Portrait de Émilie du Châtelet

Émilie du Châtelet

Émilie du Châtelet

1706 — 1749

France

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Faits marquants

    Œuvres & réalisations

    Institutions de Physique (1740)

    Synthèse ambitieuse cherchant à réconcilier la physique newtonienne et la métaphysique de Leibniz. Cet ouvrage pédagogique, destiné à l'éducation de son fils, démontre sa maîtrise des deux grands systèmes scientifiques de son époque.

    Dissertation sur la nature et la propagation du feu (1744)

    Mémoire soumis au concours de l'Académie des sciences en 1738, dans lequel elle émet l'hypothèse que la lumière et le feu ont une nature différente. Publié par l'Académie, il constitue l'un des rares travaux scientifiques féminins reconnus officiellement au XVIIIe siècle.

    Principes mathématiques de la philosophie naturelle (traduction des Principia de Newton) (1756 (posthume))

    Traduction intégrale du latin accompagnée d'un commentaire algébrique de sa propre main, qui reste à ce jour la seule traduction française complète des Principia de Newton. Voltaire la fit publier sept ans après sa mort.

    Discours sur le bonheur (1779 (posthume))

    Essai philosophique dans lequel elle défend une conception matérialiste et hédoniste du bonheur fondée sur la passion, l'étude et la raison. Texte remarquable pour sa franchise et sa modernité, publié trente ans après sa mort.

    Mémoire sur la nature des forces vives (inédit) (1747)

    Travail théorique et expérimental dans lequel elle soutient que l'énergie d'un corps en mouvement est proportionnelle au carré de sa vitesse (mv²), validant Leibniz contre les partisans de Newton. Cette contribution anticipe le concept moderne d'énergie cinétique.

    Examen de la Bible (XVIIIe siècle (posthume))

    Texte critique et philosophique portant sur les contradictions des Saintes Écritures, témoignant de son rationalisme et de son esprit libertin des Lumières. Resté manuscrit de son vivant, il illustre la dimension philosophique de sa pensée.

    Anecdotes

    Émilie du Châtelet était si passionnée par les mathématiques que, refusée dans les cafés parisiens réservés aux hommes où se réunissaient les savants, elle se déguisa en homme pour y entrer et participer aux discussions scientifiques. Cet épisode illustre les obstacles extraordinaires que les femmes devaient surmonter pour accéder au savoir à cette époque.

    Pour vérifier expérimentalement la théorie des forces vives de Leibniz, Émilie du Châtelet finança elle-même des expériences consistant à laisser tomber des billes de plomb dans de l'argile depuis différentes hauteurs. Elle démontra ainsi que l'énergie cinétique est proportionnelle au carré de la vitesse — une découverte fondamentale pour la physique moderne.

    À la fin de sa vie, convaincue qu'elle allait mourir en accouchant, Émilie du Châtelet travailla de manière frénétique pour achever sa traduction des Principia Mathematica de Newton, rédigeant parfois douze heures d'affilée. Elle termina son manuscrit peu avant sa mort en septembre 1749, à seulement 42 ans. Sa traduction reste à ce jour la seule version française complète de cette œuvre fondatrice.

    Émilie du Châtelet et Voltaire transformèrent le château de Cirey-sur-Blaise en un véritable laboratoire scientifique privé, l'un des plus équipés d'Europe. Ils y installèrent des instruments d'optique, une bibliothèque de plus de 21 000 volumes et menèrent ensemble des expériences sur la nature du feu dans le cadre d'un concours de l'Académie des sciences — une institution qui refusait pourtant d'admettre les femmes.

    Émilie du Châtelet soumit anonymement un mémoire sur la nature du feu au concours de l'Académie des sciences en 1738, en même temps que Voltaire, sans lui en parler. Bien qu'aucun des deux ne remportât le prix, l'Académie, impressionnée par la qualité de son travail, publia néanmoins les deux mémoires — un honneur exceptionnel accordé à une femme pour la première fois.

