
Émilie du Châtelet
Émilie du Châtelet
1706 — 1749
France
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Faits marquants
Œuvres & réalisations
Synthèse ambitieuse cherchant à réconcilier la physique newtonienne et la métaphysique de Leibniz. Cet ouvrage pédagogique, destiné à l'éducation de son fils, démontre sa maîtrise des deux grands systèmes scientifiques de son époque.
Mémoire soumis au concours de l'Académie des sciences en 1738, dans lequel elle émet l'hypothèse que la lumière et le feu ont une nature différente. Publié par l'Académie, il constitue l'un des rares travaux scientifiques féminins reconnus officiellement au XVIIIe siècle.
Traduction intégrale du latin accompagnée d'un commentaire algébrique de sa propre main, qui reste à ce jour la seule traduction française complète des Principia de Newton. Voltaire la fit publier sept ans après sa mort.
Essai philosophique dans lequel elle défend une conception matérialiste et hédoniste du bonheur fondée sur la passion, l'étude et la raison. Texte remarquable pour sa franchise et sa modernité, publié trente ans après sa mort.
Travail théorique et expérimental dans lequel elle soutient que l'énergie d'un corps en mouvement est proportionnelle au carré de sa vitesse (mv²), validant Leibniz contre les partisans de Newton. Cette contribution anticipe le concept moderne d'énergie cinétique.
Texte critique et philosophique portant sur les contradictions des Saintes Écritures, témoignant de son rationalisme et de son esprit libertin des Lumières. Resté manuscrit de son vivant, il illustre la dimension philosophique de sa pensée.
Anecdotes
Émilie du Châtelet était si passionnée par les mathématiques que, refusée dans les cafés parisiens réservés aux hommes où se réunissaient les savants, elle se déguisa en homme pour y entrer et participer aux discussions scientifiques. Cet épisode illustre les obstacles extraordinaires que les femmes devaient surmonter pour accéder au savoir à cette époque.
Pour vérifier expérimentalement la théorie des forces vives de Leibniz, Émilie du Châtelet finança elle-même des expériences consistant à laisser tomber des billes de plomb dans de l'argile depuis différentes hauteurs. Elle démontra ainsi que l'énergie cinétique est proportionnelle au carré de la vitesse — une découverte fondamentale pour la physique moderne.
À la fin de sa vie, convaincue qu'elle allait mourir en accouchant, Émilie du Châtelet travailla de manière frénétique pour achever sa traduction des Principia Mathematica de Newton, rédigeant parfois douze heures d'affilée. Elle termina son manuscrit peu avant sa mort en septembre 1749, à seulement 42 ans. Sa traduction reste à ce jour la seule version française complète de cette œuvre fondatrice.
Émilie du Châtelet et Voltaire transformèrent le château de Cirey-sur-Blaise en un véritable laboratoire scientifique privé, l'un des plus équipés d'Europe. Ils y installèrent des instruments d'optique, une bibliothèque de plus de 21 000 volumes et menèrent ensemble des expériences sur la nature du feu dans le cadre d'un concours de l'Académie des sciences — une institution qui refusait pourtant d'admettre les femmes.
Émilie du Châtelet soumit anonymement un mémoire sur la nature du feu au concours de l'Académie des sciences en 1738, en même temps que Voltaire, sans lui en parler. Bien qu'aucun des deux ne remportât le prix, l'Académie, impressionnée par la qualité de son travail, publia néanmoins les deux mémoires — un honneur exceptionnel accordé à une femme pour la première fois.
Sources primaires
Les idées que nous avons de l'étendue sont si claires & si distinctes, qu'il est impossible de les confondre avec aucune autre ; l'étendue est ce qui a des parties hors de parties, & qui peut être divisé en parties.
Le feu n'est point une substance particulière & élémentaire, mais un mouvement des parties insensibles des corps, excité & entretenu par des causes différentes.
M. Newton a démontré que si la force accélératrice de la Lune vers la Terre est en raison inverse du quarré de sa distance du centre de la Terre, cette force est égale à la Pesanteur à la surface de la Terre.
Il faut commencer par se dire bien fermement : j'ai un esprit susceptible de s'instruire, et je veux m'en servir. Il ne faut point se laisser rebuter par les premières difficultés.
Je suis persuadée que bien des femmes ignorent leurs propres talents par le vice de leur éducation, et que si on les élevait comme les hommes, elles réussiraient également dans les arts et dans les sciences.
Lieux clés
