Électre est une héroïne de la mythologie grecque, fille d'Agamemnon et de Clytemnestre. Après le meurtre de son père par sa mère et son amant Égisthe, elle convainc son frère Oreste de les venger. Son destin tragique a inspiré les trois grands tragédiens grecs.
Électre
Électre
8 min de lecture
Questions fréquentes
Faits marquants
- Fille d'Agamemnon, roi de Mycènes, et de Clytemnestre
- Sa mère et son amant Égisthe assassinent Agamemnon à son retour de la guerre de Troie
- Électre protège son jeune frère Oreste en l'envoyant loin de Mycènes pour le sauver
- Elle incite Oreste à revenir et à tuer Clytemnestre et Égisthe pour venger leur père
- Trois pièces majeures lui sont consacrées : par Eschyle (Les Choéphores), Sophocle et Euripide (toutes deux intitulées Électre)
Œuvres & réalisations
Première grande mise en scène d'Électre dans la tragédie classique. Elle y apparaît comme la meneuse des servantes en deuil, insufflant à Oreste la détermination d'accomplir la vengeance divine.
L'héroïne est ici au centre absolu de la pièce : inflexible, douloureuse, grandiose. Sophocle en fait un modèle de fidélité filiale et de résistance morale, sans jamais remettre en question la légitimité de la vengeance.
Version plus troublante et psychologiquement nuancée : Électre est une femme brisée, mariée à un paysan pour l'humilier. Euripide questionne la moralité du matricide et peint une héroïne plus ambiguë.
Adaptation expressionniste autrichienne qui transforme Électre en figure obsessionnelle, presque monstrueuse, consumée par la haine. Elle servira de livret à l'opéra de Richard Strauss (1909).
Réécriture existentialiste du mythe, jouée sous l'Occupation allemande. Électre y incarne la résistance à la culpabilité imposée par les tyrans, mais finit par se soumettre au remords — en contraste avec Oreste qui assume sa liberté.
Opéra en un acte sur le livret de Hofmannsthal, considéré comme un chef-d'œuvre de l'expressionnisme musical. Il consacre Électre comme figure universelle de la vengeance et de la souffrance féminine.
Anecdotes
Le nom « Électre » vient du grec ἤλεκτρον (êlektron), qui désigne l'ambre, cette résine fossile dorée aux propriétés mystérieuses. Certains mythographes y voient une allusion à l'éclat solaire de son père Agamemnon, roi des rois. Son nom aurait ainsi un double sens : la brillance et l'impureté née du sang versé.
Selon plusieurs versions du mythe, c'est Électre enfant qui arracha son petit frère Oreste des mains de Clytemnestre, le confiant à un serviteur fidèle pour l'envoyer en exil à Phocide. Sans ce geste, Oreste aurait sans doute été tué par sa mère. Électre porta seule, pendant des années, le poids de l'attente et de la rancœur, vivant humiliée à la cour de son propre palais.
Les trois grands tragédiens grecs — Eschyle, Sophocle et Euripide — ont chacun mis en scène Électre, mais avec des tempéraments très différents. Chez Sophocle, elle est une héroïne implacable qui ne doute jamais ; chez Euripide, elle est plus troublante, presque obsessionnelle, et le meurtre de Clytemnestre est montré dans toute son horreur. Cette diversité d'interprétations montre la richesse du personnage.
Au XXe siècle, le psychanalyste Carl Gustav Jung a emprunté le nom d'Électre pour désigner le pendant féminin du complexe d'Œdipe : le « complexe d'Électre » désigne l'attachement passionnel d'une fille à son père et sa rivalité avec sa mère. Ce concept montre combien le personnage mythologique a traversé les siècles pour nourrir la psychologie moderne.
Lorsqu'Oreste revient à Mycènes incognito, il fait annoncer sa propre mort pour endormir la vigilance d'Égisthe. Électre, croyant son frère réellement mort, tombe dans un désespoir total — puis le reconnait grâce à une mèche de cheveux déposée sur le tombeau de leur père. Cette scène de reconnaissance (anagnorisis) est l'une des plus célèbres du théâtre antique.
Sources primaires
Électre : « Ô Zeus, fais monter de sous terre le bras vengeur ! » Elle dépose des libations sur la tombe d'Agamemnon et appelle Oreste à accomplir la vengeance familiale.
Électre : « Je suis comme un étrangère dans la maison de mon père, accoutrée de haillons, debout à ces tables vides. » Elle exprime sa réduction à l'état de servante dans son propre palais.
Le Chœur : « Électre, fille d'Agamemnon, je suis venue à ta chaumière rustique. Un messager de la montagne m'a appris qu'une fête mycénienne approche. »
Nestor raconte à Télémaque comment Oreste vengea son père Agamemnon en tuant Égisthe, mentionnant la lignée maudite des Atrides comme exemple funeste pour les mortels.
Pindare évoque le destin d'Oreste et d'Électre, enfants vengeurs d'Agamemnon, soulignant la chaîne ininterrompue de violence qui frappe la maison des Atrides.
Lieux clés
Cité royale de l'Argolide où règne Agamemnon, puis Égisthe après le meurtre. Électre y passe toute sa vie captive, humiliée dans son propre palais, attendant la vengeance.
Lieu de mémoire au cœur du mythe, où Électre vient déposer des libations et prier pour la vengeance. C'est devant ce tombeau que se noue la reconnaissance entre les deux frères et sœurs.
Grande cité de l'Argolide étroitement liée à la légende des Atrides. Certaines versions du mythe situent le palais royal à Argos plutôt qu'à Mycènes, et les tragédiens y situent parfois l'action.
C'est Apollon lui-même, par la bouche de la Pythie, qui ordonne à Oreste de venger son père. Électre est ainsi indirectement placée sous la protection divine d'Apollon, garant de la justice familiale.
Colline d'Athènes où Oreste est jugé par les dieux après le matricide, avec Athéna qui tranche en sa faveur. Ce lieu symbolise le passage de la justice privée (vengeance familiale) à la justice civique.






