Biographie

Prêtre catholique et homme politique de la Révolution française, il défendit l'émancipation des juifs et l'abolition de l'esclavage dans les colonies. Évêque constitutionnel élu, il siégea à la Convention nationale et contribua à faire voter le décret d'abolition de 1794.

Abbé Henri Grégoire(1750 — 1831)

Henri Grégoire

France

8 min de lecture

SpiritualitéPolitiqueSociétéXIXe siècleRévolution française et Première République (fin XVIIIe – début XIXe siècle)

Questions fréquentes

L'abbé Henri Grégoire (1750–1831) est un prêtre catholique devenu député, évêque constitutionnel et l'une des consciences les plus actives de la Révolution. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il incarne une figure rare : un homme d'Église qui place l'égalité des droits au-dessus de tout. Il a milité sans relâche pour l'émancipation des juifs (obtenue en 1791) et l'abolition de l'esclavage (décret de 1794). Moins connu que Robespierre ou Danton, il est pourtant celui qui forge le mot « vandalisme » pour protéger le patrimoine et qui rédige le rapport sur l'unification de la langue française. Son combat pour la dignité humaine, des juifs aux Noirs, en fait un précurseur de l'antiracisme.

Citations célèbres

« Je vote pour la détention et le bannissement.»
« Les préjugés sont des tyrans dont le règne n'est fondé que sur notre lâcheté.»

Faits marquants

  • 1789 : publie l'Essai sur la régénération physique, morale et politique des Juifs
  • 1789 : élu député du clergé aux États généraux, il rejoint spontanément le Tiers État
  • 1791 : plaide à l'Assemblée pour l'égalité civique des juifs de France
  • 1794 : rapporteur actif du décret de la Convention abolissant l'esclavage dans les colonies
  • 1801 : refuse de démissionner de son évêché lors du Concordat, symbole de résistance gallicane

Œuvres & réalisations

Essai sur la régénération physique, morale et politique des juifs (1789)

Premier grand plaidoyer pour l'émancipation civile des juifs en France. Cet essai contribue directement au décret de septembre 1791 qui leur accorde la citoyenneté pleine et entière, une première en Europe.

Rapport sur la nécessité et les moyens d'anéantir les patois et d'universaliser l'usage de la langue française (1794)

Rapport fondateur de la politique linguistique républicaine, plaidant pour l'unification de la France par la langue française. Texte encore débattu aujourd'hui pour son rapport aux cultures régionales.

Rapports sur le vandalisme (Convention nationale) (1793–1794)

Série de rapports dans lesquels Grégoire forge le terme « vandalisme » et réclame la protection du patrimoine. Ces textes sont à l'origine de la politique de conservation des monuments historiques en France.

De la littérature des nègres (1808)

Recueil recensant les œuvres d'auteurs africains et afro-américains pour prouver l'égalité intellectuelle de tous les peuples. Ouvrage pionnier de l'antiracisme intellectuel, diffusé en Europe et aux États-Unis.

De la traite et de l'esclavage des Noirs et des Blancs (1815)

Ouvrage abolitionniste publié après le rétablissement de l'esclavage par Napoléon en 1802. Grégoire y renouvelle son combat et interpelle les puissances européennes réunies au Congrès de Vienne.

Histoire des sectes religieuses (1810)

Vaste panorama des mouvements religieux dissidents en Europe et dans le monde. Cet ouvrage témoigne de la curiosité intellectuelle de Grégoire et de son souci d'éclairer les consciences sur la diversité des croyances.

Anecdotes

En mai 1789, l'abbé Grégoire est l'un des tout premiers membres du clergé à rejoindre spontanément le Tiers État, bravant la solidarité de son ordre aux États généraux de Versailles. Ce geste courageux lui vaut une popularité immédiate et annonce ses combats futurs pour l'égalité des droits.

C'est Grégoire qui invente le mot « vandalisme » en 1793 pour dénoncer la destruction des œuvres d'art et des monuments par certains révolutionnaires. Ce terme, forgé à partir du peuple germanique des Vandales, entre aussitôt dans la langue française et y est encore utilisé aujourd'hui.

En 1789, il publie son Essai sur la régénération des juifs, plaidant pour leur émancipation civile complète. Son travail est décisif : le 27 septembre 1791, l'Assemblée nationale vote l'émancipation des juifs de France, une première dans un grand État européen.

Lors du procès de Louis XVI en janvier 1793, Grégoire refuse de voter la mort du roi, mais refuse également l'appel au peuple. Il est l'un des très rares conventionnels à afficher ce refus tranquille, ce qui lui vaut l'hostilité durable des Montagnards les plus radicaux.

Après sa mort en 1831, l'Église réfractaire lui refuse une sépulture à Saint-Denis, comme il l'avait souhaité. Il faut attendre 2021 pour que sa dépouille soit transférée au Panthéon lors d'une cérémonie officielle célébrant ses combats pour l'abolition et l'émancipation.

Sources primaires

Essai sur la régénération physique, morale et politique des juifs (1789)
Les juifs sont hommes avant d'être juifs ; ils ont les mêmes droits que nous, les mêmes besoins ; ils sont sensibles aux mêmes plaisirs, aux mêmes douleurs.
Rapport sur la nécessité et les moyens d'anéantir les patois et d'universaliser l'usage de la langue française (Convention nationale) (1794)
Nous n'avons plus de provinces, mais nous avons encore des préjugés. Il faut détruire les habitudes aristocratiques de nos langages et fonder une République une et indivisible.
Rapport sur les destructions opérées par le vandalisme, et sur les moyens de le réprimer (Convention nationale) (1794)
Je crée un mot pour tuer la chose : le vandalisme. Tout citoyen doit sentir que dégrader un monument public est un attentat contre la société entière.
De la littérature des nègres (1808)
Partout où l'homme existe, il est susceptible de vertu et de talent ; et si les Africains ont été avilis par nous, la honte en est à nos pères, non à la nature.
Mémoires de Grégoire, ancien évêque de Blois (posthumes) (1837)
J'ai combattu pour la liberté des consciences, pour celle des peuples opprimés, et je meurs avec la conviction que ces causes triompheront un jour.

Lieux clés

Vého, Lorraine

Petit village de Lorraine où Henri Grégoire naît en 1750. Son origine modeste dans cette région profondément catholique façonne sa vocation sacerdotale et son attachement aux populations rurales et marginalisées.

Versailles — Salle des États généraux

C'est à Versailles, en mai 1789, que Grégoire fait ses premiers pas de député en rejoignant le Tiers État contre la majorité du clergé. Ce lieu marque le début de son engagement révolutionnaire public.

Paris — Convention nationale (salle du Manège)

Grégoire y siège comme député de 1792 à 1795, participant aux grands débats sur la République, le procès du roi et surtout l'abolition de l'esclavage le 4 février 1794. C'est le cœur de son action politique.

Blois — Évêché constitutionnel de Loir-et-Cher

Élu évêque de Blois par le peuple en 1791, Grégoire dirige ce diocèse constitutionnel tout en poursuivant son mandat politique à Paris. Il y exerce ses fonctions jusqu'au Concordat de 1801.

Paris — Panthéon

Longtemps refusé au Panthéon en raison de ses positions révolutionnaires, Grégoire y est finalement transféré en 2021, lors d'une cérémonie nationale célébrant ses combats pour l'émancipation et l'abolition.

Voir aussi