Résidence principale d'Émilie du Châtelet et de Voltaire de 1735 à 1748, transformée en centre intellectuel et laboratoire scientifique privé. C'est là qu'elle rédigea ses Institutions de Physique et mena ses expériences sur le feu.
Maison de son enfance, rue de Bourbon (actuelle rue de Lille), où son père, contrairement aux usages, lui fit donner une éducation poussée en latin, mathématiques et sciences. Ce cadre exceptionnel façonna sa vocation intellectuelle.
Résidence de la cour du roi Stanislas de Pologne où du Châtelet séjourna en 1748-1749. C'est là qu'elle mourut le 10 septembre 1749, quelques jours après avoir mis au monde son quatrième enfant.
Institution dont elle fut exclue en tant que femme, malgré la qualité reconnue de ses travaux. Elle y soumit néanmoins ses mémoires et y fit publier sa Dissertation sur le feu en 1744, honneur rarissime pour une femme.
Célèbre café parisien fréquenté par les philosophes et savants des Lumières. La tradition rapporte qu'Émilie s'y déguisa en homme pour participer aux discussions scientifiques qui lui étaient normalement interdites.
Objets typiques
Instruments essentiels du laboratoire de Cirey, ils permettaient à du Châtelet d'expérimenter sur la nature de la lumière et la réfraction. Elle s'en servit pour ses travaux sur le feu et l'optique newtonienne.
Outils quotidiens de sa prodigieuse activité d'écriture : traductions, mémoires scientifiques, lettres à Voltaire et aux savants européens. Elle écrivait parfois la nuit à la lueur des bougies pour avancer ses travaux.
L'exemplaire latin qu'elle annotait et traduisait était son livre de chevet scientifique. Sa traduction française, augmentée de ses propres commentaires algébriques, reste la référence en langue française.
Matériaux de ses expériences sur les forces vives : en mesurant l'empreinte laissée par des billes tombant de différentes hauteurs, elle valida empiriquement l'équation E = mv², devançant ainsi l'énergie cinétique de Leibniz.
Femme de haute noblesse, du Châtelet portait les tenues exigées par son rang social pour fréquenter Versailles et les salons parisiens. Son apparence soignée contrastait avec ses activités scientifiques peu conventionnelles pour une femme.
Instruments de référence pour ses études d'astronomie et de mécanique céleste. Elle les utilisait pour comprendre et illustrer les lois de la gravitation universelle de Newton dans ses cours à Cirey.
Programmes scolaires
Vie quotidienne
Matin
Émilie du Châtelet se levait tôt et consacrait les premières heures de la matinée à ses correspondances avec les savants européens — Maupertuis, Bernoulli, Clairaut. Elle supervisait ensuite brièvement les activités du château avant de rejoindre son cabinet de travail pour ses lectures mathématiques.
Après-midi
L'après-midi était réservé aux travaux scientifiques intensifs : rédaction de ses mémoires, expériences dans le laboratoire de Cirey ou leçons privées avec des mathématiciens qu'elle faisait venir au château. Elle pouvait rester concentrée plusieurs heures d'affilée, au point d'en oublier de manger.
Soir
Les soirées à Cirey étaient animées et brillantes : représentations théâtrales dans le petit théâtre du château, soupers avec des invités — philosophes, nobles éclairés — suivis de discussions intellectuelles. Voltaire et elle lisaient souvent leurs travaux à voix haute avant de se retirer chacun dans son appartement pour travailler encore jusqu'à très tard.
Alimentation
Comme la plupart des aristocrates du XVIIIe siècle, du Châtelet mangeait peu et irrégulièrement, absorbée par ses travaux. Les repas à Cirey réunissaient les hôtes autour de mets raffinés — viandes rôties, entremets, vins fins — dans une ambiance mêlant gastronomie et conversation philosophique.
VĂŞtements
Elle portait les robes à panier et corsets imposés par la mode rococo, en soie et brocart, souvent de couleurs pastel ou profondes. Ses tenues de travail étaient plus simples mais toujours soignées ; elle aimait les parures de diamants et les perles pour les occasions mondaines, consciente que son apparence participait à son crédit social.
Habitat
Elle partageait sa vie entre l'hôtel parisien familial, le château de Cirey réaménagé à ses frais avec bibliothèque, laboratoire et théâtre, et diverses résidences de cour. Son appartement personnel à Cirey était envahi de livres, de manuscrits et d'instruments scientifiques, tandis que les salons reflétaient le faste attendu de son rang.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Galerie
Marquise du Châtelet par Largillière

