Bernard Moitessier(1925 — 1994)

Bernard Moitessier

France

6 min de lecture

ExplorationLettresSpiritualitéÉcrivain(e)XXe siècleSeconde moitié du XXe siècle, période de l'essor de la course au large et de la navigation de plaisance, marquée par l'émergence d'une conscience écologique et d'une remise en question de la société de consommation.

Navigateur et écrivain français (1925-1994), figure de la navigation à voile en solitaire. Engagé dans la première course autour du monde sans escale en 1968, il renonça à la victoire pour poursuivre sa route vers le Pacifique, devenant une icône de la quête intérieure et du rapport à la mer.

Questions fréquentes

Bernard Moitessier (1925-1994) est un navigateur et écrivain français dont le geste le plus célèbre dépasse le simple exploit sportif. En 1968, engagé dans la première course autour du monde sans escale, il renonce à la victoire alors qu'il est en tête, préférant poursuivre sa route vers le Pacifique. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il transforme une compétition en quête spirituelle, devenant ainsi une icône de la navigation intérieure. Moins un vainqueur qu'un vagabond des mers, il incarne le refus de la performance au profit de l'épanouissement personnel.

Citations célèbres

« Je continue sans escale vers les îles du Pacifique parce que je suis heureux en mer et peut-être aussi pour sauver mon âme. »

Faits marquants

  • Né le 10 avril 1925 à Hanoï, en Indochine française
  • Participe en 1968 à la Sunday Times Golden Globe Race, première course autour du monde en solitaire et sans escale
  • En 1969, alors qu'il est en position de l'emporter, il abandonne la course pour continuer vers Tahiti à bord de son ketch Joshua
  • Auteur de récits majeurs comme « Cap Horn à la voile » (1967) et « La Longue Route » (1971)
  • Mort le 16 juin 1994 à Paris

Œuvres & réalisations

Vagabond des mers du Sud (1960)

Premier livre où il raconte ses débuts de navigateur et ses naufrages ; il révèle son talent de conteur de la mer.

Cap Horn à la voile (1967)

Récit de la longue traversée Tahiti–Alicante par le cap Horn, accomplie avec sa femme Françoise.

Tour du monde de la Golden Globe Race (1968-1969)

Près de 37 455 milles nautiques parcourus sans escale en solitaire ; un exploit qu'il transforme en quête spirituelle.

La Longue Route (1971)

Son œuvre la plus célèbre, récit de sa navigation et de sa décision de poursuivre vers le Pacifique ; un classique de la littérature maritime.

Tamata et l'Alliance (1993)

Autobiographie posthume publiée l'année précédant sa mort, bilan de toute une vie passée entre la mer et la quête de sens.

Anecdotes

En 1968, Bernard Moitessier s'élance dans la première course autour du monde sans escale en solitaire, le Sunday Times Golden Globe. Bien placé pour gagner après avoir passé les trois grands caps, il prend une décision qui stupéfie le monde : au lieu de remonter vers l'Angleterre pour empocher la victoire et le prix, il continue sa route vers le Pacifique, bouclant près d'une fois et demie le tour du globe.

Refusant la radio, Moitessier communiquait avec la terre d'une manière insolite : il glissait ses messages et ses pellicules de film dans des boîtes lestées, puis les catapultait avec un lance-pierres sur le pont des navires qu'il croisait. C'est ainsi qu'au large du Cap, en mars 1969, il annonça au monde son abandon de la course.

Son célèbre voilier, un ketch en acier, s'appelait Joshua — en hommage à Joshua Slocum, le premier homme à avoir bouclé un tour du monde en solitaire à la fin du XIXe siècle. Le bateau est aujourd'hui conservé et visitable au Musée maritime de La Rochelle.

Né à Hanoï et élevé en Indochine, Moitessier apprit la mer enfant dans le golfe du Siam sur des jonques et des bateaux de pêche locaux. Avant ses grandes traversées, il perdit deux voiliers successifs, le Marie-Thérèse puis le Marie-Thérèse II, fracassés sur des récifs.

Pendant ses longues semaines de solitude en mer, Moitessier pratiquait le yoga sur le pont de Joshua et nourrissait une réflexion spirituelle profonde. Il expliqua avoir poursuivi sa route « parce qu'il était heureux en mer et peut-être pour sauver son âme », une phrase devenue légendaire.

Sources primaires

Message lancé au pétrolier British Argosy au large de Cape Town (mars 1969)
Mon intention est de continuer la traversée, toujours sans escale, vers les îles du Pacifique, parce que je suis heureux en mer et peut-être pour sauver mon âme.
La Longue Route (récit de la course autour du monde) (1971)
Je continue sans escale vers le Pacifique parce que je suis heureux en mer, et peut-être aussi pour sauver mon âme. Le temps n'a plus la même valeur quand on vit avec la mer et le ciel.
Cap Horn à la voile (1967)
Le cap Horn, pour un marin, c'est ce que l'Everest est pour un alpiniste : un mythe que l'on porte en soi bien avant de l'atteindre.
Tamata et l'Alliance (autobiographie) (1993)
J'ai compris très tôt, dans le golfe du Siam, que la mer ne se conquiert pas : on apprend seulement à vivre avec elle, à l'écouter.

Lieux clés

Hanoï (Indochine française)

Ville natale de Moitessier, où il naît en 1925 ; il passe son enfance en Asie, au contact de la mer.

Golfe du Siam

Mers de son enfance, où il apprend à naviguer sur des bateaux de pêche locaux avant ses grandes traversées océaniques.

Plymouth (Angleterre)

Port de départ de la Sunday Times Golden Globe Race, qu'il quitte en août 1968 à bord de Joshua.

Cap Horn

Pointe redoutée de l'Amérique du Sud, mythe des marins ; il le double lors de ses navigations australes, dont la Longue Route.

Papeete (Tahiti)

Terme de sa Longue Route, où il arrive en juin 1969 après avoir renoncé à la course ; il y vivra plusieurs années.

Musée maritime de La Rochelle

Joshua y est aujourd'hui conservé et visitable, devenant un lieu de mémoire de la navigation à voile en solitaire.

Voir aussi