Ibn Khaldoun(1332 — 1406)

Ibn Khaldoun

Tunisie, Maroc, Égypte antique

8 min de lecture

PhilosophieSciencesPhilosopheHistorien(ne)Moyen ÂgeMuqaddima, fondateur de la sociologie et de l'historiographie

philosophe, sociologue, historiographe et historien musulman

Questions fréquentes

Ibn Khaldoun, né à Tunis en 1332 et mort au Caire en 1406, est un penseur musulman qui a jeté les bases d'une science de la société humaine. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il a développé des concepts comme l'asabiyya (solidarité de groupe) et l'umran (civilisation) pour expliquer la montée et le déclin des dynasties, bien avant les sociologues européens du XIXe siècle. Contrairement à la simple chronique d'événements, il cherchait des lois sociales sous-jacentes, ce qui le distingue radicalement des historiens de son temps.

Faits marquants

  • Ibn Khaldoun naît à Tunis en 1332 dans une famille d'origine andalouse et reçoit une formation approfondie en sciences islamiques, mathématiques et philosophie.
  • Entre 1375 et 1379, il se retire dans le château d'Ibn Salama (actuelle Algérie) et rédige la Muqaddima (les Prolégomènes), œuvre fondatrice de la sociologie et de la philosophie de l'histoire.
  • Il développe le concept d'« asabiyya » (cohésion sociale ou esprit de corps) pour expliquer la naissance, l'apogée et le déclin des civilisations et des dynasties.
  • Nommé grand cadi (juge suprême) malékite au Caire en 1384, il exerce des fonctions politiques et judiciaires en Égypte jusqu'à sa mort en 1406.
  • En 1401, il rencontre à Damas le conquérant Tamerlan et négocie avec lui, épisode qu'il relate dans son autobiographie, le Tarif.

Œuvres & réalisations

Muqaddima (Prolégomènes à l'histoire universelle) (1377)

Chef-d'œuvre absolu d'Ibn Khaldoun, cette introduction théorique à son histoire universelle pose les fondements d'une science de la société humaine. Elle contient sa théorie de l'asabiyya (solidarité de groupe) et du cycle des dynasties.

Kitab al-Ibar (Livre des exemples et recueil des origines) (1377-1382)

Grande histoire universelle en sept volumes, couvrant l'histoire des Arabes, des Berbères et des dynasties islamiques. La Muqaddima en constitue le premier volume et la clé de voûte théorique.

Al-Ta'rif bi-Ibn Khaldun (Autobiographie) (vers 1405)

Texte autobiographique rédigé à la fin de sa vie, dans lequel Ibn Khaldoun retrace ses aventures politiques, ses exils et sa rencontre avec Tamerlan. Source précieuse pour l'histoire du Maghreb et du Proche-Orient médiéval.

Lubab al-Muhassal (Résumé de la théologie scolastique) (vers 1350)

Œuvre de jeunesse, commentaire abrégé d'un traité de théologie du philosophe Fakhr al-Din al-Razi. Elle témoigne de la formation théologique solide d'Ibn Khaldoun.

Traité sur l'arithmétique et la logique (vers 1360)

Textes pédagogiques destinés à l'enseignement des mathématiques et de la logique aristotélicienne. Ils illustrent l'étendue encyclopédique du savoir d'Ibn Khaldoun, qui ne se limitait pas aux sciences humaines.

Anecdotes

En 1375, Ibn Khaldoun se retira dans le château isolé de Qal'at Ibn Salama, en Algérie, pour se consacrer entièrement à l'écriture. En moins de cinq mois, il rédigea la Muqaddima, l'une des œuvres les plus ambitieuses de toute la pensée médiévale. Il dira lui-même que les idées lui venaient comme une inspiration divine, sans qu'il ait eu besoin de consulter de nombreuses sources.

