Baruch Spinoza(1632 — 1677)

Baruch Spinoza

Provinces-Unies

8 min de lecture

PhilosophiePhilosopheTemps modernesXVIIe siècle (1632-1677)

Philosophe néerlandais du XVIIe siècle, Spinoza a développé un système métaphysique original fondé sur le concept d'une substance unique (Dieu ou la Nature). Son œuvre majeure, l'Éthique, propose une nouvelle conception de la liberté et du rapport entre l'âme et le corps.

Questions fréquentes

Baruch Spinoza (1632-1677) est un philosophe néerlandais du XVIIe siècle, une époque où les Provinces-Unies connaissent un âge d'or économique et intellectuel. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il a développé un système métaphysique radicalement original, centré sur l'idée d'une substance unique qu'il nomme Deus sive Natura (« Dieu, c'est-à-dire la Nature »). Contre la tradition judéo-chrétienne, il affirme que Dieu n'est pas un créateur transcendant mais la totalité de la nature et de ses lois. Son œuvre majeure, l'Éthique, rédigée more geometrico (à la manière des géomètres), influence profondément la philosophie moderne, de l'Aufklärung à nos jours.

Citations célèbres

« Celui qui a une compréhension vraie de soi-même et de ses affections se réjouit et son allégresse s'accroît de ce qu'il conçoit vraiment soi-même et sa puissance. »
« La béatitude n'est pas le prix de la vertu, mais la vertu elle-même. »
« La servitude humaine consiste dans la faiblesse par laquelle les hommes sont incapables de modérer et de réprimer les affections. »

Faits marquants

  • 1656 : excommunication par la communauté juive portugaise d'Amsterdam pour ses idées hétérodoxes
  • 1665-1675 : rédaction de l'Éthique, son œuvre majeure structurée en démonstrations géométriques
  • 1670 : publication du Traité théologico-politique, défenseur de la liberté de pensée
  • 1677 : publication posthume de l'Éthique et du Traité politique, consolidant son influence
  • Développement du concept de Deus sive Natura (Dieu c'est-à-dire la Nature) remettant en question la théologie traditionnelle

Œuvres & réalisations

Éthique (Ethica ordine geometrico demonstrata) (1677 (posthume))

Chef-d'œuvre absolu de Spinoza, rédigé selon la méthode géométrique. Il y développe sa métaphysique de la substance unique, sa théorie des affects et sa conception de la liberté comme compréhension de la nécessité.

Traité théologico-politique (Tractatus Theologico-Politicus) (1670)

Publié anonymement, cet ouvrage fondateur de l'exégèse biblique moderne défend la liberté de philosopher et la séparation entre théologie et philosophie. Il fut immédiatement interdit.

Traité de la réforme de l'entendement (Tractatus de Intellectus Emendatione) (vers 1661 (posthume 1677))

Ouvrage inachevé dans lequel Spinoza expose sa méthode philosophique et recherche le souverain bien capable de procurer une joie continue et suprême.

Les Principes de la philosophie de Descartes (Renati Des Cartes Principiorum Philosophiae) (1663)

Seul ouvrage publié sous son nom de son vivant, il expose la philosophie cartésienne sous forme géométrique, accompagné des Pensées métaphysiques.

Traité politique (Tractatus Politicus) (1677 (posthume, inachevé))

Dernier ouvrage de Spinoza, resté inachevé, où il analyse les différentes formes de gouvernement (monarchie, aristocratie, démocratie) en cherchant les conditions de la stabilité politique.

Court traité de Dieu, de l'homme et de la santé de son âme (Korte Verhandeling) (vers 1660)

Première ébauche de la pensée de Spinoza, redécouverte au XIXe siècle. On y trouve déjà les germes de sa philosophie de la substance unique et de la béatitude.

Correspondance (Epistolae) (1661-1676 (posthume 1677))

Ensemble de 88 lettres échangées avec des savants, philosophes et théologiens de toute l'Europe, précieuses pour comprendre l'évolution de sa pensée et ses débats intellectuels.

Anecdotes

En 1656, à seulement 23 ans, Spinoza est frappé d'un herem (excommunication) par la communauté juive portugaise d'Amsterdam. Le texte de bannissement est d'une violence exceptionnelle, le maudissant « le jour et la nuit, en se couchant et en se levant ». Il ne cherchera jamais à faire lever cette sentence.