D'après Alexandre Roslin, Portrait d'une dame, dit à tort de Émilie Du Châtelet

Madame Du Châtelet at her desk, detail

"Dame mit Katze in Studierzimmer"

French: Portrait de Gabrielle Anne Breteuillabel QS:Lfr,"Portrait de Gabrielle Anne Breteuil"

Madame Du Châtelet at her desk, detail

Émilie du Châtelet, französische Physikerin, Mathematikerin und Philosophin
Château de Breteuil 2010 021

Swedish: Gabrielle-Émilie Le Tonnelier de Breteuil (1706–1749), markisinna du Châtelet Gabrielle-Émilie Le Tonnelier de Breteuil (1706–1749), Marquise du Châtelettitle QS:P1476,sv:"Gabrielle-Émilie
Works of Voltaire Volume 36, facing p.298
Style visuel
Esthétique rococo française des Lumières, mêlant luxe aristocratique et rigueur scientifique dans la lumière chaude des chandelles du château de Cirey.
Prompt IA
Rococo French aristocratic interior, candlelit château library filled with scientific instruments — prisms, telescopes, astrolabes — and towering bookshelves, warm amber and gold tones, rich deep blues and burgundy velvet curtains, oil painting style reminiscent of Quentin de La Tour pastel portraits, a noblewomen in an elaborate silk gown seated at a writing desk covered with mathematical manuscripts and Newton's Principia, warm candlelight casting deep shadows, refined and intellectual atmosphere blending aristocratic luxury with Enlightenment curiosity, 18th-century French Lumières aesthetic.
Ambiance sonore
Ambiance d'un cabinet de travail aristocratique du XVIIIe siècle, mêlant le silence studieux de la nuit aux sons discrets du laboratoire scientifique privé de Cirey.
Prompt IA
Quill scratching on parchment, the soft crackling of a fireplace in a French château library at night, the distant ticking of a pendulum clock, the rustle of heavy silk skirts, candles flickering in a draught, the clinking of glass instruments in a private scientific laboratory, the murmur of intellectual conversation in French, the sound of a harpsichord being played softly in an adjacent salon, rain against tall windows, the turning of large leather-bound pages, the faint sound of a carriage on cobblestones outside.
Source du portrait
Wikimedia Commons — domaine public — Maurice Quentin de La Tour — 1750
Aller plus loin
Références
Ĺ’uvres
Institutions de Physique
1740
Dissertation sur la nature et la propagation du feu
1744
Principes mathématiques de la philosophie naturelle (traduction des Principia de Newton)
1756 (posthume)
Discours sur le bonheur
1779 (posthume)
Mémoire sur la nature des forces vives (inédit)
1747
Examen de la Bible
XVIIIe siècle (posthume)


