Camillo Cavour(1810 — 1861)

Camillo Cavour

royaume d'Italie, royaume de Sardaigne

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PolitiqueÉconomiePolitiqueXIXe siècleXIXe siècle — ère des nationalités, du Risorgimento et de la construction des États-nations en Europe

Homme d'État piémontais (1810-1861), Cavour fut le principal artisan de l'unification italienne. Président du Conseil du royaume de Sardaigne, il mena une politique libérale et usa de la diplomatie pour rallier la France et isoler l'Autriche.

Questions fréquentes

Camillo Cavour (1810-1861) est l'homme d'État piémontais qui a conçu et mené l'unification italienne par la diplomatie et des réformes libérales. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il a transformé le royaume de Sardaigne en un État moderne capable de fédérer la péninsule. Moins un révolutionnaire qu'un stratège, il a utilisé la guerre de Crimée et les accords secrets avec Napoléon III pour isoler l'Autriche et annexer des territoires par plébiscite. Son œuvre culmine avec la proclamation du royaume d'Italie le 17 mars 1861.

Citations célèbres

« L'Italie est faite, tout est fait.»
« Si nous faisions pour nous-mêmes ce que nous faisons pour notre pays, nous serions de bien grands coquins.»

Faits marquants

  • 1810 : naissance à Turin dans une famille aristocratique piémontaise
  • 1847 : fonde le journal libéral Il Risorgimento
  • 1852 : devient président du Conseil du royaume de Sardaigne
  • 1858 : entrevue de Plombières avec Napoléon III — alliance franco-piémontaise contre l'Autriche
  • 1861 : proclamation du royaume d'Italie ; Cavour en devient le premier président du Conseil, meurt en juin de la même année

Œuvres & réalisations

Fondation du journal Il Risorgimento (1847)

Cavour fonda ce journal libéral qui donna son nom au mouvement d'unification italienne. Il y défendit les idées constitutionnelles et la nécessité d'une alliance avec la France contre l'Autriche.

Lois Siccardi : séparation de l'Église et de l'État au Piémont (1850)

Ces lois, soutenues activement par Cavour, supprimèrent les tribunaux ecclésiastiques et les privilèges du clergé au Piémont, posant les bases d'un État laïc moderne et libéral.

Réseau de chemins de fer piémontais (1850-1860)

Comme ministre des Finances puis président du Conseil, Cavour développa massivement le réseau ferroviaire du Piémont, modernisant l'économie et renforçant la cohésion militaire du royaume.

Participation à la guerre de Crimée (1855)

En envoyant 15 000 soldats piémontais combattre aux côtés de la France et de l'Angleterre, Cavour permit au Piémont de siéger au Congrès de Paris de 1856 et d'y exposer la question italienne devant l'Europe.

Accords de Plombières avec Napoléon III (Juillet 1858)

Chef-d'œuvre diplomatique de Cavour : en échange de Nice et de la Savoie, la France s'engageait militairement aux côtés du Piémont contre l'Autriche, ouvrant la voie à la deuxième guerre d'indépendance.

Annexions par plébiscite de l'Italie centrale (1860)

Cavour organisa les plébiscites qui permirent l'annexion légale de la Toscane, de l'Émilie-Romagne et des duchés du centre, contrebalançant l'action révolutionnaire de Garibaldi par une voie institutionnelle.

Proclamation du royaume d'Italie au Parlement (17 mars 1861)

Aboutissement de toute la stratégie de Cavour : le Parlement réuni à Turin proclama Victor-Emmanuel II roi d'Italie, créant officiellement l'État unitaire que Cavour avait consacré sa vie à construire.

Anecdotes

Cavour apprit l'anglais et le français avant même de maîtriser parfaitement l'italien littéraire : sa langue maternelle était le piémontais, un dialecte local. Cette situation paradoxale embarrassait parfois ses interlocuteurs étrangers, qui découvraient que l'architecte de l'Italie unifiée s'exprimait plus aisément en français qu'en italien.

