Anne L'Huillier(1958 — ?)

Anne L'Huillier

Suède, France

7 min de lecture

SciencesScientifiqueXXIe siècleFin du XXe et début du XXIe siècle, âge d'or de la physique des lasers ultrarapides et de l'exploration du monde quantique à l'échelle de l'attoseconde.

Anne L'Huillier est une physicienne franco-suédoise née en 1958, pionnière de la physique attoseconde. Elle a reçu le prix Nobel de physique 2023 pour ses travaux sur la génération d'impulsions lumineuses ultra-brèves permettant d'observer le mouvement des électrons.

Questions fréquentes

Anne L'Huillier est une physicienne franco-suédoise née en 1958, pionnière de la physique attoseconde. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elle a reçu le prix Nobel de physique 2023 pour avoir découvert comment générer des impulsions lumineuses ultra-brèves, de l'ordre de l'attoseconde (10⁻¹⁸ s), permettant d'observer le mouvement des électrons. Ses travaux, menés au CEA de Saclay puis à l'université de Lund, ont ouvert une fenêtre sur le monde quantique à une échelle de temps jusqu'alors inaccessible.

Faits marquants

  • Née le 16 août 1958 à Paris
  • Découvre en 1987 la génération d'harmoniques d'ordre élevé dans les gaz rares, base de la physique attoseconde
  • Professeure à l'université de Lund (Suède) à partir de 1997
  • Reçoit le prix Nobel de physique en 2023, partagé avec Pierre Agostini et Ferenc Krausz
  • Cinquième femme seulement à recevoir le prix Nobel de physique

Œuvres & réalisations

Découverte de la génération d'harmoniques d'ordre élevé (1987)

Observation au CEA de Saclay du phénomène qui transforme un laser infrarouge en une série de hautes harmoniques. C'est la pierre fondatrice de la physique attoseconde.

Article « Multiple-harmonic conversion of 1064 nm radiation in rare gases » (1988)

Publication scientifique fondatrice (avec ses collègues du CEA) qui décrit en détail le phénomène et reste l'une des références majeures du domaine.

Impulsion lumineuse record de 170 attosecondes (2003)

Son groupe à Lund produit l'une des impulsions de lumière les plus brèves jamais créées, ouvrant la possibilité d'observer le mouvement des électrons.

Élection à l'Académie royale des sciences de Suède (2004)

Reconnaissance institutionnelle majeure : elle entre dans l'académie qui décerne le prix Nobel de physique et de chimie.

Prix Wolf de physique (2022)

L'une des récompenses scientifiques les plus prestigieuses, qui couronne l'ensemble de ses travaux sur les impulsions ultra-brèves.

Prix Nobel de physique (2023)

Décerné conjointement avec Pierre Agostini et Ferenc Krausz pour les méthodes expérimentales générant des impulsions attosecondes et permettant d'étudier la dynamique des électrons.

Anecdotes

Le 3 octobre 2023, quand le comité Nobel l'a appelée pour lui annoncer le prix, Anne L'Huillier était en train de donner un cours à ses étudiants de l'université de Lund. Elle a vu son téléphone vibrer mais n'a pu répondre que pendant une pause, puis elle est retournée terminer sa leçon. Elle a confié ensuite que la dernière demi-heure de cours avait été difficile à assurer.

En 1987, au CEA de Saclay, Anne L'Huillier a envoyé un faisceau laser infrarouge à travers un gaz rare comme l'argon. À sa grande surprise, le gaz a réémis une longue série de couleurs (des harmoniques) bien plus nombreuses que prévu : c'est ce phénomène inattendu qui ouvrira la voie à toute la physique attoseconde.

Anne L'Huillier est seulement la cinquième femme à recevoir le prix Nobel de physique, après Marie Curie (1903), Maria Goeppert Mayer (1963), Donna Strickland (2018) et Andrea Ghez (2020). Elle a souligné combien ce prix restait rare pour les femmes scientifiques.

Une attoseconde, c'est un milliardième de milliardième de seconde (10⁻¹⁸ s). Pour donner une idée du vertige : il y a à peu près autant d'attosecondes dans une seule seconde que de secondes écoulées depuis la naissance de l'Univers. C'est cette durée infime qui permet enfin de « photographier » le mouvement des électrons.

Jeune, Anne L'Huillier hésitait entre les mathématiques et la physique : elle a d'ailleurs suivi une double formation dans les deux disciplines avant de choisir la physique expérimentale. Ce goût pour l'abstraction mathématique l'a beaucoup aidée à comprendre les phénomènes lumineux qu'elle étudiait.

Sources primaires

M. Ferray, A. L'Huillier et al., « Multiple-harmonic conversion of 1064 nm radiation in rare gases », Journal of Physics B (article fondateur) (1988)
L'article décrit comment un rayonnement laser infrarouge traversant des gaz rares (argon, krypton, xénon) produit une longue série d'harmoniques d'ordre élevé d'intensité comparable, observation à l'origine de la physique attoseconde.
Comité Nobel, communiqué d'attribution du prix Nobel de physique (3 octobre 2023)
Le prix récompense des méthodes expérimentales permettant de générer des impulsions lumineuses à l'échelle de l'attoseconde, afin d'étudier la dynamique des électrons dans la matière.
Propos d'Anne L'Huillier lors de la conférence de presse du Nobel (3 octobre 2023)
Elle explique qu'elle était en train d'enseigner au moment de l'appel et n'a pu répondre qu'à la pause, et rappelle que peu de femmes ont reçu ce prix, ce qui le rend très spécial.
Anne L'Huillier, conférence Nobel (Nobel Lecture) à Stockholm (décembre 2023)
Elle retrace l'histoire de la génération d'harmoniques d'ordre élevé et montre comment ces impulsions ultra-brèves donnent accès au temps caractéristique du mouvement des électrons.

Lieux clés

Paris, France

Ville natale d'Anne L'Huillier, née en 1958. Elle y fait aussi ses études supérieures de mathématiques et de physique.

Université Pierre et Marie Curie (Paris VI)

Université parisienne où elle prépare et soutient sa thèse de doctorat de physique au milieu des années 1980.

CEA de Saclay

Grand centre de recherche au sud de Paris où, en 1987, Anne L'Huillier observe pour la première fois la génération d'harmoniques d'ordre élevé dans les gaz rares.

Université de Lund, Suède

Université où elle s'installe en 1995 et devient professeure. C'est là que son groupe bat le record de l'impulsion de 170 attosecondes et qu'elle apprend son prix Nobel.

Stockholm, Suède

Capitale suédoise où se tient la cérémonie de remise du prix Nobel en décembre 2023, au Konserthuset (palais des concerts).

Voir aussi