Philosophe, logicien et théoricien de la musique persan de langue arabe, considéré comme le « Second Maître » après Aristote. Figure majeure de la philosophie islamique médiévale, il fut un transmetteur de la pensée grecque et un penseur politique de premier plan.
Al-Farabi(870 — 951)
Al-Fârâbî
califat abbasside
6 min de lecture
Questions fréquentes
Faits marquants
- Né vers 872 (probablement au Farab, dans l'actuel Kazakhstan/Asie centrale) et mort vers 950-951 à Damas.
- Surnommé le « Second Maître » (al-Muʿallim al-thānī) en référence à Aristote, le « Premier Maître ».
- Auteur du traité de philosophie politique « Les Opinions des habitants de la cité vertueuse » (Mabādiʾ ārāʾ ahl al-madīna al-fāḍila), inspiré de la République de Platon.
- Rédige le « Grand Livre de la musique » (Kitāb al-mūsīqā al-kabīr), ouvrage de référence sur la théorie musicale arabe.
- Commentateur et transmetteur d'Aristote et de Platon, il influence durablement Avicenne, Averroès et Maïmonide.
Œuvres & réalisations
Œuvre majeure de philosophie politique, inspirée de la République de Platon, décrivant la cité idéale gouvernée par un philosophe-prophète. Texte fondateur de la pensée politique islamique.
Classification systématique de toutes les sciences de son temps, de la langue à la métaphysique. Elle influença durablement l'organisation du savoir en Orient et en Occident.
Traité de référence sur la théorie musicale, l'acoustique et les instruments. Considéré comme l'un des plus importants ouvrages de musique du Moyen Âge.
Traité d'éthique et de politique exposant comment l'homme atteint le bonheur par la vertu et la connaissance philosophique.
Série de commentaires sur les traités de logique d'Aristote qui valurent à Al-Fârâbî le titre de « Second Maître » et firent de lui la grande autorité logique du monde islamique.
Essai cherchant à réconcilier les philosophies de Platon et d'Aristote, montrant la profondeur de sa lecture des Grecs.
Traité sur les origines du langage et des concepts philosophiques, explorant le rapport entre langue, logique et métaphysique.
Anecdotes
On surnomma Al-Fârâbî le « Second Maître », c'est-à-dire le deuxième après Aristote lui-même, qui était considéré comme le « Premier Maître ». Aucun autre philosophe ne reçut un tel titre dans le monde islamique médiéval, ce qui montre l'immense respect que ses commentaires d'Aristote inspiraient.
Selon les biographes anciens, Al-Fârâbî menait une vie d'une grande simplicité, indifférent à la richesse et au luxe. On raconte qu'il vivait des modestes sommes que lui versait le prince de Damas, Sayf al-Dawla, et qu'il préférait méditer dans les jardins, au bord des ruisseaux, plutôt que de fréquenter les fastes de la cour.
Al-Fârâbî était un théoricien de la musique reconnu, et la légende veut qu'il fût aussi excellent musicien. Une anecdote célèbre raconte qu'en jouant de son instrument devant la cour, il sut tour à tour faire rire l'assistance, puis la faire pleurer, puis l'endormir — démontrant ainsi le pouvoir des modes musicaux sur l'âme humaine.
On dit qu'Al-Fârâbî lut le traité de l'âme d'Aristote plus de cent fois et la Physique quarante fois, tant il cherchait à en pénétrer le sens. Cette persévérance fit de lui le grand passeur de la pensée grecque, qu'il transmit aux générations suivantes comme Avicenne et, plus tard, aux savants de l'Occident latin.
Polyglotte exceptionnel, Al-Fârâbî maîtrisait, dit-on, de très nombreuses langues. Né dans la région du Farab (Asie centrale), il écrivit toute son œuvre en arabe, la langue savante de son temps, contribuant à faire de Bagdad puis de Damas de grands carrefours du savoir.
Sources primaires
La cité où s'associent les hommes en vue de s'entraider pour acquérir le bonheur est la cité vertueuse, et la société où les hommes s'entraident pour atteindre le bonheur est la société vertueuse.
Le bonheur est le bien recherché pour lui-même, et qui n'est jamais recherché pour atteindre par lui une autre chose ; il n'y a rien de plus grand au-delà de quoi l'homme puisse parvenir.
L'art de la musique embrasse la connaissance des sons, de leurs causes et de tout ce qui s'y rapporte, afin que l'âme y trouve plaisir et perfection.
Nous nous proposons de dénombrer les sciences connues, science par science, et de faire connaître les parties dont se compose chacune de celles qui ont des parties.
Lieux clés
Région de naissance d'Al-Fârâbî, dans l'actuel sud du Kazakhstan, sur les routes de la soie. Son nom même vient de cette ville-oasis.
Capitale abbasside et grand foyer du savoir, où Al-Fârâbî étudia la logique et la philosophie auprès de maîtres chrétiens. Il y composa une partie majeure de son œuvre.
Ville où Al-Fârâbî passa ses dernières années à la cour de l'émir Sayf al-Dawla, et où il mourut en 951.
Capitale de l'émir hamdanide Sayf al-Dawla, protecteur d'Al-Fârâbî, dont la cour était un brillant centre littéraire et scientifique.
Selon certains biographes, Al-Fârâbî voyagea en Égypte vers la fin de sa vie avant de revenir à Damas.
Objets typiques