    Sources primaires

    Institutions de Physique (1740)
    Les idées que nous avons de l'étendue sont si claires & si distinctes, qu'il est impossible de les confondre avec aucune autre ; l'étendue est ce qui a des parties hors de parties, & qui peut être divisé en parties.
    Dissertation sur la nature et la propagation du feu (1744)
    Le feu n'est point une substance particulière & élémentaire, mais un mouvement des parties insensibles des corps, excité & entretenu par des causes différentes.
    Principes mathématiques de la philosophie naturelle (traduction et commentaire de Newton) (1756 (posthume))
    M. Newton a démontré que si la force accélératrice de la Lune vers la Terre est en raison inverse du quarré de sa distance du centre de la Terre, cette force est égale à la Pesanteur à la surface de la Terre.
    Discours sur le bonheur (1779 (posthume))
    Il faut commencer par se dire bien fermement : j'ai un esprit susceptible de s'instruire, et je veux m'en servir. Il ne faut point se laisser rebuter par les premières difficultés.
    Lettre Ă  Frederick II de Prusse (1749)
    Je suis persuadée que bien des femmes ignorent leurs propres talents par le vice de leur éducation, et que si on les élevait comme les hommes, elles réussiraient également dans les arts et dans les sciences.

    Lieux clés

    Château de Cirey-sur-Blaise, Haute-Marne

    Résidence principale d'Émilie du Châtelet et de Voltaire de 1735 à 1748, transformée en centre intellectuel et laboratoire scientifique privé. C'est là qu'elle rédigea ses Institutions de Physique et mena ses expériences sur le feu.

    HĂ´tel Le Tonnelier de Breteuil, Paris

    Maison de son enfance, rue de Bourbon (actuelle rue de Lille), où son père, contrairement aux usages, lui fit donner une éducation poussée en latin, mathématiques et sciences. Ce cadre exceptionnel façonna sa vocation intellectuelle.

    Château de Lunéville, Lorraine

    Résidence de la cour du roi Stanislas de Pologne où du Châtelet séjourna en 1748-1749. C'est là qu'elle mourut le 10 septembre 1749, quelques jours après avoir mis au monde son quatrième enfant.

    Académie des sciences de Paris

    Institution dont elle fut exclue en tant que femme, malgré la qualité reconnue de ses travaux. Elle y soumit néanmoins ses mémoires et y fit publier sa Dissertation sur le feu en 1744, honneur rarissime pour une femme.

    Café Gradot, Paris

    Célèbre café parisien fréquenté par les philosophes et savants des Lumières. La tradition rapporte qu'Émilie s'y déguisa en homme pour participer aux discussions scientifiques qui lui étaient normalement interdites.

    Objets typiques

    Lunette d'approche et prisme optique

    Instruments essentiels du laboratoire de Cirey, ils permettaient à du Châtelet d'expérimenter sur la nature de la lumière et la réfraction. Elle s'en servit pour ses travaux sur le feu et l'optique newtonienne.

    Plume d'oie et encrier

    Outils quotidiens de sa prodigieuse activité d'écriture : traductions, mémoires scientifiques, lettres à Voltaire et aux savants européens. Elle écrivait parfois la nuit à la lueur des bougies pour avancer ses travaux.

    Traité de Newton en latin (Principia Mathematica)

    L'exemplaire latin qu'elle annotait et traduisait était son livre de chevet scientifique. Sa traduction française, augmentée de ses propres commentaires algébriques, reste la référence en langue française.

    Boules de plomb et plaque d'argile

    Matériaux de ses expériences sur les forces vives : en mesurant l'empreinte laissée par des billes tombant de différentes hauteurs, elle valida empiriquement l'équation E = mv², devançant ainsi l'énergie cinétique de Leibniz.

    Robe de cour et parure de diamants

    Femme de haute noblesse, du Châtelet portait les tenues exigées par son rang social pour fréquenter Versailles et les salons parisiens. Son apparence soignée contrastait avec ses activités scientifiques peu conventionnelles pour une femme.

    Globe terrestre et cartes célestes

    Instruments de référence pour ses études d'astronomie et de mécanique céleste. Elle les utilisait pour comprendre et illustrer les lois de la gravitation universelle de Newton dans ses cours à Cirey.

    Programmes scolaires

    LycéePhilosophie
    LycéePhysique-Chimie

    Vocabulaire & tags

    Vocabulaire clé

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    Vie quotidienne

    Matin

    Émilie du Châtelet se levait tôt et consacrait les premières heures de la matinée à ses correspondances avec les savants européens — Maupertuis, Bernoulli, Clairaut. Elle supervisait ensuite brièvement les activités du château avant de rejoindre son cabinet de travail pour ses lectures mathématiques.

    Après-midi

    L'après-midi était réservé aux travaux scientifiques intensifs : rédaction de ses mémoires, expériences dans le laboratoire de Cirey ou leçons privées avec des mathématiciens qu'elle faisait venir au château. Elle pouvait rester concentrée plusieurs heures d'affilée, au point d'en oublier de manger.

