Émilie du Châtelet(1706 — 1749)

Émilie du Châtelet

France

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PhilosophieSciencesScientifiqueMathématicien(ne)PhilosopheTemps modernesL'Europe du XVIIIe siècle est traversée par le mouvement des Lumières, qui prône la raison, la science et la critique des dogmes. C'est une époque où les femmes sont exclues des académies savantes, rendant le parcours d'Émilie du Châtelet doublement remarquable.

Émilie du Châtelet (1706-1749) est une physicienne et mathématicienne française des Lumières. Elle traduit et commente les Principia Mathematica de Newton, œuvre qui reste la référence française jusqu'au XIXe siècle. Compagne de Voltaire, elle démontre que l'énergie cinétique est proportionnelle au carré de la vitesse.

Questions fréquentes

Ce qu'il faut retenir, c'est qu'Émilie du Châtelet (1706-1749) est une physicienne, mathématicienne et philosophe française des Lumières, dont l'œuvre majeure est la traduction commentée des Principia Mathematica de Newton, restée la référence française jusqu'au XIXe siècle. Ce qui la rend singulière, c'est qu'elle a mené ces travaux à une époque où les femmes étaient exclues des académies savantes. Elle a aussi démontré expérimentalement que l'énergie cinétique est proportionnelle au carré de la vitesse (mv²), anticipant le concept moderne d'énergie.

Citations célèbres

« Il faut choisir : aimer les femmes ou les connaître ; il n'y a pas de milieu. »
« Je suis en vérité une femme fort peu ordinaire. »

Faits marquants

  • 1706 : naissance à Paris dans une famille aristocratique qui encourage son éducation scientifique
  • 1733 : début de sa liaison intellectuelle et amoureuse avec Voltaire à Cirey
  • 1740 : publication des Institutions de physique, synthèse de Newton et Leibniz
  • 1745-1749 : traduction commentée des Principia Mathematica de Newton, publiée posthumément en 1759
  • 1749 : mort en couches à 42 ans à la cour de Lunéville

Œuvres & réalisations

Institutions de Physique (1740)

Synthèse ambitieuse cherchant à réconcilier la physique newtonienne et la métaphysique de Leibniz. Cet ouvrage pédagogique, destiné à l'éducation de son fils, démontre sa maîtrise des deux grands systèmes scientifiques de son époque.

Dissertation sur la nature et la propagation du feu (1744)

Mémoire soumis au concours de l'Académie des sciences en 1738, dans lequel elle émet l'hypothèse que la lumière et le feu ont une nature différente. Publié par l'Académie, il constitue l'un des rares travaux scientifiques féminins reconnus officiellement au XVIIIe siècle.

Principes mathématiques de la philosophie naturelle (traduction des Principia de Newton) (1756 (posthume))

Traduction intégrale du latin accompagnée d'un commentaire algébrique de sa propre main, qui reste à ce jour la seule traduction française complète des Principia de Newton. Voltaire la fit publier sept ans après sa mort.

Discours sur le bonheur (1779 (posthume))

Essai philosophique dans lequel elle défend une conception matérialiste et hédoniste du bonheur fondée sur la passion, l'étude et la raison. Texte remarquable pour sa franchise et sa modernité, publié trente ans après sa mort.

Mémoire sur la nature des forces vives (inédit) (1747)

Travail théorique et expérimental dans lequel elle soutient que l'énergie d'un corps en mouvement est proportionnelle au carré de sa vitesse (mv²), validant Leibniz contre les partisans de Newton. Cette contribution anticipe le concept moderne d'énergie cinétique.

Examen de la Bible (XVIIIe siècle (posthume))

Texte critique et philosophique portant sur les contradictions des Saintes Écritures, témoignant de son rationalisme et de son esprit libertin des Lumières. Resté manuscrit de son vivant, il illustre la dimension philosophique de sa pensée.

Anecdotes

Émilie du Châtelet était si passionnée par les mathématiques que, refusée dans les cafés parisiens réservés aux hommes où se réunissaient les savants, elle se déguisa en homme pour y entrer et participer aux discussions scientifiques. Cet épisode illustre les obstacles extraordinaires que les femmes devaient surmonter pour accéder au savoir à cette époque.