En 1401, Ibn Khaldoun fut envoyé en mission diplomatique auprès de Tamerlan, le terrible conquérant mongol qui assiégeait Damas. Descendu par des cordes depuis les remparts de la ville, il rencontra le souverain dans son campement. Pendant plusieurs semaines, il conversa avec Tamerlan, qui, fasciné par sa culture, lui posa de nombreuses questions sur l'Afrique du Nord. Ibn Khaldoun réussit à obtenir un sauf-conduit pour quitter la ville.

Ibn Khaldoun est souvent considéré comme le père de la sociologie, bien avant Auguste Comte au XIXe siècle. Dans la Muqaddima, il développe le concept d'asabiyya (solidarité de groupe) pour expliquer la montée et la chute des dynasties. Cette théorie lui permet d'analyser l'histoire non comme une série d'événements fortuits, mais comme un processus obéissant à des lois sociales.

Sa vie fut marquée par de nombreuses disgrâces et exils. Né à Tunis, il servit à la cour de plusieurs sultans au Maghreb et en Andalousie, fut emprisonné, libéré, puis rappelé. Il perdit sa femme et ses enfants dans un naufrage alors qu'ils le rejoignaient en Égypte en 1384. Malgré ces épreuves, il continua à écrire et à enseigner jusqu'à la fin de sa vie.

Sources primaires

Muqaddima (Prolégomènes) (1377)
« Les hommes qui vivent dans des contrées fertiles sont généralement moins courageux que ceux qui vivent dans des régions arides, car la facilité de la vie amollit les caractères et affaiblit la solidarité du groupe. »
Kitab al-Ibar (Livre des exemples) (1377-1382)
« L'histoire est une science qui a pour objet la société humaine, c'est-à-dire la civilisation universelle, et qui a pour but de nous faire connaître les phénomènes sociaux tels que la vie sauvage, la domestication des mœurs, les solidarités de clan et la manière dont un groupe prend le pouvoir sur un autre. »
Al-Ta'rif bi-Ibn Khaldun (Autobiographie) (vers 1405)
« Je me suis retiré dans la forteresse d'Ibn Salama, loin du monde, et là, dans la solitude, j'ai mis par écrit ce que j'avais longuement médité sur la nature des dynasties et des civilisations humaines. »
Lettre à Ibn Khatima (vers 1365)
« La civilisation est fondée sur la coopération humaine, et cette coopération ne peut exister sans une autorité qui contraigne les hommes à respecter leurs engagements mutuels. »

Lieux clés

Tunis

Ville natale d'Ibn Khaldoun, où il naquit en 1332 et reçut sa première formation intellectuelle. Tunis était alors une grande capitale hafside, carrefour du savoir entre l'Orient et l'Occident islamique.

Qal'at Ibn Salama (Frenda, Algérie)

Forteresse berbère isolée dans les monts du Tiaret où Ibn Khaldoun se retira en 1375. C'est là qu'il rédigea la Muqaddima en quelques mois, loin des intrigues politiques.

Le Caire

Ibn Khaldoun s'y installa définitivement en 1382, y enseigna le droit et y exerça la fonction de grand cadi. La ville mamelouke était alors la capitale intellectuelle du monde arabe.

Grenade (Andalousie)

Ibn Khaldoun séjourna à la cour du sultan nasride Mohamed V dans les années 1360, y fréquentant les grands lettrés andalous. Il découvrit une civilisation arabe raffinée sur le point de disparaître.

Damas

En 1401, Ibn Khaldoun fut envoyé négocier avec Tamerlan qui assiégeait la ville. Il mena des entretiens célèbres avec le conquérant mongol, qu'il consigna dans son autobiographie.

Liens externes & ressources

Œuvres

Muqaddima (Prolégomènes à l'histoire universelle)

1377

Kitab al-Ibar (Livre des exemples et recueil des origines)

1377-1382

Al-Ta'rif bi-Ibn Khaldun (Autobiographie)

vers 1405

Lubab al-Muhassal (Résumé de la théologie scolastique)

vers 1350

Voir aussi