Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord(1754 — 1839)

Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord

France

8 min de lecture

PolitiqueSociétéPolitiqueReligieux/seXIXe siècleDe la fin de l'Ancien Régime à la monarchie de Juillet, traversant Révolution, Empire et Restauration

Diplomate et homme d'État français (1754-1838), il servit sous l'Ancien Régime, la Révolution, l'Empire et la Restauration. Maître de la négociation, il défendit les intérêts de la France au Congrès de Vienne en 1815.

Questions fréquentes

Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord (1754-1838) est l'un des diplomates les plus habiles de l'histoire, ayant servi cinq régimes successifs : l'Ancien Régime, la Révolution, l'Empire, la Restauration et la monarchie de Juillet. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il a toujours placé l'intérêt de la France au-dessus de ses convictions personnelles, ce qui lui a permis de traverser les bouleversements politiques sans jamais perdre son influence. Sa plus grande réalisation reste le Congrès de Vienne (1814-1815), où, représentant une France vaincue, il a imposé le principe de légitimité et préservé les frontières de 1792. Moins un homme de parti qu'un serviteur de l'État, Talleyrand incarne l'art de la négociation et de la survie politique.

Citations célèbres

« Méfiez-vous du premier mouvement, il est toujours généreux.»
« La parole a été donnée à l'homme pour déguiser sa pensée.»

Faits marquants

  • 1754 : Naissance à Paris dans une famille noble
  • 1789 : Évêque d'Autun, il soutient la Révolution et la nationalisation des biens du clergé
  • 1814-1815 : Représente la France au Congrès de Vienne et obtient des conditions favorables pour la France vaincue
  • 1830 : Soutient Louis-Philippe lors de la monarchie de Juillet
  • 1838 : Mort à Paris après une carrière couvrant cinq régimes politiques différents

Œuvres & réalisations

Rapport sur l'instruction publique (1791)

Présenté à l'Assemblée nationale constituante, ce rapport propose une organisation nationale, laïque et gratuite de l'enseignement. Il anticipe les grands principes de l'école républicaine française et montre la dimension réformatrice de la pensée de Talleyrand.

Gestion des négociations du Concordat de 1801 (1801)

En tant que ministre des Affaires étrangères, Talleyrand participa aux négociations qui aboutirent à l'accord entre Napoléon et le pape Pie VII, normalisant les relations entre la France révolutionnaire et l'Église catholique après dix ans de schisme.

Diplomatie au Congrès de Vienne (1814-1815)

Sa plus grande réalisation diplomatique : représentant une France défaite, Talleyrand impose le principe de légitimité, divise la coalition des vainqueurs et obtient que la France conserve ses frontières de 1792, lui rendant son rang de grande puissance.

Négociation de l'indépendance belge (1830-1831)

Ambassadeur à Londres, Talleyrand négocie avec les grandes puissances la reconnaissance de l'indépendance du nouveau royaume de Belgique et son statut de neutralité permanente, stabilisant ainsi l'équilibre de l'Europe du Nord-Ouest.

Mémoires du prince de Talleyrand (rédigés 1816-1838, publiés en 1891)

Rédigés dans le secret sur plusieurs décennies, ces mémoires constituent un témoignage précieux sur la vie politique française de la Révolution à la monarchie de Juillet. Ils furent publiés après sa mort conformément à ses instructions testamentaires.

Anecdotes

Né avec un pied bot, Talleyrand ne peut pas suivre la carrière militaire que sa famille avait prévue pour lui. Ses parents décident alors de le destiner à l'Église, contre sa volonté. Cette infirmité le marquera toute sa vie : il marchait avec une canne et boitait, ce qui lui valut le surnom de « diable boiteux ».

Au Congrès de Vienne (1814-1815), Talleyrand réussit un tour de force diplomatique : représentant une France vaincue, il parvient à s'imposer parmi les grandes puissances en brandissant le principe de « légitimité ». Grâce à son habileté, la France sort du congrès avec ses frontières de 1792, sans perdre de territoire malgré sa défaite.

Talleyrand était célèbre pour ses formules cinglantes. On lui prête notamment : « Surtout, pas trop de zèle ! », qu'il aurait adressé à ses collaborateurs pour leur conseiller la prudence. On lui attribue aussi : « La parole a été donnée à l'homme pour déguiser sa pensée », témoignant de son art de la dissimulation diplomatique.

En 1789, évêque d'Autun et représentant du clergé aux États généraux, Talleyrand prend le parti de la Révolution et propose à l'Assemblée nationale de nationaliser les biens du clergé pour renflouer les caisses de l'État. Cet acte lui vaut d'être excommunié par le pape, mais il s'en soucie peu et poursuit sa carrière politique.

Sur son lit de mort en mai 1838, Talleyrand accepte de signer une rétractation de ses erreurs envers l'Église et reçoit les derniers sacrements. Il avait servi successivement l'Ancien Régime, la Révolution, le Directoire, le Consulat, l'Empire, la Restauration et la monarchie de Juillet — cinq régimes différents en plus de cinquante ans de vie politique.

Sources primaires

Mémoires du prince de Talleyrand (rédigés entre 1816 et 1838, publiés en 1891)
J'ai servi tous les gouvernements parce que chacun d'eux représentait la France, et que je servais la France avant tout. Ma patrie, voilà mon premier amour.
Rapport sur l'instruction publique (présenté à l'Assemblée nationale constituante) (10 septembre 1791)
L'instruction publique est un des premiers besoins de la société. Il faut qu'elle soit nationale, qu'elle soit universelle, qu'elle soit uniforme dans tous ses principes.
Lettre de Talleyrand au Directoire (1797)
La paix est nécessaire à la France ; sans elle, elle ne peut consolider ni sa liberté intérieure, ni son influence extérieure. C'est dans cet esprit que je conduis les négociations qui me sont confiées.
Mémoire au roi Louis XVIII sur la situation de la France au Congrès de Vienne (décembre 1814)
Le principe de la légitimité est le seul qui puisse assurer la tranquillité de l'Europe. Toute combinaison qui s'en écarterait ne serait que germe de troubles futurs.

Lieux clés

Paris — Hôtel Saint-Florentin

Résidence principale de Talleyrand à Paris, place de la Concorde, cet hôtel particulier fut le centre de sa vie mondaine et politique pendant des décennies. Il y reçut l'élite intellectuelle et diplomatique de l'époque et y mourut le 17 mai 1838.

Autun, Bourgogne, France

Talleyrand fut évêque d'Autun de 1788 à 1791. C'est en tant que représentant du clergé de ce diocèse qu'il fut élu aux États généraux de 1789, point de départ de sa carrière politique révolutionnaire.

Vienne, Autriche

Le Congrès de Vienne (novembre 1814 — juin 1815) fut le sommet de la carrière diplomatique de Talleyrand. Représentant une France vaincue, il s'imposa comme interlocuteur incontournable et obtint que la France conserve ses frontières de 1792.

Château de Valençay, Indre, France

Napoléon poussa Talleyrand à acquérir ce vaste château en 1803 pour y recevoir des ambassadeurs étrangers. Talleyrand en fit sa résidence de campagne et l'aménagea somptueusement ; il y accueillit notamment Ferdinand VII d'Espagne.

Londres, Royaume-Uni

Talleyrand effectua plusieurs missions diplomatiques à Londres sous la Révolution (1792), puis fut ambassadeur de France (1830-1834). Il y joua un rôle décisif dans la reconnaissance internationale de l'indépendance belge.

Voir aussi