Mammon est une figure démoniaque issue du Nouveau Testament, personnification de la richesse matérielle et de l'avarice. Repris dans la littérature médiévale et par Milton dans Paradise Lost, il incarne la tentation des biens terrestres contre les valeurs spirituelles.
Mammon
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Questions fréquentes
Citations célèbres
« Nul ne peut servir deux maîtres : Dieu et Mammon. (Matthieu 6:24)»
Faits marquants
- Mentionné dans l'Évangile de Matthieu (6:24) et de Luc (16:13) comme symbole des richesses corruptrices
- Repris dans la littérature médiévale comme l'un des démons des sept péchés capitaux
- Apparaît dans Paradise Lost de John Milton (1667) comme l'ange déchu le plus attaché aux biens matériels
- Son nom est d'origine araméenne et signifie 'richesse' ou 'profit'
Œuvres & réalisations
Les deux passages néotestamentaires qui introduisent Mammon comme figure antagoniste à Dieu sont la source fondatrice de toute la tradition ultérieure autour de ce personnage.
Long poème allégorique en moyen anglais qui met en scène la lutte entre valeurs spirituelles et tentation de la richesse, Mammon y incarnant la corruption des institutions médiévales.
Traité de démonologie qui classe officiellement Mammon parmi les sept princes des Enfers, lui assignant le gouvernement du péché d'avarice dans la hiérarchie démoniaque.
Comédie satirique où le personnage de Sir Epicure Mammon incarne la cupidité et la crédulité des nouveaux riches, popularisant Mammon comme type comique et moral dans le théâtre jacobéen.
Épopée en vers blancs où Mammon figure parmi les grands anges déchus ; Milton en fait l'architecte spirituel du matérialisme infernal, toujours courbé vers la terre même au Paradis.
Essai critique de la révolution industrielle dans lequel Carlyle forge l'expression 'Gospel of Mammonism' pour dénoncer l'idolâtrie du profit comme religion de la société capitaliste moderne.
Anecdotes
Le mot 'Mammon' vient de l'araméen 'mamona', terme courant dans la langue de Jésus pour désigner les biens, la fortune ou la propriété. Lorsque Jésus déclare dans l'Évangile de Matthieu 'Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon', il personnifie ainsi la richesse matérielle en lui donnant le nom d'une divinité adverse, transformant un mot du langage quotidien en figure spirituelle redoutable.
Au Moyen Âge, les théologiens chrétiens élaborèrent une véritable hiérarchie des démons correspondant aux sept péchés capitaux. Pierre Binsfeld, évêque auxiliaire de Trèves, publia en 1589 une classification officielle dans laquelle Mammon figure comme prince des Enfers gouvernant l'avarice, aux côtés de Lucifer pour l'orgueil et Belzébuth pour la gourmandise. Cette liste influença durablement l'iconographie démoniaque européenne.
Dans 'Le Paradis Perdu' de John Milton (1667), Mammon est décrit comme le dernier des anges déchus à avoir quitté le Ciel, car même avant sa chute il 'ne levait jamais les yeux vers le haut, mais marchait toujours courbé, le regard fixé sur le sol d'or du Paradis'. Milton en fait le premier à exploiter les minerais des Enfers pour construire Pandémonium, la capitale de Satan.
Le poète médiéval William Langland, dans 'Piers Plowman' (vers 1370), met en scène Lady Mede — la personnification de la récompense corrompue et de la cupidité — souvent associée à Mammon. Ce poème allégorique en vieil anglais, lu dans toute l'Angleterre, contribua à ancrer Mammon dans l'imaginaire populaire comme symbole de la corruption de la société féodale par l'argent.
Des théologiens comme Thomas d'Aquin au XIIIe siècle s'appuyèrent sur la figure de Mammon pour développer leur doctrine du 'mal d'amour' (amor inordinatus) : aimer les biens matériels plus que Dieu était considéré comme une forme d'idolâtrie. Cette réflexion influença directement les règles des ordres mendiants — franciscains et dominicains — qui firent vœu de pauvreté absolue en réaction à Mammon.
Sources primaires
Nul ne peut servir deux maîtres. Car, ou il haïra l'un et aimera l'autre, ou il s'attachera à l'un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon.
Aucun serviteur ne peut servir deux maîtres ; car ou il haïra l'un et aimera l'autre, ou il s'attachera à l'un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon.
Mammon, the least erected Spirit that fell / From heav'n, for ev'n in heav'n his looks and thoughts / Were always downward bent, admiring more / The riches of Heav'ns pavement, trod'n Gold, / Then aught divine or holy else enjoy'd in vision beatific.
Mammon est le prince des Enfers associé au péché d'avarice, l'un des sept démons principaux correspondant aux sept péchés capitaux selon la classification démonologique.
Lady Mede, fille de Faux, cherche à corrompre les institutions du royaume par ses richesses, incarnant la séduction de Mammon sur la société médiévale.
Lieux clés
Lieu où Jésus prononça les discours fondateurs opposant Dieu à Mammon, dans le contexte d'une économie du Temple marquée par les changeurs d'argent que Jésus chassa.
Centre de l'Église catholique et lieu de développement de la théologie augustinienne et scolastique qui fit de Mammon la figure centrale de la condamnation de l'avarice.
Ville épiscopale où Pierre Binsfeld publia en 1589 sa classification démonologique faisant de Mammon le prince du péché d'avarice, dans le contexte des procès de sorcellerie.
Ville où Milton rédigea 'Paradise Lost' et où Ben Jonson créa 'L'Alchimiste' : Mammon devint un symbole de la critique littéraire anglaise de la cupidité marchande naissante.
Foyer de la scolastique médiévale à l'Université de Paris, où Thomas d'Aquin et ses contemporains développèrent la philosophie morale condamnant l'amour désordonné des richesses.
Objets typiques