    Soir

    Les soirées à Cirey étaient animées et brillantes : représentations théâtrales dans le petit théâtre du château, soupers avec des invités — philosophes, nobles éclairés — suivis de discussions intellectuelles. Voltaire et elle lisaient souvent leurs travaux à voix haute avant de se retirer chacun dans son appartement pour travailler encore jusqu'à très tard.

    Alimentation

    Comme la plupart des aristocrates du XVIIIe siècle, du Châtelet mangeait peu et irrégulièrement, absorbée par ses travaux. Les repas à Cirey réunissaient les hôtes autour de mets raffinés — viandes rôties, entremets, vins fins — dans une ambiance mêlant gastronomie et conversation philosophique.

    VĂŞtements

    Elle portait les robes à panier et corsets imposés par la mode rococo, en soie et brocart, souvent de couleurs pastel ou profondes. Ses tenues de travail étaient plus simples mais toujours soignées ; elle aimait les parures de diamants et les perles pour les occasions mondaines, consciente que son apparence participait à son crédit social.

    Habitat

    Elle partageait sa vie entre l'hôtel parisien familial, le château de Cirey réaménagé à ses frais avec bibliothèque, laboratoire et théâtre, et diverses résidences de cour. Son appartement personnel à Cirey était envahi de livres, de manuscrits et d'instruments scientifiques, tandis que les salons reflétaient le faste attendu de son rang.

    Frise contextuelle

    1687Publication des Principia Mathematica de Newton, que du Châtelet traduira en français.
    1706Naissance d'Émilie Le Tonnelier de Breteuil à Paris, dans une famille de la haute noblesse.
    1715Mort de Louis XIV ; début de la Régence et ouverture d'une vie intellectuelle plus libre à Paris.
    1725Mariage d'Émilie avec le marquis Florent-Claude du Châtelet ; elle conserve sa liberté intellectuelle.
    1733Début de sa relation avec Voltaire, collaboration intellectuelle et sentimentale durable.
    1735Installation à Cirey-sur-Blaise où le château est transformé en laboratoire scientifique.
    1738Soumission anonyme de son mémoire sur le feu à l'Académie des sciences de Paris.
    1740Publication des Institutions de Physique, synthèse de la physique newtonienne et leibnizienne.
    1744Publication de la Dissertation sur la nature et la propagation du feu par l'Académie des sciences.
    1745Début de la traduction commentée des Principia de Newton, œuvre de sa vie.
    1746Élection de Voltaire à l'Académie française ; du Châtelet ne peut y prétendre en tant que femme.
    1749Mort d'Émilie du Châtelet à Lunéville, peu après avoir accouché, à l'âge de 42 ans.
    1756Publication posthume de sa traduction des Principia par Voltaire et Clairaut.
    1759Publication du Candide de Voltaire, dédié implicitement à sa mémoire.

    Vocabulaire d'époque

    Forces vives — Expression désignant au XVIIIe siècle ce que nous appelons aujourd'hui l'énergie cinétique. Le débat sur les forces vives (mv²) opposait les partisans de Leibniz à ceux de Descartes et Newton (mv) ; du Châtelet trancha en faveur de Leibniz.
    Philosophe (au sens des Lumières) — Au XVIIIe siècle, désigne non pas un professeur de philosophie mais un intellectuel engagé qui use de la raison pour critiquer les préjugés, la religion et le despotisme. Du Châtelet était reconnue comme philosophe parmi ses pairs.
    Cabinet de physique — Pièce ou espace aménagé dans un hôtel ou château noble pour y rassembler des instruments scientifiques (télescopes, microscopes, électrousat) et y conduire des expériences. Celui de Cirey était réputé dans toute l'Europe.
    Mémoire (genre académique) — Texte scientifique ou philosophique soumis à une académie pour examen ou publication. Soumettre un mémoire à l'Académie des sciences de Paris était le moyen de faire reconnaître ses travaux par la communauté savante.
    Vis viva — Terme latin (force vive) utilisé par Leibniz pour désigner la quantité mv², mesure de l'énergie d'un corps en mouvement. Du Châtelet défendit ce concept contre la quantité de mouvement mv défendue par les cartésiens.
    Académie des sciences — Institution royale fondée en 1666 sous Louis XIV, regroupant les savants les plus éminents de France. Femmes en étaient exclues ; pourtant l'Académie publia les mémoires de du Châtelet, reconnaissance exceptionnelle pour l'époque.
    Métaphysique — Branche de la philosophie portant sur les questions fondamentales de l'être, du temps, de l'espace et de la causalité. Du Châtelet cherchait à construire une physique fondée sur des principes métaphysiques solides, notamment ceux de Leibniz et Wolff.
    Lumières — Mouvement intellectuel européen du XVIIIe siècle fondé sur la primauté de la raison, la critique des superstitions et la confiance dans le progrès. Du Châtelet en fut une figure centrale, alliant rigueur scientifique et pensée critique.
    Salon littéraire — Réunion mondaine organisée chez une aristocrate ou bourgeoise cultivée pour échanger sur la philosophie, les sciences et les arts. Les salons étaient l'un des rares espaces où les femmes intellectuelles pouvaient s'exprimer et influer sur la vie des idées.
    Marquise — Titre nobiliaire féminin correspondant au rang de marquis, immédiatement inférieur au duc. Du Châtelet tenait ce titre par son mariage ; il lui donnait accès à la cour de Versailles et aux cercles savants les plus fermés.

