Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Al-Farabi

par Charactorium · Al-Farabi (870 — 951) · Philosophie · Sciences · Musique · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.
Portrait de Al-Farabi
Wikimedia Commons, Public domain — Farabi

Damas, dernières années du règne des jardins et des ruisseaux. Dans une cour ombragée où murmure un canal, un vieil homme en robe de laine repose un oud sur ses genoux. On l'appelle le Second Maître ; il se dit seulement serviteur de la sagesse des Anciens.

Comment un homme né aux confins de l'Asie centrale s'est-il retrouvé à débattre de logique dans la capitale des califes ?

Je suis venu du Farab, cette ville-oasis posée sur les routes de la soie, là où l'on parle plus volontiers le turc que la langue des savants. Mais le savoir, lui, s'était rassemblé à Bagdad, sous les Abbassides, dans le sillage de la Bayt al-Hikma où l'on avait traduit les Grecs en arabe. J'y suis monté encore jeune, vers l'an trois-cents de l'Hégire, pour apprendre le mantiq, la science du raisonnement droit. Mes premiers maîtres étaient des chrétiens nestoriens, gardiens fidèles de l'Organon d'Aristote ; ils m'ont enseigné à disséquer une proposition comme un médecin dissèque un corps. Je passais mes matinées penché sur des manuscrits de parchemin et de papier, ce papier neuf venu d'Orient qui multipliait les livres. La falsafa, vois-tu, n'appartient à aucune nation : elle se transmet de main en main, du grec au syriaque, du syriaque à l'arabe, comme une lampe qu'on se passe dans la nuit.

La philosophie se transmet de main en main, comme une lampe qu'on se passe dans la nuit.

Que trouviez-vous chez les Anciens que votre propre temps ne pouvait vous donner ?

L'ordre, mon ami. Le monde bruit de disputes, chacun crie sa vérité dans les mosquées et sur les places, mais Aristote avait bâti un instrument pour trier le vrai du vraisemblable. Sa logique n'est pas une opinion parmi d'autres : c'est la balance qui pèse toutes les opinions. Dans mon Énumération des sciences, j'ai voulu ranger chaque savoir à sa juste place, de la grammaire à la science divine, comme un intendant range les provisions d'un palais. Je crois que le désordre des esprits vient d'un désordre des mots ; c'est pourquoi j'ai écrit sur les lettres et l'origine du langage. Car avant de raisonner juste, il faut nommer juste. Les maîtres nestoriens m'avaient appris cette humilité : on ne corrige pas Aristote, on s'efforce d'en pénétrer le sens, fût-ce en relisant cent fois la même page.

Le désordre des esprits vient d'un désordre des mots.

On vous a donné un titre qu'aucun autre n'a reçu : le Second Maître. Vous souvenez-vous de ce qu'il vous a coûté ?

Des veilles, surtout. On raconte, et je ne le démens pas, que j'ai lu le traité De l'âme plus de cent fois, et la Physique quarante fois. Ce n'est pas vanité : un texte grec, passé par tant de traductions, garde ses ombres, et il faut y revenir comme on revient au bord du même puits jusqu'à ce que l'eau devienne claire. Aristote est le Premier Maître, celui qui a ouvert les portes ; je ne suis que le second, celui qui a rallumé les lampes derrière lui pour que d'autres puissent entrer. Mes commentaires de l'Organon n'avaient pas d'autre but que celui-là : rendre lisible ce que la distance et le temps avaient obscurci. Si un titre m'honore, qu'il honore d'abord ceux dont je ne suis que le passeur. Un jour, peut-être, un plus jeune que moi lira mes gloses et ira plus loin.

Aristote a ouvert les portes ; je n'ai fait que rallumer les lampes derrière lui.

Vous avez cherché à réconcilier Platon et Aristote, que beaucoup opposent. Pourquoi ce travail vous semblait-il nécessaire ?

Parce qu'il serait indigne de la sagesse que ses deux plus grands hommes se contredisent sur l'essentiel. Dans mon essai sur L'Harmonie des opinions des deux sages, j'ai montré que leurs désaccords tiennent souvent à leur langue, à leur manière de dire, non au fond de leur pensée. Platon regarde vers les modèles éternels, Aristote vers les choses de ce monde ; mais l'un et l'autre gravissent la même montagne par deux versants. Un logicien ne se contente pas d'opposer, il cherche l'accord caché sous la querelle des mots — encore le mantiq, toujours lui. J'ai passé des après-midi entiers à Bagdad, puis ici, à en débattre avec des savants chrétiens comme musulmans, autour d'une même table. Ceux qui montent les Anciens les uns contre les autres n'ont lu ni les uns ni les autres.

Platon et Aristote gravissent la même montagne par deux versants.

On raconte un soir de concert où votre musique aurait tour à tour fait rire, pleurer, puis dormir la cour. Que s'est-il passé ce soir-là ?

On en fait une légende ; moi j'y vois une démonstration. À la cour de l'émir Sayf al-Dawla, j'ai pris l'oud, ce luth au corps en forme de poire, et j'ai joué selon les modes que j'avais étudiés dans mon Grand livre de la musique. Il faut savoir que chaque mode touche l'âme comme une clef touche une serrure : celui-ci excite la gaieté, celui-là la mélancolie, cet autre apaise jusqu'au sommeil. J'ai fait passer l'assemblée par ces trois portes, l'une après l'autre, et ils ont ri, pleuré, puis se sont assoupis. Ce n'était pas sorcellerie mais science : les intervalles, les proportions des cordes, obéissent à des nombres, comme les astres qu'on lit à l'astrolabe. La musique n'est pas un divertissement de cour, c'est une médecine de l'âme qui connaît ses propres remèdes.

