Biographie

Cardinal écossais né à Rome de parents jacobites exilés, il fut l'un des principaux diplomates du Saint-Siège à l'époque napoléonienne. Créé cardinal par Pie VII en 1803, il avait auparavant servi comme représentant pontifical auprès du gouvernement britannique.

Charles Erskine de Kellie(1739 — 1811)

Charles Erskine de Kellie

Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande

8 min de lecture

SpiritualitéPolitiqueReligieux/seXIXe siècleRévolution française et Empire napoléonien

Questions fréquentes

Charles Erskine de Kellie, né à Volterra en 1739 de parents jacobites exilés, est un cardinal écossais au service du Saint-Siège. Mais dans une perspective mythologique, il incarne le médiateur entre deux mondes : catholique et protestant, Rome et Londres, exil et pouvoir. Ce qui distingue Erskine des autres prélats de son temps, c'est cette double identité — Écossais de sang, Romain d'adoption — qui en fait une figure de pont entre les contraires, un peu comme un Hermès chrétien négociant entre les puissances terrestres et spirituelles.

Faits marquants

  • 1739 : Naissance à Rome, fils d'une famille noble écossaise jacobite en exil
  • 1778 : Nommé auditeur de la Rote romaine pour l'Écosse
  • 1793 : Envoyé comme représentant pontifical en Grande-Bretagne pour négocier avec Londres
  • 1803 : Créé cardinal-diacre par le pape Pie VII
  • 1811 : Décès à Paris, en pleine période impériale napoléonienne

Œuvres & réalisations

Légation apostolique à Londres (1793-1795)

Première représentation officielle du Saint-Siège auprès du Royaume-Uni depuis la Réforme. Erskine posa les bases d'un dialogue durable entre Rome et Londres et négocia des concessions en faveur des catholiques britanniques.

Mémoire sur la situation des catholiques britanniques (vers 1793)

Rapport diplomatique adressé à la Secrétairerie d'État vaticane, détaillant les conditions juridiques et sociales des catholiques d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande, servant de base aux revendications pontificales auprès du cabinet Pitt.

Contribution aux négociations du Concordat de 1801 (1800-1801)

Rôle de conseiller expérimenté auprès de Pie VII lors des tractations avec Bonaparte. Sa connaissance des milieux protestants et des chancelleries nordiques permit d'évaluer les limites acceptables des concessions concordataires.

Médiation lors de la crise franco-pontificale (1796-1799) (1796-1799)

Utilisation de ses réseaux britanniques pour alerter les puissances alliées sur les menaces des armées révolutionnaires contre Rome et les États pontificaux, contribuant à maintenir une pression diplomatique internationale.

Anecdotes

Né à Volterra en 1739 de parents jacobites écossais contraints à l'exil après les soulèvements stuartistes, Charles Erskine grandit dans l'entourage de la cour Stuart en exil à Rome. Sa double identité — catholique écossais de naissance italienne — en fit dès sa jeunesse un médiateur naturel entre la papauté et la Grande-Bretagne protestante.

En 1793, au moment même où la Révolution française décapitait Louis XVI et bouleversait l'ordre catholique européen, Pie VI dépêcha Erskine comme légat apostolique à Londres auprès de William Pitt le Jeune. C'était la première mission officielle du Saint-Siège auprès du gouvernement britannique depuis la Réforme — un geste diplomatique audacieux en pleine tourmente révolutionnaire.

Lors des négociations du Concordat de 1801 entre Napoléon et Pie VII, Erskine mit à profit ses connaissances du droit canonique et ses réseaux dans les chancelleries européennes pour conseiller le Saint-Siège. Sa connaissance intime des milieux protestants britaniques lui permettait d'évaluer jusqu'où Bonaparte pouvait être tenu à ses engagements envers l'Église.

Créé cardinal diacre de San Callisto par Pie VII le 17 janvier 1803, Erskine devint à 64 ans l'un des rarissimes Britanniques à porter la pourpre cardinalice depuis la Réforme. Cette création tardive récompensait des décennies d'un service diplomatique discret mais décisif pour le Saint-Siège.

Lorsque Napoléon fit arrêter Pie VII en 1809 et le contraignit à quitter Rome, Erskine refusa de collaborer avec les autorités impériales cherchant à s'assurer la loyauté de la curie. Il mourut à Rome le 20 mars 1811, deux ans avant la libération du pape, fidèle jusqu'au bout à l'institution à laquelle il avait consacré toute sa vie.

Sources primaires

Dépêches diplomatiques d'Erskine à la Secrétairerie d'État vaticane (Archivio Apostolico Vaticano, Segreteria di Stato, Inghilterra) (1793-1795)
Les courriers adressés depuis Londres détaillent les tentatives d'Erskine pour convaincre le cabinet Pitt d'assouplir les lois pénales contre les catholiques, tout en maintenant la neutralité pontificale face aux guerres révolutionnaires.
Bulle de création cardinalice de Pie VII (Archivio Apostolico Vaticano, Bullarium Romanum) (17 janvier 1803)
Carolum Erskine, Scotum natum, ob egregia servitia Apostolicae Sedi per plures annos praestita, in sacrum Cardinalium Collegium adscribimus, tribuentes ei titulum Sancti Callixti.
Débats parlementaires britanniques relatifs à la mission pontificale (Hansard, Westminster) (1793)
References are made to the representations of the Papal Agent Mr. Erskine, who has communicated to His Majesty's Government the desire of the Holy See to see the condition of His Majesty's Catholic subjects in England and Scotland ameliorated.
Mémoires du cardinal Consalvi, secrétaire d'État de Pie VII (Biblioteca Apostolica Vaticana) (vers 1806)
L'abbé Erskine, par sa connaissance approfondie des affaires anglaises et son parfait dévouement au Saint-Siège, nous fut d'un grand secours dans les négociations délicates menées avec les puissances protestantes du Nord.

Lieux clés

Volterra (Toscane, Italie)

Cité médiévale toscane où naquit Charles Erskine en 1739. Ses parents jacobites, exilés d'Écosse après les soulèvements stuartistes, y avaient trouvé refuge loin des persécutions britanniques.

Pontificio Collegio Scozzese (Collège des Écossais), Rome

Institution fondée au XVIe siècle pour former les prêtres catholiques écossais en exil. Erskine y reçut sa formation ecclésiastique et juridique, forgea ses réseaux dans la curie romaine et construisit l'essentiel de sa carrière.

Londres (Whitehall)

Capitale britannique où Erskine séjourna comme légat apostolique à partir de 1793. Il y négocia avec Pitt le Jeune et les ministres whigs pour obtenir des allégements aux lois pénales frappant les catholiques de Grande-Bretagne.

Palais apostolique (Vatican), Rome

Siège du gouvernement pontifical où Erskine servit auprès de la Secrétairerie d'État pendant des décennies. C'est là qu'il reçut sa barrette cardinalice des mains de Pie VII en janvier 1803.

Rome (lieu de décès)

Erskine mourut à Rome le 20 mars 1811, dans la ville qui l'avait formé et où il avait servi toute sa vie — Écossais de sang, Romain d'adoption et serviteur fidèle du Saint-Siège.

Voir aussi