Anita O'Day(1919 — 2006)

Anita O'Day

États-Unis

6 min de lecture

MusiqueXXe siècleXXe siècle, âge d'or du jazz américain : ère des big bands swing des années 1940, puis essor du bebop et du jazz vocal d'après-guerre.

Chanteuse de jazz américaine (1919-2006), figure majeure du chant swing puis bebop. Révélée comme vocaliste des grands orchestres de Gene Krupa et Stan Kenton, elle s'imposa par son phrasé rythmique et percussif et son art du scat.

Questions fréquentes

Anita O'Day (1919-2006) était une chanteuse de jazz américaine qui s'est imposée dans les années 1940 comme vocaliste des big bands de Gene Krupa et Stan Kenton. Ce qui la rend singulière, c'est qu'elle a refusé le rôle décoratif de « canari » – le terme de l'époque pour les chanteuses d'orchestre – pour se faire reconnaître comme une musicienne à part entière. Moins une interprète qu'une improvisatrice, elle développa un style percussif et rythmé, proche du phrasé d'un instrument à vent, en raison d'une particularité physique : une opération des amygdales lui avait retiré la luette, l'empêchant de tenir les notes ou d'utiliser le vibrato. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elle incarne le passage du swing au bebop dans le chant jazz, et sa performance au festival de Newport en 1958, filmée dans Jazz on a Summer's Day, reste une référence absolue.

Faits marquants

  • 1919 : naissance à Chicago sous le nom d'Anita Belle Colton
  • 1941 : succès du duo « Let Me Off Uptown » avec Roy Eldridge au sein de l'orchestre de Gene Krupa
  • 1944-1945 : chante avec le big band de Stan Kenton (« And Her Tears Flowed Like Wine »)
  • 1958 : performance mémorable au Festival de jazz de Newport, immortalisée dans le film « Jazz on a Summer's Day » (1960)
  • 1981 : publication de son autobiographie « High Times Hard Times », évoquant sa carrière et ses années de toxicomanie
  • 2006 : mort à Los Angeles

Œuvres & réalisations

Let Me Off Uptown (avec Gene Krupa et Roy Eldridge) (1941)

Tube swing en duo qui la révèle au grand public ; le dialogue chanté blanc-noir y est remarquable pour l'époque.

And Her Tears Flowed Like Wine (avec Stan Kenton) (1944)

Succès avec l'orchestre de Stan Kenton qui assoit sa renommée de vocaliste de big band.

Anita (1956)

Album solo chez Verve, souvent considéré comme l'un des sommets du jazz vocal des années 1950.

Pick Yourself Up (1956)

Album Verve mettant en valeur son swing et son sens du rythme dans des standards.

Anita Sings the Most (1957)

Enregistré avec le quartette d'Oscar Peterson, un disque virtuose qui montre sa complicité avec des solistes de premier plan.

Performance au festival de Newport / Jazz on a Summer's Day (1958-1959)

Prestation scénique filmée devenue un classique absolu du chant jazz, mêlant scat et improvisation.

High Times, Hard Times (1981)

Autobiographie franche où elle évoque sa carrière, son art et sa lutte contre la dépendance.

Anecdotes

Enfant, Anita O'Day subit une opération des amygdales au cours de laquelle le chirurgien lui retira par erreur la luette. Privée de cet organe, elle ne put jamais tenir longuement une note ni développer un vibrato. Plutôt qu'un handicap, elle fit de cette particularité sa signature : un chant court, rythmé et percussif qui imitait le phrasé d'un instrument à vent.

Née Anita Belle Colton, elle choisit très jeune le nom de scène « O'Day ». En argot codé (le pig latin), « O'Day » est une déformation de l'anglais « dough », qui signifie « du fric ». Une manière malicieuse d'afficher son ambition : vivre de sa voix.

En 1941, avec l'orchestre de Gene Krupa, elle enregistre « Let Me Off Uptown » en duo avec le trompettiste noir Roy Eldridge. Le disque, où elle lance le fameux « Blow, Roy, blow! » juste avant le solo de trompette, devient un énorme succès. À une époque de forte ségrégation, voir une chanteuse blanche et un musicien noir partager ainsi la vedette était audacieux.

Anita O'Day détestait le mot « canary » (canari), qui désignait alors les jolies chanteuses décoratives des orchestres. Pour prouver qu'elle était une musicienne à part entière, elle exigea de porter sur scène la même veste d'uniforme que les instrumentistes, au lieu d'une robe de soirée.

Au festival de jazz de Newport en 1958, filmée pour le documentaire « Jazz on a Summer's Day », elle apparaît coiffée d'un grand chapeau à plumes et gantée de blanc. Ses versions survoltées de « Sweet Georgia Brown » et « Tea for Two » sont restées parmi les moments les plus célèbres du film et de l'histoire du chant jazz.

Sources primaires

Enregistrement « Let Me Off Uptown », Gene Krupa & His Orchestra (vocal Anita O'Day et Roy Eldridge) (1941)
Échange parlé lançant le solo de trompette : « Hey Roy! — What? — Are you gonna give? » puis « Blow, Roy, blow! »
Jazz on a Summer's Day, documentaire de Bert Stern (festival de Newport) (festival 1958, film 1959)
On y voit Anita O'Day, robe noire, gants blancs et chapeau à large bord, interpréter « Sweet Georgia Brown » et « Tea for Two » devant la foule de Newport, transformant la mélodie en improvisation rythmique.
High Times, Hard Times, autobiographie d'Anita O'Day (avec George Eells) (1981)
Elle y raconte comment l'ablation accidentelle de sa luette l'empêcha de tenir les notes et de faire du vibrato, l'orientant vers un style « instrumental », ainsi que ses années de dépendance aux drogues.
Enregistrement « And Her Tears Flowed Like Wine », Stan Kenton & His Orchestra (vocal Anita O'Day) (1944)
Succès swing de l'orchestre de Stan Kenton porté par le phrasé syncopé d'Anita O'Day, qui confirme sa réputation auprès du grand public.

Lieux clés

Chicago, Illinois

Ville de naissance où, adolescente pendant la Grande Dépression, elle participe à des marathons de danse et débute dans les clubs.

New York

Capitale du jazz où elle enregistre avec les grands orchestres et côtoie l'effervescence du swing puis du bebop.

Newport, Rhode Island

Lieu du festival de jazz de 1958 où sa performance, filmée pour « Jazz on a Summer's Day », devint mythique.

Hollywood, Californie

Centre des studios d'enregistrement et de la vie musicale de la Côte Ouest où se déroule une partie de sa carrière solo.

Los Angeles, Californie

Ville où elle passe ses dernières années et où elle meurt en 2006.

Voir aussi