En 1858, Cavour rencontra secrètement Napoléon III aux Thermes de Plombières, dans les Vosges, pour négocier une alliance franco-piémontaise contre l'Autriche. Les deux hommes se promenèrent en calèche pour ne pas être espionnés, concluant un accord qui allait bouleverser la carte de l'Europe. Cet entretien resta confidentiel pendant plusieurs années.

Cavour était un passionné d'agronomie et d'économie moderne. Sur ses terres du Piémont, il introduisit la rotation des cultures, les engrais chimiques et le drainage des rizières avant même d'entrer en politique. Ses exploitations servirent de modèles aux agriculteurs piémontais et lui apportèrent la fortune nécessaire pour financer ses ambitions politiques.

Lorsque Garibaldi s'apprêtait à attaquer Rome avec ses chemises rouges en 1861, Cavour s'y opposa fermement pour ne pas provoquer la France et le pape. Il aurait confié à ses proches : « Il faut que l'Italie se fasse, mais pas de cette façon-là. » Cette tension permanente avec Garibaldi illustre les deux visages de l'unification italienne : la diplomatie contre la révolution.

Cavour mourut le 6 juin 1861, à seulement 50 ans, quelques mois après la proclamation du royaume d'Italie. Épuisé par des années de travail intense, il répéta sur son lit de mort : « L'Italie est faite, tout va bien. » Il ne vit jamais Rome devenir la capitale de l'Italie unifiée, objectif qu'il avait pourtant ardemment défendu.

Sources primaires

Discours au Parlement sarde sur la liberté de la presse (1848)
« La presse libre est la plus forte garantie des droits des citoyens et le meilleur instrument du progrès social. Supprimer la presse, c'est supprimer la pensée publique. »
Journal intime de Cavour (extraits publiés posthumément) (1833-1840)
« Je dois à ma patrie tout ce que je possède d'intelligence et d'énergie. Si je ne puis lui être utile par mes actions, je lui serai utile par mes conseils. »
Lettre à Napoléon III après les accords de Plombières (Août 1858)
« Votre Majesté a posé les bases d'une alliance dont les conséquences seront décisives pour l'avenir de l'Italie et l'équilibre de l'Europe. Le Piémont est prêt à remplir ses engagements. »
Discours sur l'Église et l'État : « Libera chiesa in libero stato » (27 mars 1861)
« Nous demandons pour l'Église la même liberté que pour tout autre association de citoyens : ni privilèges, ni entraves. L'Église libre dans l'État libre — voilà le programme de la vraie liberté. »
Dépêche diplomatique au comte de Villamarina, ambassadeur à Paris (1855)
« Notre politique doit convaincre l'Europe que le Piémont est le seul État italien capable d'ordre et de progrès. C'est par la diplomatie, non par les armes seules, que nous gagnerons notre indépendance. »

Lieux clés

Turin, capitale du royaume de Sardaigne

Ville où Cavour exerça le pouvoir comme président du Conseil et siège du Parlement sarde. C'est à Turin que furent votées les grandes lois libérales et que fut proclamé le royaume d'Italie en 1861.

Plombières-les-Bains, Vosges

Ville thermale française où Cavour rencontra secrètement Napoléon III en juillet 1858. L'accord conclu ici, échangeant Nice et la Savoie contre une alliance militaire, fut décisif pour l'unification italienne.

Château de Santena, Piémont

Propriété familiale des Cavour où l'homme d'État expérimenta ses réformes agricoles et où il fut finalement inhumé. Ce lieu symbolise le lien entre sa modernisation économique et ses ambitions politiques.

Paris, cour de Napoléon III

Capitale diplomatique de l'Europe du Second Empire, où Cavour déploya ses talents de négociateur notamment lors du Congrès de Paris (1856) après la guerre de Crimée, pour internationaliser la question italienne.

Milan, capitale de la Lombardie

Grande ville italienne sous domination autrichienne jusqu'en 1859. Sa libération après les batailles de Magenta et Solférino représenta la première victoire concrète de la stratégie diplomatique et militaire de Cavour.

Voir aussi