Surnommée « La Duse », cette tragédienne italienne (1858-1924) révolutionna l'art dramatique par un jeu d'une vérité intérieure inédite, sans maquillage ni effets. Rivale légendaire de Sarah Bernhardt, elle incarna les héroïnes d'Ibsen et de D'Annunzio sur les plus grandes scènes d'Europe et d'Amérique.
Eleonora Duse(1858 — 1924)
Eleonora Duse
royaume de Sardaigne, royaume d'Italie
10 min de lecture
Questions fréquentes
Citations célèbres
« Pour émouvoir les autres, l'acteur ne doit pas s'émouvoir lui-même.»
« Le théâtre ne sera sauvé que par ceux qui lui consacrent leur vie entière.»
Faits marquants
- Née le 3 octobre 1858 à Vigevano (Lombardie) dans une famille de comédiens ambulants
- Triomphe international à partir des années 1880, notamment dans Hedda Gabler et La Dame aux camélias
- Relation tumultueuse avec Gabriele D'Annunzio (1894-1904), dont elle crée plusieurs pièces
- Rivale emblématique de Sarah Bernhardt : les deux actrices tournent simultanément à Londres en 1895
- Décède le 21 avril 1924 à Pittsburgh lors de sa dernière tournée américaine, à 65 ans
Œuvres & réalisations
Pièce d'Alexandre Dumas fils, rôle de Marguerite Gautier, qui devint l'une de ses interprétations signature. C'est précisément dans ce rôle qu'elle affronta directement Sarah Bernhardt à Londres en 1895, suscitant un débat historique sur deux conceptions opposées du jeu théâtral.
Duse fut l'une des premières grandes actrices à porter le répertoire d'Ibsen sur les scènes européennes, jouant Nora avec une vérité psychologique qui saisit le public. Son interprétation contribua à la diffusion du théâtre naturaliste scandinave en Europe du Sud et en Amérique.
Rôle-titre de la pièce d'Ibsen, considéré comme l'un de ses sommets interprétatifs. Duse incarnait la frustration et la violence intérieure d'Hedda avec une économie de moyens qui stupéfiait les critiques habitués aux grandes envolées mélodramatiques.
Pièce écrite spécialement pour Duse par D'Annunzio, avec lequel elle avait une liaison. Elle y incarne Silvia Settala, une femme déchirée entre l'art et l'amour — sujet qui résonnait douloureusement avec sa propre vie à l'époque.
Interprétation de Rebecca West, personnage complexe tiraillé entre désir, culpabilité et idéalisme. La critique londonienne considéra cette performance comme une des plus grandes de la carrière de Duse, un sommet du naturalisme psychologique au théâtre.
Pièce avec laquelle Duse fit son retour sur scène après douze ans d'absence. Son interprétation d'Ellida, femme hantée par un appel mystérieux venu de la mer, fut saluée comme un événement artistique majeur en Europe.
Anecdotes
Eleonora Duse était la seule grande actrice de son époque à jouer sans maquillage. Là où Sarah Bernhardt se fardait abondamment pour sculpter son visage sous les lumières de la rampe, La Duse apparaissait sur scène avec son vrai visage, ses cheveux naturels grisonnants, ses rides visibles. Les critiques, stupéfaits, rapportaient qu'elle semblait capable de rougir ou de pâlir à volonté, par la seule force de son émotion intérieure.
Sa rivalité avec Sarah Bernhardt est l'une des plus célèbres de l'histoire du théâtre. En 1895, les deux actrices jouèrent la même pièce — La Dame aux camélias — à Londres la même semaine, dans des théâtres différents. Les spectateurs traversaient la ville d'un théâtre à l'autre pour comparer. Le critique George Bernard Shaw trancha en faveur de La Duse : 'Bernhardt joue pour le public, Duse joue pour le personnage.'
Sa liaison tumultueuse avec l'écrivain Gabriele D'Annunzio dura une décennie et fut vécue comme un naufrage artistique autant qu'amoureux. D'Annunzio écrivit pour elle plusieurs pièces — dont La Gioconda et Francesca da Rimini — mais la trahit publiquement en s'inspirant de leur relation dans son roman Le Feu (1900), où il la dépeignit comme une femme vieillissante abandonnée. Blessée, Duse continua pourtant à défendre son œuvre.
En 1909, épuisée et déçue du monde du théâtre, Duse annonça sa retraite définitive à 51 ans. Elle passa douze années dans un quasi-isolement. Mais en 1921, ruinée par la Première Guerre mondiale qui avait détruit ses économies, elle revint sur les planches pour une tournée d'adieu à travers l'Europe et l'Amérique. Elle mourut de pneumonie à Pittsburgh le 21 avril 1924, pendant cette tournée, à 65 ans, sur scène jusqu'à la fin.
Duse fut la première grande actrice à embrasser le répertoire d'Henrik Ibsen, alors considéré comme scandaleux. En jouant Nora dans Maison de poupée ou Hedda Gabler, elle porta sur scène des femmes qui refusaient leur condition sociale — un message révolutionnaire pour le public bourgeois de la Belle Époque. Son interprétation d'Ellida dans La Dame de la mer, en 1921, lors de son grand retour, provoqua des ovations debout dans toute l'Europe.
Sources primaires
La technique de Duse n'est qu'un abandon total de la technique. Elle n'essaie pas de vous émouvoir en faisant semblant d'être émue : elle vous émeut parce qu'elle est réellement dans l'état du personnage qu'elle joue.
Je veux mourir sur scène ou en voyageant — pas dans un lit. Le théâtre est ma seule maison, et le mouvement ma seule santé.
J'ai écrit cette pièce pour les mains d'Eleonora Duse, pour ces mains de grande artiste qui savent tout exprimer sans que les lèvres aient besoin de parler.
Duse m'a révélé ce que j'avais pressenti sans pouvoir le formuler : l'acteur n'imite pas, il vit. Elle n'avait pas de technique visible, et c'est précisément cela qui était sa technique suprême.
Mme Duse accomplit quelque chose que nous n'avions jamais vu : elle fait oublier qu'il y a une scène, des coulisses, un public. On croit assister à une vérité, pas à un spectacle.
Lieux clés
Ville natale d'Eleonora Duse, née le 3 octobre 1858 dans un wagon de train alors que ses parents acteurs étaient en tournée dans la région. Elle y passa peu de temps, ses premières années étant celles d'une enfance nomade au sein d'une troupe itinérante.
Petite ville de la région de Trévise que Duse adopta comme retraite spirituelle et résidence principale lors de ses années de retrait (1909-1921). Elle y est enterrée au cimetière de Sant'Anna ; sa maison est aujourd'hui un lieu de mémoire.
L'un des théâtres italiens où Duse construisit sa réputation nationale dans les années 1880. La scène florentine, exigeante et cultivée, fut un tremplin essentiel avant ses grandes tournées internationales.
Ville de sa première tournée américaine en 1893, où elle triompha dans les grands théâtres de Broadway. Le public américain, moins habitué aux conventions européennes, fut particulièrement réceptif à son jeu naturaliste et sans artifice.
Ville où Eleonora Duse mourut le 21 avril 1924 d'une pneumonie, pendant sa dernière tournée américaine d'adieu. Elle jouait encore quelques jours avant sa mort, refusant d'annuler les représentations malgré sa maladie.
Capitale artistique de la Belle Époque où Duse se produisit régulièrement et où sa rivalité avec Sarah Bernhardt se déroula sous les yeux de la presse internationale. Paris fut aussi le lieu de rencontres avec les grandes figures littéraires et artistiques de l'époque.
Objets typiques

