Poète, romancier et traducteur marocain né en 1942 à Fès. Fondateur de la revue Souffles, figure majeure de la littérature marocaine de langue française, il fut emprisonné pour ses idées avant de recevoir le prix Goncourt de la poésie en 2009.
Abdellatif Laâbi(1942 — ?)
Abdellatif Laâbi
Maroc
6 min de lecture
Questions fréquentes
Faits marquants
- Né le 1er mars 1942 à Fès (Maroc)
- Fonde en 1966 la revue littéraire et culturelle Souffles, foyer de l'avant-garde marocaine
- Emprisonné de 1972 à 1980 pour « atteinte à la sûreté de l'État » durant les Années de plomb
- S'exile en France à partir de 1985
- Reçoit le prix Goncourt de la poésie en 2009, puis le Grand Prix de la Francophonie de l'Académie française en 2011
Œuvres & réalisations
Revue qu'il fonde et anime, devenue le manifeste d'une génération d'écrivains et d'artistes marocains en quête de renouveau.
Premier roman, récit poétique et fragmenté qui explore l'identité et la condition marocaine.
Recueil de poèmes écrit en partie en prison, dénonçant la répression et célébrant la liberté.
Lettres écrites depuis sa cellule, témoignage bouleversant sur la prison et l'espérance.
Roman largement autobiographique inspiré de son expérience carcérale.
Roman autobiographique sur son enfance dans la médina de Fès, salué par la critique.
Consécration littéraire majeure récompensant l'ensemble de son œuvre poétique.
Distinction de l'Académie française honorant sa contribution à la langue française.
Anecdotes
En 1966, à seulement 24 ans, Abdellatif Laâbi fonde avec quelques amis poètes la revue Souffles. Imprimée avec peu de moyens, elle devient vite le porte-voix d'une génération marocaine qui veut décoloniser non seulement le pays, mais aussi les esprits et la culture.
En 1972, Laâbi est arrêté chez lui à cause de ses idées et de ses écrits. Condamné à dix ans de prison, il est torturé et passe près de huit ans et demi enfermé. Depuis sa cellule, il continue pourtant d'écrire des poèmes et des lettres qui seront publiés clandestinement.
Pendant sa détention, une vaste campagne internationale réclame sa libération : Amnesty International, des écrivains comme Jean-Paul Sartre et des intellectuels du monde entier signent des pétitions. Cette mobilisation contribue à sa sortie de prison en 1980.
En 2009, à 67 ans, Laâbi reçoit le prix Goncourt de la poésie pour l'ensemble de son œuvre. Lui qui avait été emprisonné pour ses mots se voit ainsi consacré comme l'un des plus grands poètes de langue française de son époque.
Son roman autobiographique Le Fond de la jarre (2002) raconte son enfance dans la médina de Fès. Le titre évoque les grandes jarres où l'on conservait l'huile et les olives : pour l'enfant qu'il était, gratter le fond de la jarre était à la fois une corvée et une aventure.
Sources primaires
Quelque chose est en train de changer. Quelque chose se prépare au niveau de la création maghrébine de langue française. Les écrivains en témoignent qui cherchent à se définir par rapport à un public, à un destin collectif.
Écrire, c'est mordre dans la chair du fruit de la vie, c'est livrer la pulpe essentielle à l'air et à la lumière.
Fès, ma ville, je t'ai portée en moi comme une blessure et comme une fierté, à travers toutes mes errances.
La poésie a toujours été pour moi une arme de combat et de liberté, une façon de dire non à la barbarie et oui à la dignité humaine.
Lieux clés
Ville natale de Laâbi en 1942, dont la médina et l'enfance nourrissent toute son œuvre, notamment Le Fond de la jarre.
Capitale où Laâbi fait ses études, enseigne et fonde la revue Souffles en 1966.
Lieu de détention de Laâbi durant une grande partie de ses années d'emprisonnement (1972-1980), où il continua d'écrire.
Grande ville où s'organisèrent procès politiques et mobilisations durant les Années de plomb.
Ville où Laâbi s'installe en exil à partir de 1985 et où il poursuit son œuvre, reconnue par le prix Goncourt de la poésie en 2009.
Objets typiques

Revue littéraire et culturelle fondée par Laâbi en 1966, devenue le manifeste d'une génération d'artistes et d'intellectuels marocains. Son nom symbolise une respiration nouvelle pour la création maghrébine.

Cahiers et feuillets sur lesquels Laâbi écrivait ses poèmes, y compris en prison où le papier était rare. Ces écrits sortaient parfois clandestinement de sa cellule.

Correspondance écrite durant sa détention, adressée notamment à sa femme et publiée sous le titre Chroniques de la citadelle d'exil. Elles témoignent de la vie carcérale et de la force de l'espérance.

Grande jarre en terre cuite servant à conserver l'huile et les olives dans les maisons de Fès. Elle donne son titre à son roman d'enfance, Le Fond de la jarre.

Livres de poètes arabes, dont Mahmoud Darwich, que Laâbi a traduits en français. Son travail de traducteur a fait connaître la poésie arabe contemporaine au public francophone.

La prison centrale de Kénitra, où Laâbi fut longtemps détenu, devint pour lui un lieu d'écriture et de réflexion. Elle symbolise l'enfermement subi par de nombreux opposants des Années de plomb.
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Vie quotidienne
Matin
Jeune homme à Rabat, Laâbi commence ses journées par la lecture et la préparation de ses cours, car il fut aussi professeur de français. Les matinées sont souvent consacrées à l'écriture, dans le calme avant l'agitation de la ville.
Après-midi
L'après-midi, il rencontre les autres animateurs de Souffles : on discute des textes à publier, on relit les épreuves, on débat des idées qui agitent le Maroc des années 1960. Ces réunions sont des foyers d'effervescence intellectuelle.
Soir
Le soir, Laâbi poursuit son travail de poète et de traducteur, penché sur ses cahiers. En prison, ces heures du soir deviendront un refuge où il écrit des poèmes et des lettres à la lueur fragile de sa cellule.
Alimentation
L'alimentation est celle d'un Marocain de Fès au XXe siècle : pain, huile d'olive, thé à la menthe, tajines et couscous le vendredi. En détention, la nourriture est rare et frugale, bien loin des saveurs de la médina de son enfance.
Vêtements
Dans la vie publique, Laâbi porte le costume occidental de l'intellectuel de son époque, veste et chemise. Dans l'intimité ou lors des fêtes, le vêtement traditionnel marocain, comme la djellaba, reste présent.
Habitat
Enfant, il grandit dans une maison traditionnelle de la médina de Fès, organisée autour d'un patio. Adulte, il vit en appartement à Rabat, puis connaît la cellule de prison, avant de s'installer en exil dans un logement parisien.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Revue Souffles
1966-1972
L'Œil et la nuit
1969
Le Règne de barbarie
1976
Chroniques de la citadelle d'exil
1978
Le Chemin des ordalies
1982
Le Fond de la jarre
2002
Prix Goncourt de la poésie
2009