Chaque mode touche l'âme comme une clef touche une serrure.
Al-Farabi
Al-FarabiWikimedia Commons, Public domain — Unknown authorUnknown author

Vous parlez de la musique comme d'une science. Qu'y a-t-il donc à connaître dans un simple son ?

Bien plus qu'on ne croit. J'ai écrit dans mon Grand livre de la musique que cet art embrasse la connaissance des sons, de leurs causes et de tout ce qui s'y rapporte, afin que l'âme y trouve plaisir et perfection. Un son n'est pas un hasard : il naît d'une corde tendue selon une longueur précise, et deux cordes bien proportionnées s'accordent comme deux amis, tandis que deux mal réglées se querellent à l'oreille. J'ai mesuré ces intervalles sur l'oud, j'ai décrit les instruments, j'ai cherché les nombres cachés sous le plaisir. Car le monde entier est bâti sur des proportions, et la musique en est le miroir sonore. Quand j'accorde mon luth au soir, à la lueur d'une lampe à huile, je crois toucher du doigt l'ordre même que le Créateur a mis dans les choses.

Dans votre œuvre la plus célèbre, vous décrivez une cité idéale. À quoi ressemble cette cité vertueuse ?

Elle ressemble à un corps sain, où chaque membre sert le tout. Dans Les Idées des habitants de la cité vertueuse, que j'ai composée voici quelques années, j'ai écrit que la cité où s'associent les hommes en vue de s'entraider pour acquérir le bonheur est la cité vertueuse. Tout est là : l'entraide et le bonheur. Une cité n'est pas un tas de maisons, c'est une âme commune. À sa tête, il faut un chef qui unisse la sagesse du philosophe et l'autorité du guide inspiré, car gouverner sans savoir, c'est mener un troupeau dans la nuit. J'ai puisé chez Platon cette madîna fâdila, mais je l'ai pensée pour notre monde, où califes et émirs se disputent les provinces. Face à ce désordre, imaginer la cité juste n'est pas rêverie d'oisif : c'est le devoir du sage.

Une cité n'est pas un tas de maisons, c'est une âme commune.
Al-Farabi, 20 Tenge, Kazakhstan,1993
Al-Farabi, 20 Tenge, Kazakhstan,1993Wikimedia Commons, Public domain — National Bank of Kazakhstan

Vous liez sans cesse la politique au bonheur. Qu'entendez-vous par ce mot que chacun croit comprendre ?

Le mot est sur toutes les lèvres, et pourtant peu savent ce qu'il désigne. Dans mon traité De l'obtention du bonheur, j'ai dit que le bonheur est le bien recherché pour lui-même, et qui n'est jamais recherché pour atteindre par lui une autre chose ; il n'y a rien de plus grand au-delà de quoi l'homme puisse parvenir. La richesse, le pouvoir, les fastes de la cour ne sont que des marches, jamais le sommet. Le vrai bonheur naît de la vertu et de la connaissance, quand l'âme, par la philosophie, s'accorde à l'ordre des choses comme les cordes de l'oud s'accordent entre elles. Voilà pourquoi une cité doit être vertueuse pour rendre ses habitants heureux : on ne cultive pas la sagesse dans le désordre. Le philosophe et le législateur, au fond, poursuivent le même but par deux chemins.

La richesse et le pouvoir ne sont que des marches, jamais le sommet.

Vous avez fréquenté les cours les plus fastueuses, et pourtant on vous dit d'une grande pauvreté. Comment vivez-vous ?

De peu, et j'en rends grâce. Sayf al-Dawla me verse quelques dirhams, une somme modeste dont je me contente sans jamais rien demander de plus. Ma robe est de laine simple, ma table se réduit à du pain, quelques dattes, des fruits secs, un peu de viande peut-être. Je laisse le faste aux princes, à qui il convient, et je préfère la compagnie d'un ruisseau à celle des courtisans. Vois-tu, l'homme qui a goûté au plaisir de comprendre ne trouve plus grand goût aux plaisirs de la bouche. Que ferais-je d'un palais ? Je porterais partout les mêmes questions, et les questions ne pèsent rien dans les bagages. Ici, sous ces arbres de Damas, avec mon calame et mon encrier, je possède tout ce dont un homme a besoin pour être libre.

Les questions ne pèsent rien dans les bagages.

Où trouvez-vous le repos, quand les traités sont posés et la cour endormie ?

Au bord de l'eau, presque toujours. J'ai passé plus d'heures qu'on ne croit assis près d'un canal, à Damas comme jadis dans les jardins de Bagdad, à laisser une pensée mûrir comme un fruit sur sa branche. Le matin, je lis et relis mes Grecs ; l'après-midi, je discute avec ceux qui veulent bien penser avec moi ; mais le soir m'appartient. Je prends l'oud, ou bien je trempe le calame dans l'encrier et j'écris à la lampe, tant que l'huile brûle. On me plaint parfois de vivre si seul. Mais je ne suis jamais seul : Aristote est à ma droite, Platon à ma gauche, et le murmure du ruisseau vaut mieux que tous les discours de flatteurs. Un homme qui sait se contenter d'un jardin et d'un livre a déjà trouvé sa part de la cité vertueuse.

Aristote à ma droite, Platon à ma gauche, et le murmure du ruisseau vaut mieux que les flatteurs.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Al-Farabi. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.