil, posé une table ronde à même le sol pour représenter la Terre, et pris un miroir de bronze rond que j'ai déplacé lentement comme s'il était la Lune. En faisant glisser le miroir derrière la table, j'ai vu son reflet s'assombrir exactement au moment où il passait dans l'ombre portée par la lampe. Ce n'était plus un mystère à redouter, seulement une géométrie que mes propres mains venaient de reproduire dans ce jardin. C'est cette scène, avec sa lampe et son miroir, qui m'a donné les mots simples de mon Yue Shi Jie.
Ce n'était plus un mystère à redouter, seulement une géométrie que mes propres mains venaient de reproduire.
—Pourquoi teniez-vous tant à écarter les interprétations superstitieuses des éclipses ?
Parce que j'avais vu de mes yeux, dans ce même pavillon, que l'ombre suit une règle et non un présage. Quand la Terre se glisse exactement entre le Soleil et la Lune, son ombre la masque : voilà ce que j'ai écrit dans mon Yue Shi Jie, sans invoquer ni dragon céleste ni colère du ciel. Les lettrés qui m'avaient précédée parlaient parfois d'un mauvais augure ; moi je préférais montrer la chose avec une lampe et un miroir plutôt que de la craindre dans l'obscurité. Une règle qu'on peut reproduire chez soi n'a plus besoin qu'on la redoute.
—Les écrits du grand mathématicien Mei Wending étaient réputés très difficiles. Pourquoi avoir entrepris de les réécrire ?
Parce que j'avais moi-même buté longtemps sur ses pages avant d'en saisir le sens, et je me suis dit qu'un débutant renoncerait là où j'avais persévéré par entêtement. J'ai donc repris ses démonstrations dans une langue plus simple, sans en trahir la rigueur, pour qu'un jeune lecteur puisse les suivre sans maître à ses côtés. C'est le même souci qui m'a conduite à composer mon Shu Suan Jian Cun, en cinq volumes, où j'explique la multiplication et la division comme on les expliquerait à un enfant curieux. Le savoir enfermé dans un langage trop savant finit par se refermer sur lui-même ; j'ai voulu qu'il reste ouvert.
Le savoir enfermé dans un langage trop savant finit par se refermer sur lui-même.
—Quel rôle jouait un instrument comme le boulier dans votre travail de tous les jours ?
Le suanpan ne quittait presque jamais ma table de travail, à côté du pinceau et de l'encre. Ses boules coulissantes me permettaient de vérifier chaque calcul avant de le confier au papier, et c'est en le manipulant, encore et encore, que j'ai trouvé la manière la plus claire d'exposer la multiplication et la division dans mon Shu Suan Jian Cun. Je crois qu'un instrument aussi modeste enseigne autant qu'un traité : à force de le faire glisser sous mes doigts, j'ai compris que la clarté d'une méthode se juge à sa capacité d'être répétée par n'importe quelle main, pas seulement la mienne.
—Dans votre Defengting Chuji, vous écrivez que les filles peuvent être aussi héroïques que les garçons. D'où vous vient cette conviction ?
De l'observation la plus simple : j'ai appris l'astronomie et les mathématiques comme n'importe quel lettré se préparant aux examens impériaux, sauf que ces mêmes examens, le keju, me restaient fermés parce que je suis née femme. J'ai voulu dire, dans mes poèmes, ce que cette contradiction m'inspirait : « n'êtes-vous pas convaincus que les filles aussi peuvent être héroïques ? » Ce n'est pas une révolte criée, c'est une question posée tout haut à ceux qui n'y avaient jamais réfléchi. Si l'on m'accordait les mêmes livres et les mêmes nuits d'observation qu'à un garçon, pourquoi mon esprit produirait-il un savoir moindre que le sien ?
Si l'on m'accordait les mêmes livres et les mêmes nuits d'observation qu'à un garçon, pourquoi mon esprit produirait-il un savoir moindre que le sien ?
—Que répondiez-vous à ceux qui pensaient qu'une femme devait être vertueuse plutôt qu'instruite ?
On oppose souvent la vertu et le talent, ce que les lettrés appellent de et cai, comme si une femme devait choisir l'une en renonçant à l'autre. J'ai toujours trouvé cette opposition étroite : rien dans l'étude d'une éclipse ou d'un calcul ne m'a jamais éloignée de mes devoirs envers ma famille, à Nankin comme plus tard à Xuancheng après mon mariage avec Zhan Mei. Je crois simplement que l'intelligence n'a pas à s'excuser d'exister chez une femme, pas plus qu'elle n'a besoin d'excuse chez un homme. On peut tenir un foyer et tenir aussi une plume savante.
—Vous êtes morte à seulement 29 ans. Comment avez-vous pensé à la suite de votre œuvre ?
Je savais mes forces déclinantes, et je redoutais surtout que mes pages se perdent après moi, comme tant d'écrits de femmes qu'on ne prend pas la peine de recopier. J'ai donc confié mes manuscrits à mon amie Madame Kuai, en qui j'avais une confiance entière, plutôt qu'à un cercle de lettrés qui les aurait peut-être laissés dormir dans un coffre. Mon Defengting Chuji, rassemblé en treize volumes de poèmes et d'essais, lui devait sa survie autant qu'à moi-même. Ce n'est pas un testament écrit dans la crainte, c'est un geste de confiance entre deux femmes qui savaient ce que valaient ces pages.
Ce n'est pas un testament écrit dans la crainte, c'est un geste de confiance entre deux femmes.
—Si vos poèmes et vos traités devaient être lus longtemps après vous, que souhaiteriez-vous qu'on en retienne ?
Je n'ose imaginer combien de temps un texte peut survivre à celle qui l'a écrit, mais si l'on devait me lire un jour, je voudrais qu'on retienne que j'ai expliqué une éclipse avec une lampe et un miroir avant de la coucher dans mon Yue Shi Jie, et que j'ai osé écrire que les filles pouvaient apprendre autant que les garçons. Je ne cherchais pas la gloire des examens impériaux qui m'étaient fermés, seulement la certitude que la précession des équinoxes ou le mouvement des étoiles peuvent se comprendre par n'importe quel esprit patient, pourvu qu'on lui en laisse le loisir.
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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Wang Zhenyi's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