    Galerie

    Marquise du Châtelet par Largillière

    Marquise du Châtelet par Largillière

    D'après Alexandre Roslin, Portrait d'une dame, dit à tort de Émilie Du Châtelet

    D'après Alexandre Roslin, Portrait d'une dame, dit à tort de Émilie Du Châtelet

    
Madame Du Châtelet at her desk, detail

    Madame Du Châtelet at her desk, detail

    
"Dame mit Katze in Studierzimmer"

    "Dame mit Katze in Studierzimmer"

    
French:  Portrait de Gabrielle Anne Breteuillabel QS:Lfr,"Portrait de Gabrielle Anne Breteuil"

    French: Portrait de Gabrielle Anne Breteuillabel QS:Lfr,"Portrait de Gabrielle Anne Breteuil"

    
Madame Du Châtelet at her desk, detail

    Madame Du Châtelet at her desk, detail

    Émilie du Châtelet, französische Physikerin, Mathematikerin und Philosophin

    Émilie du Châtelet, französische Physikerin, Mathematikerin und Philosophin

    Château de Breteuil 2010 021

    Château de Breteuil 2010 021

    
Swedish:  Gabrielle-Émilie Le Tonnelier de Breteuil (1706–1749), markisinna du Châtelet Gabrielle-Émilie Le Tonnelier de Breteuil (1706–1749), Marquise du Châtelettitle QS:P1476,sv:"Gabrielle-Émilie

    Swedish: Gabrielle-Émilie Le Tonnelier de Breteuil (1706–1749), markisinna du Châtelet Gabrielle-Émilie Le Tonnelier de Breteuil (1706–1749), Marquise du Châtelettitle QS:P1476,sv:"Gabrielle-Émilie

    Works of Voltaire Volume 36, facing p.298

    Works of Voltaire Volume 36, facing p.298

    Style visuel

    Esthétique rococo française des Lumières, mêlant luxe aristocratique et rigueur scientifique dans la lumière chaude des chandelles du château de Cirey.

    #C8A96E
    #2C3E5B
    #8B1A2F
    #E8DCC0
    #4A6741
    Prompt IA
    Rococo French aristocratic interior, candlelit château library filled with scientific instruments — prisms, telescopes, astrolabes — and towering bookshelves, warm amber and gold tones, rich deep blues and burgundy velvet curtains, oil painting style reminiscent of Quentin de La Tour pastel portraits, a noblewomen in an elaborate silk gown seated at a writing desk covered with mathematical manuscripts and Newton's Principia, warm candlelight casting deep shadows, refined and intellectual atmosphere blending aristocratic luxury with Enlightenment curiosity, 18th-century French Lumières aesthetic.

    Ambiance sonore

    Ambiance d'un cabinet de travail aristocratique du XVIIIe siècle, mêlant le silence studieux de la nuit aux sons discrets du laboratoire scientifique privé de Cirey.

    Prompt IA
    Quill scratching on parchment, the soft crackling of a fireplace in a French château library at night, the distant ticking of a pendulum clock, the rustle of heavy silk skirts, candles flickering in a draught, the clinking of glass instruments in a private scientific laboratory, the murmur of intellectual conversation in French, the sound of a harpsichord being played softly in an adjacent salon, rain against tall windows, the turning of large leather-bound pages, the faint sound of a carriage on cobblestones outside.

    Source du portrait

    Wikimedia Commons — domaine public — Maurice Quentin de La Tour — 1750