Spinoza gagnait sa vie en polissant des lentilles optiques, un métier de précision très recherché à l'époque. Cette activité manuelle, qu'il pratiquait quotidiennement, lui permettait de vivre modestement tout en restant indépendant. Ironie tragique, la poussière de verre inhalée pendant des années a probablement contribué à la tuberculose qui l'emporta à 44 ans.

En 1673, l'Électeur palatin Karl Ludwig lui offrit une chaire de philosophie à l'université de Heidelberg, avec la promesse d'une « liberté de philosopher la plus étendue ». Spinoza déclina poliment, craignant que les obligations académiques ne limitent sa liberté de pensée.

Après l'assassinat des frères De Witt en 1672 par une foule orangiste à La Haye, Spinoza, bouleversé, aurait voulu placarder une affiche portant l'inscription « Ultimi barbarorum » (les derniers des barbares). Son logeur l'aurait enfermé chez lui pour lui éviter un sort semblable.

Spinoza vivait si frugalement que ses amis s'en inquiétaient. À sa mort en février 1677, l'inventaire de ses biens révéla une garde-robe extrêmement modeste et une bibliothèque d'environ 160 ouvrages. Son héritage matériel couvrit à peine les frais de ses funérailles.

Sources primaires

Éthique (Ethica ordine geometrico demonstrata) (1677 (publication posthume))
Par Dieu, j'entends un être absolument infini, c'est-à-dire une substance constituée par une infinité d'attributs, dont chacun exprime une essence éternelle et infinie.
Traité théologico-politique (Tractatus Theologico-Politicus) (1670)
La fin de l'État n'est pas de transformer les hommes d'êtres raisonnables en bêtes ou en automates, mais au contraire de faire en sorte que leur esprit et leur corps s'acquittent en sûreté de leurs fonctions, et qu'eux-mêmes usent de la libre raison.
Lettre à Albert Burgh (Lettre 76) (1675)
Je ne prétends pas avoir trouvé la meilleure philosophie, mais je sais que je connais la vraie. Si vous me demandez comment je le sais, je répondrai : de la même façon que vous savez que les trois angles d'un triangle sont égaux à deux droits.
Texte du herem prononcé par la communauté juive d'Amsterdam (27 juillet 1656)
Par le jugement des anges et la sentence des saints, nous excommunions, chassons, maudissons et exécrons Baruch de Spinoza, avec le consentement de toute la sainte communauté, en présence des saints livres.
Traité de la réforme de l'entendement (Tractatus de Intellectus Emendatione) (vers 1661 (publication posthume 1677))
Après que l'expérience m'eut appris que tout ce qui se présente communément dans la vie ordinaire est vain et futile, j'ai décidé de chercher s'il existait quelque chose qui fût un bien véritable et capable de se communiquer.

Lieux clés

Amsterdam, Provinces-Unies

Ville natale de Spinoza, centre du commerce mondial et de la communauté juive séfarade. Il y grandit, reçut son éducation religieuse et fut excommunié en 1656.

Rijnsburg, près de Leyde

Village où Spinoza s'installa vers 1660-1663 pour vivre dans la tranquillité. Sa maison est aujourd'hui un musée (Spinozahuis) dédié à sa mémoire.

Voorburg, près de La Haye

Spinoza y vécut de 1663 à 1670, logeant chez le peintre Daniel Tydeman. C'est là qu'il rédigea une grande partie de l'Éthique et le Traité théologico-politique.

La Haye (Den Haag), Provinces-Unies

Dernière résidence de Spinoza, de 1670 à sa mort en 1677. Capitale politique des Provinces-Unies, il y logea dans la Paviljoensgracht. Il y est enterré dans la Nieuwe Kerk.

Synagogue portugaise d'Amsterdam (Esnoga)

Lieu de culte de la communauté juive séfarade où Spinoza reçut son éducation. Le bâtiment actuel, inauguré en 1675, témoigne de la prospérité de cette communauté.

Liens externes & ressources

Œuvres

Éthique (Ethica ordine geometrico demonstrata)

1677 (posthume)

Traité théologico-politique (Tractatus Theologico-Politicus)

1670

Traité de la réforme de l'entendement (Tractatus de Intellectus Emendatione)

vers 1661 (posthume 1677)

Les Principes de la philosophie de Descartes (Renati Des Cartes Principiorum Philosophiae)

1663

Traité politique (Tractatus Politicus)

1677 (posthume, inachevé)

Court traité de Dieu, de l'homme et de la santé de son âme (Korte Verhandeling)

vers 1660

Correspondance (Epistolae)

1661-1676 (posthume 1677)

Voir aussi