Instrument à cordes pincées au corps en forme de poire, ancêtre du luth européen. Al-Fârâbî, grand théoricien de la musique, en analysa les sons et les intervalles.
📷 CC0 · Wikimedia Commons ↗
Roseau taillé trempé dans l'encre, outil d'écriture des savants arabes médiévaux. Al-Fârâbî s'en servit pour rédiger ses dizaines de traités.

Volumes copiés à la main contenant les commentaires d'Aristote et les œuvres originales. Le papier, introduit dans le monde islamique, favorisa la diffusion massive des textes.

Instrument astronomique de cuivre permettant de mesurer la hauteur des astres et de calculer l'heure. Emblème de la science de l'âge d'or islamique que fréquentait Al-Fârâbî.

L'Organon d'Aristote traduit en arabe, sur lequel Al-Fârâbî rédigea de célèbres commentaires. Ces textes firent de lui le maître de la logique du monde islamique.

Vêtement ample de laine ou de coton porté par les hommes de science et les philosophes. Al-Fârâbî, réputé pour sa sobriété, s'habillait simplement.
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Vie quotidienne
Matin
Al-Fârâbî commençait sa journée tôt, consacrant la matinée à la lecture et à l'étude des manuscrits grecs traduits en arabe. Réputé pour sa concentration, il relisait inlassablement les mêmes traités d'Aristote pour en saisir chaque nuance.
Après-midi
L'après-midi pouvait être consacré à l'enseignement et aux discussions avec d'autres savants, chrétiens comme musulmans, dans les cercles intellectuels de Bagdad ou de Damas. Il y débattait de logique, de métaphysique et de politique.
Soir
Le soir, Al-Fârâbî aimait se retirer pour écrire ses propres traités à la lueur d'une lampe à huile. On dit aussi qu'il jouait de la musique, mettant en pratique ses théories sur le pouvoir des sons sur l'âme.
Alimentation
Son alimentation, simple et frugale à l'image de sa vie, se composait des nourritures courantes de l'époque : pain, légumes, fruits secs, dattes et un peu de viande. Il méprisait le luxe de la table et se contentait de peu.
Vêtements
Il portait les vêtements sobres des hommes de science : une longue robe (qamîs) de laine ou de coton, parfois un manteau et un turban. Sa réputation de simplicité contrastait avec le faste des cours qu'il fréquentait.
Habitat
Al-Fârâbî vivait modestement, parfois logé grâce à la générosité de ses protecteurs comme Sayf al-Dawla. On le décrit préférant la solitude des jardins et le bord des cours d'eau à la richesse des demeures princières.