Pour vérifier expérimentalement la théorie des forces vives de Leibniz, Émilie du Châtelet finança elle-même des expériences consistant à laisser tomber des billes de plomb dans de l'argile depuis différentes hauteurs. Elle démontra ainsi que l'énergie cinétique est proportionnelle au carré de la vitesse — une découverte fondamentale pour la physique moderne.

À la fin de sa vie, convaincue qu'elle allait mourir en accouchant, Émilie du Châtelet travailla de manière frénétique pour achever sa traduction des Principia Mathematica de Newton, rédigeant parfois douze heures d'affilée. Elle termina son manuscrit peu avant sa mort en septembre 1749, à seulement 42 ans. Sa traduction reste à ce jour la seule version française complète de cette œuvre fondatrice.

Émilie du Châtelet et Voltaire transformèrent le château de Cirey-sur-Blaise en un véritable laboratoire scientifique privé, l'un des plus équipés d'Europe. Ils y installèrent des instruments d'optique, une bibliothèque de plus de 21 000 volumes et menèrent ensemble des expériences sur la nature du feu dans le cadre d'un concours de l'Académie des sciences — une institution qui refusait pourtant d'admettre les femmes.

Émilie du Châtelet soumit anonymement un mémoire sur la nature du feu au concours de l'Académie des sciences en 1738, en même temps que Voltaire, sans lui en parler. Bien qu'aucun des deux ne remportât le prix, l'Académie, impressionnée par la qualité de son travail, publia néanmoins les deux mémoires — un honneur exceptionnel accordé à une femme pour la première fois.

Sources primaires

Institutions de Physique (1740)
Les idées que nous avons de l'étendue sont si claires & si distinctes, qu'il est impossible de les confondre avec aucune autre ; l'étendue est ce qui a des parties hors de parties, & qui peut être divisé en parties.
Dissertation sur la nature et la propagation du feu (1744)
Le feu n'est point une substance particulière & élémentaire, mais un mouvement des parties insensibles des corps, excité & entretenu par des causes différentes.
Principes mathématiques de la philosophie naturelle (traduction et commentaire de Newton) (1756 (posthume))
M. Newton a démontré que si la force accélératrice de la Lune vers la Terre est en raison inverse du quarré de sa distance du centre de la Terre, cette force est égale à la Pesanteur à la surface de la Terre.
Discours sur le bonheur (1779 (posthume))
Il faut commencer par se dire bien fermement : j'ai un esprit susceptible de s'instruire, et je veux m'en servir. Il ne faut point se laisser rebuter par les premières difficultés.
Lettre à Frederick II de Prusse (1749)
Je suis persuadée que bien des femmes ignorent leurs propres talents par le vice de leur éducation, et que si on les élevait comme les hommes, elles réussiraient également dans les arts et dans les sciences.

Lieux clés

Château de Cirey-sur-Blaise, Haute-Marne

Résidence principale d'Émilie du Châtelet et de Voltaire de 1735 à 1748, transformée en centre intellectuel et laboratoire scientifique privé. C'est là qu'elle rédigea ses Institutions de Physique et mena ses expériences sur le feu.

Hôtel Le Tonnelier de Breteuil, Paris

Maison de son enfance, rue de Bourbon (actuelle rue de Lille), où son père, contrairement aux usages, lui fit donner une éducation poussée en latin, mathématiques et sciences. Ce cadre exceptionnel façonna sa vocation intellectuelle.

Château de Lunéville, Lorraine

Résidence de la cour du roi Stanislas de Pologne où du Châtelet séjourna en 1748-1749. C'est là qu'elle mourut le 10 septembre 1749, quelques jours après avoir mis au monde son quatrième enfant.

Académie des sciences de Paris

Institution dont elle fut exclue en tant que femme, malgré la qualité reconnue de ses travaux. Elle y soumit néanmoins ses mémoires et y fit publier sa Dissertation sur le feu en 1744, honneur rarissime pour une femme.

Café Gradot, Paris

Célèbre café parisien fréquenté par les philosophes et savants des Lumières. La tradition rapporte qu'Émilie s'y déguisa en homme pour participer aux discussions scientifiques qui lui étaient normalement interdites.

Voir aussi