Chinua Achebe(1930 — 2013)

Chinua Achebe

Nigeria, colonie et protectorat du Nigeria

7 min de lecture

LettresSociétéÉcrivain(e)Poète(sse)XXe siècleAfrique postcoloniale du XXe siècle, période de décolonisation et d'affirmation des identités africaines face à l'héritage de la colonisation britannique.

Chinua Achebe est un romancier, poète et critique nigérian, figure majeure de la littérature africaine de langue anglaise. Son roman *Things Fall Apart* (1958) est considéré comme l'œuvre fondatrice du roman africain moderne.

Questions fréquentes

Chinua Achebe (1930-2013) est un romancier, poète et critique nigérian, figure majeure de la littérature africaine de langue anglaise. Ce qui le rend décisif, c'est qu'il a offert une voix africaine à une époque où l'Afrique était souvent décrite par des auteurs européens. Son roman Things Fall Apart (1958) raconte la chute d'un chef igbo face à la colonisation britannique, non du point de vue du colonisateur mais de l'intérieur de la société igbo. Ce qu'il faut retenir, c'est que ce livre a ouvert la voie à tout un continent littéraire en montrant que les histoires africaines méritaient d'être racontées par des Africains eux-mêmes.

Citations célèbres

« Until the lions have their own historians, the history of the hunt will always glorify the hunter.»

Faits marquants

  • Naissance en 1930 à Ogidi, dans le sud-est du Nigeria, au sein de la communauté igbo
  • Publication de *Things Fall Apart* en 1958, vendu à plus de 20 millions d'exemplaires et traduit dans une cinquantaine de langues
  • Engagement aux côtés du Biafra lors de la guerre civile nigériane (1967-1970)
  • Publication de l'essai critique sur le racisme dans *Au cœur des ténèbres* de Joseph Conrad en 1975
  • Mort en 2013 à Boston, aux États-Unis, salué comme le « père de la littérature africaine moderne »

Œuvres & réalisations

Things Fall Apart (Le monde s'effondre) (1958)

Roman fondateur de la littérature africaine moderne, racontant la chute d'Okonkwo et l'effondrement d'une société igbo face à la colonisation. Traduit dans plus de cinquante langues et vendu à des millions d'exemplaires.

No Longer at Ease (Le malaise) (1960)

Suite spirituelle du premier roman, sur un jeune Nigérian instruit pris entre traditions et corruption de la société coloniale finissante.

Arrow of God (La flèche de Dieu) (1964)

Roman sur un prêtre igbo confronté à l'administration britannique et aux missions chrétiennes, qui approfondit le choc des cultures.

A Man of the People (Le démagogue) (1966)

Satire politique d'un Nigeria indépendant gangrené par la corruption, dont la fin anticipe étrangement les coups d'État de 1966.

An Image of Africa (essai) (1975)

Conférence retentissante dénonçant le racisme de *Au cœur des ténèbres* de Conrad, texte clé de la critique postcoloniale.

The Trouble with Nigeria (essai) (1983)

Pamphlet politique attribuant les maux du Nigeria à la faillite de ses dirigeants.

Anthills of the Savannah (Les termitières de la savane) (1987)

Roman sur le pouvoir et la dictature dans une Afrique imaginaire, finaliste du Booker Prize.

There Was a Country (Il y avait un pays) (2012)

Mémoires personnels sur la guerre du Biafra (1967-1970) et le destin du peuple igbo.

Anecdotes

Le titre de son roman le plus célèbre, *Things Fall Apart* (« Le monde s'effondre »), est emprunté à un poème de l'Irlandais W. B. Yeats, « The Second Coming » : « Things fall apart; the centre cannot hold » (« Tout se disloque ; le centre ne peut tenir »). Achebe voulait montrer comment l'arrivée des colons britanniques fait voler en éclats une société igbo jusque-là cohérente.

Achebe écrivait en anglais, la langue du colonisateur, mais il y glissait des proverbes et des images igbo. Il défendait l'idée qu'un écrivain africain pouvait « faire porter à l'anglais le poids de son expérience africaine », plutôt que d'imiter les Anglais.

En 1975, lors d'une conférence à l'université du Massachusetts, Achebe accusa le célèbre roman *Au cœur des ténèbres* de Joseph Conrad d'être profondément raciste, parce qu'il réduisait les Africains à un décor sans parole. Cette prise de position fit scandale et reste un texte de référence dans les études postcoloniales.

En 1990, un grave accident de voiture sur une route du Nigeria le laissa paralysé des membres inférieurs ; il se déplaça en fauteuil roulant le reste de sa vie et poursuivit son enseignement aux États-Unis.

Par deux fois, en 2004 puis en 2011, Achebe refusa la haute distinction nigériane de « Commandeur de la République fédérale », pour protester contre la corruption et le mauvais gouvernement de son pays. Il estimait qu'on ne pouvait honorer un écrivain tout en laissant son État d'origine sombrer.

Sources primaires

Things Fall Apart (Le monde s'effondre), incipit (1958)
Okonkwo était bien connu dans les neuf villages et même au-delà. Sa renommée reposait sur de solides exploits personnels.
Things Fall Apart, sur l'art des proverbes igbo (1958)
Chez les Igbo, l'art de la conversation est tenu en haute estime, et les proverbes sont l'huile de palme avec laquelle on mange les mots.
An Image of Africa: Racism in Conrad's Heart of Darkness (conférence) (1975)
Joseph Conrad était un raciste pur et simple. Le fait qu'on continue de l'ignorer aujourd'hui est en soi scandaleux.
The Trouble with Nigeria (Le problème du Nigeria), ouverture (1983)
Le problème du Nigeria tient simplement et carrément à une faillite des dirigeants. Il n'y a rien de fondamentalement mauvais dans le caractère nigérian.

Lieux clés

Ogidi (Nigeria)

Ville igbo du sud-est du Nigeria où Achebe naît en 1930, dans une famille chrétienne. Ce monde villageois traversé par les missions inspire le décor de ses premiers romans.

University College, Ibadan

Première université du Nigeria, où Achebe étudie à partir de 1948 et découvre la littérature coloniale qui le pousse à raconter l'Afrique « de l'intérieur ».

Lagos (Nigeria)

Grande ville portuaire où Achebe travaille pour le Nigerian Broadcasting Service dans les années 1950-1960. C'est là qu'il dirige des programmes radio et publie *Things Fall Apart*.

Nsukka, université du Nigeria

Campus du sud-est où Achebe enseigne et mène une vie universitaire, au cœur de la région qui deviendra le Biafra pendant la guerre civile.

Boston (États-Unis)

Ville américaine où Achebe meurt en 2013, après des années d'enseignement dans les universités américaines (Bard College, Brown University).

Voir aussi