Armand de Bourbon-Conti(1629 — 1666)

Armand de Bourbon-Conti

France

7 min de lecture

PolitiqueMilitaireSpectacleTemps modernesFrance du XVIIe siècle, sous les règnes de Louis XIII et Louis XIV — époque de la Fronde, de l'absolutisme naissant et du grand théâtre classique

Prince du sang, dernier enfant d'Henri II de Bourbon-Condé, Armand de Bourbon-Conti (1629-1666) fut l'un des chefs de la Fronde des princes avant de se rallier à Louis XIV. Devenu gouverneur du Languedoc et comte de Pézenas, il fut le premier protecteur de Molière.

Questions fréquentes

Armand de Bourbon-Conti (1629-1666) était un prince du sang, cadet de la maison de Condé. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il fut l'un des chefs de la Fronde des princes (1648-1653), cette révolte des grands seigneurs contre la régence d'Anne d'Autriche et le cardinal Mazarin. Pour comprendre cela, il faut se rappeler que Conti, bien que destiné à l'Église, se laissa entraîner par son frère le Grand Condé dans la guerre civile. Il fut même emprisonné avec lui au donjon de Vincennes en 1650, ce qui relança la révolte.

Faits marquants

  • Né en 1629, troisième enfant d'Henri II de Bourbon-Condé, frère cadet du Grand Condé
  • Participe à la Fronde des princes (1648-1653), d'abord contre puis aux côtés de Mazarin
  • Devient comte de Pézenas et gouverneur du Languedoc en 1651
  • Protège la troupe de Molière de 1653 à 1656, qui prend le nom de « Troupe de Monseigneur le prince de Conti »
  • Se convertit au jansénisme et publie en 1666 un Traité de la comédie condamnant le théâtre, l'année de sa mort

Œuvres & réalisations

Direction militaire de la Fronde des princes (1648-1653)

Conti est l'un des chefs nominaux de la révolte des princes contre Mazarin, généralissime désigné des armées frondeuses à Paris puis meneur du parti à Bordeaux.

Gouvernement du Languedoc (à partir de 1651)

Comme gouverneur, il préside les états de la province et administre l'une des plus riches régions du royaume, fixant sa cour à Pézenas.

Protection de la troupe de Molière (1653-1656)

Premier grand protecteur de Molière, Conti donne son nom à la compagnie et lui offre les moyens de se professionnaliser avant son succès parisien.

Commandement de l'armée d'Italie (1657)

Rallié au roi, Conti conduit les troupes françaises lors des dernières campagnes de la guerre franco-espagnole.

Traité de la comédie et des spectacles selon la tradition de l'Église (1666 (posthume))

Texte d'inspiration janséniste qui condamne le théâtre et les comédiens ; il devient une pièce majeure de la querelle morale sur la scène au Grand Siècle.

Les Devoirs des grands (publié en 1666 (posthume))

Court traité moral et politique où Conti, converti, expose les obligations chrétiennes des princes et des gouverneurs.

Anecdotes

Comme tous les cadets de grande maison, le petit Armand est destiné à l'Église : on lui donne dès l'enfance de riches abbayes et on l'appelle « l'abbé de Conti ». Mais il quittera la soutane sans jamais avoir été prêtre, happé par la guerre civile de la Fronde puis par un mariage politique.

En 1650, le cardinal Mazarin fait arrêter d'un seul coup les trois grands frondeurs : le Grand Condé, le duc de Longueville et le jeune Conti. Tous trois sont enfermés au donjon de Vincennes, puis à Marcoussis et au Havre. Cette arrestation spectaculaire de princes du sang met le feu aux poudres et relance la Fronde.

Gouverneur du Languedoc, Conti prend sous sa protection une troupe de comédiens ambulants dirigée par un certain Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière. De 1653 à 1656, la compagnie porte fièrement le nom de « Troupe de Monseigneur le prince de Conti » et joue à Pézenas, dans le château de La Grange-des-Prés.

En 1654, pour sceller sa réconciliation avec la cour, Conti épouse Anne-Marie Martinozzi, une nièce de Mazarin. L'ancien rebelle devient ainsi le neveu par alliance du ministre qu'il avait combattu les armes à la main.

Converti au jansénisme à la fin de sa vie, Conti se retourne contre le théâtre qu'il avait protégé. Il rédige un Traité de la comédie et des spectacles qui condamne sévèrement les comédiens — paru en 1666, l'année même de sa mort, à 36 ans seulement.

Sources primaires

Armand de Bourbon, prince de Conti, Traité de la comédie et des spectacles selon la tradition de l'Église (1666)
La comédie, considérée même selon les règles de la poésie, est une occasion de péché très dangereuse, puisqu'elle n'a pour but que de plaire en excitant les passions que la religion nous ordonne de réprimer.
Cardinal de Retz, Mémoires (rédigés vers 1675, publiés en 1717)
Le prince de Conti avait de l'esprit ; mais c'était un esprit fait pour la difficulté et non pour les grandes choses, et son corps avait quelque chose d'incommode.
Mademoiselle de Montpensier (la Grande Mademoiselle), Mémoires (rédigés vers 1660, publiés en 1728)
M. le Prince et MM. de Conti et de Longueville furent menés à Vincennes, ce qui surprit fort tout Paris et donna un grand commencement aux troubles qui suivirent.
Madame de Motteville, Mémoires pour servir à l'histoire d'Anne d'Autriche (rédigés vers 1660, publiés en 1723)
Le prince de Conti, jeune et mal satisfait, se laissa aisément entraîner dans le parti de son frère et des mécontents.

Lieux clés

Paris

Ville de naissance de Conti et théâtre des journées de la Fronde, où les princes affrontent l'autorité royale.

Donjon de Vincennes

Forteresse royale aux portes de Paris où Conti est emprisonné avec son frère Condé et Longueville en 1650.

Pézenas

Petite ville du Languedoc dont Conti est comte ; il y tient sa cour et y meurt en 1666. C'est là que la troupe de Molière trouve refuge et protection.

Château de La Grange-des-Prés

Résidence de Conti près de Pézenas, où se déroulent les états du Languedoc et où joue la troupe de Molière.

Bordeaux

Capitale de la Guyenne où Conti dirige le parti frondeur appuyé sur le mouvement populaire de l'Ormée au début des années 1650.

Voir aussi