Attribut iconographique le plus courant de Mammon dans l'art médiéval et renaissant, symbolisant l'accumulation stérile de richesses et le refus de partager avec les pauvres.

Instrument associé à la tromperie commerciale et à l'avarice, la balance truquée évoque les pratiques d'usure condamnées par l'Église et personnifiées par Mammon.

Figure récurrente des représentations allégoriques de l'avarice, le coffre fermé à clé symbolise la thésaurisation et le refus de mettre ses richesses au service du bien commun.

Directement inspiré de Milton, qui décrit Mammon guidant les démons pour extraire l'or des entrailles des Enfers afin de construire Pandémonium, capitale de Satan.

Symbole des prêts usuraires et des engagements financiers qui enchaînent les hommes à la richesse matérielle, pratiques que l'Église médiévale assimilait au service de Mammon.

Mammon est parfois représenté couronné dans la démonologie médiévale comme 'roi de l'avarice', une couronne sans éclat spirituel, purement matérielle, parodie de la couronne divine.
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Vie quotidienne
Matin
Dans l'imaginaire médiéval, Mammon est conçu comme une entité éternellement vigilante, qui 'veille' sur ses trésors dès l'aube. Les théologiens décrivent l'avare — son serviteur terrestre — se levant avant l'aurore pour vérifier ses coffres, compter ses pièces et consulter ses registres de dettes, incapable de la sérénité spirituelle que procure la prière matinale.
Après-midi
L'après-midi du disciple de Mammon est consacré aux transactions, aux négociations et aux contrats usuraires. Dans la littérature allégorique médiévale, il passe ses heures à peser l'or, à marchander dans les foires et à tisser des réseaux de dettes qui enchaînent les pauvres, activités que les prédicateurs franciscains dénonçaient dans leurs sermons.
Soir
Le soir, selon les moralistes médiévaux, l'avare ne trouve pas le repos : il est rongé par la peur du vol et l'obsession de la perte. Milton décrit Mammon lui-même incapable de jouir des beautés célestes, les yeux constamment baissés vers le sol. La nuit de son serviteur est hantée par les cauchemars de la pauvreté, prison dorée de sa propre fabrication.
Alimentation
L'iconographie de l'avarice médiévale associe Mammon à la nourriture chiche et avare : l'avare mange peu non par ascèse spirituelle mais par refus de dépenser, thésaurisant même sur sa table. Les fables morales le représentent mangeant seul, du pain rassis et de l'eau, tandis que ses coffres débordent d'or — antithèse de la charité chrétienne.
Vêtements
Dans les représentations allégoriques, Mammon et ses serviteurs portent des vêtements paradoxaux : riches en apparence mais usés et déchirés, car l'avare refuse de remplacer ses habits. Les démons de l'avarice sont souvent représentés en haillons grotesques couverts de pièces cousues, mêlant la misère physique à l'accumulation absurde de richesses.
Habitat
L'habitat de Mammon, tel que le décrit Milton, est Pandémonium — palais souterrain aux colonnes d'obsidienne et aux voûtes d'or brut, construit par des démons-mineurs. Sur Terre, son serviteur vit dans un manoir encombré de coffres verrouillés, de registres empilés et de pièces obscurcies par crainte des voleurs, un espace riche mais sans beauté ni chaleur humaine.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Style visuel
Un style sombre inspiré des enluminures médiévales et de la peinture flamande grotesque — Bosch et Bruegel — avec des ors ternis, des rouges profonds et une atmosphère souterraine pesante et claustrophobique.
Ambiance sonore
Une atmosphère souterraine et étouffante mêlant le cliquetis de l'or, le grincement des serrures et le brouhaha lointain des marchés médiévaux, évoquant la séduction froide et pesante des richesses matérielles.
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Évangiles de Matthieu et Luc (Nouveau Testament)
vers 80-90 apr. J.-C.
Piers Plowman — William Langland
vers 1370-1386
Tractatus de confessionibus maleficorum et sagarum — Pierre Binsfeld
1589
L'Alchimiste (The Alchemist) — Ben Jonson
1612
Paradise Lost — John Milton
1667
Past and Present — Thomas Carlyle
1843