Contrairement à l'opulence baroque de ses contemporaines, Duse portait des costumes intentionnellement austères, souvent dessinés pour effacer la frontière entre la femme et le personnage. Ses tenues de scène ne cherchaient pas l'effet visuel mais la vérité psychologique.

Duse travaillait ses rôles en annotant densément les manuscrits des pièces — notes sur le rythme intérieur, les silences, les intentions cachées. Ces manuscrits annotés, conservés à la Bibliothèque nationale de Rome, témoignent d'une préparation intellectuelle rigoureuse.

Comme toutes les grandes actrices de son époque, Duse voyageait avec une imposante malle contenant costumes, accessoires personnels et correspondances. Elle passa une grande partie de sa vie dans les trains et les chambres d'hôtel, la malle étant son seul chez-soi.

La correspondance entre Duse et D'Annunzio — plusieurs centaines de lettres — constitue un document exceptionnel sur leur relation artistique et sentimentale. Duse y révèle ses doutes, sa générosité et sa douleur face aux trahisons répétées de l'écrivain.

Duse souffrait d'une santé fragile — bronchites chroniques, épuisement — et utilisait régulièrement une chaise longue dans sa loge pour se reposer entre les actes. Elle disait que le silence et la solitude avant d'entrer en scène étaient aussi importants que le jeu lui-même.

À l'ère pré-cinématographique, les grandes tournées théâtrales s'annonçaient par des affiches lithographiées placardées en ville. Les affiches de Duse, plus sobres que celles de Bernhardt, ne misaient pas sur le glamour mais sur son nom seul — désormais suffisant à remplir les salles.
Programmes scolaires
Vocabulaire & tags
Vocabulaire clé
Vie quotidienne
Matin
Duse se levait tard, ayant souvent joué la veille au soir. Elle commençait sa journée par un long moment de silence et de lecture — poésie, philosophie, correspondances. Elle répondait à ses nombreuses lettres le matin, entretenant une correspondance intense avec écrivains, metteurs en scène et amis du monde entier.
Après-midi
L'après-midi était consacré aux répétitions, aux lectures de textes nouveaux et aux discussions avec dramaturges et directeurs de théâtre. Duse n'aimait pas les répétitions dirigistes ; elle préférait explorer les rôles par l'improvisation intérieure et le dialogue avec ses partenaires, cherchant la vérité du personnage plutôt que l'effet scénique.
Soir
Le soir de représentation, Duse s'isolait dans sa loge, refusant toute visite. Contrairement aux actrices de son temps qui se maquillaient longuement, elle passait ce temps à se préparer intérieurement, en silence. Après le spectacle, elle était souvent épuisée, refusant fréquemment les réceptions et soupers mondains pour rentrer se reposer.
Alimentation
Sa santé fragile et ses bronchites chroniques l'obligeaient à une alimentation légère. Elle évitait les repas copieux avant de jouer, se contentant de bouillons, de fruits et de pain. Durant ses tournées, elle souffrait souvent des changements de cuisine et de la difficulté à trouver une nourriture adaptée à ses besoins.
Vêtements
Dans la vie quotidienne, Duse s'habillait avec une sobriété délibérée qui tranchait avec le faste de l'époque. Elle portait des robes amples et sombres, évitant les corsets serrés et les ornements extravagants à la mode sous la Belle Époque. Ce choix vestimentaire prolongeait son refus des artifices scéniques : elle voulait que le corps reste libre et expressif.
Habitat
Sa vie fut celle d'une nomade — hôtels, maisons louées, appartements provisoires dans les villes de tournée. Son véritable refuge fut la villa d'Asolo, en Vénétie, une maison simple entourée de jardins où elle se retirait entre deux tournées pour soigner sa santé et retrouver le silence. Elle n'accumula jamais de luxe, vivant dans une sobriété élégante qui reflétait son rapport à l'essentiel.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
La Dame aux camélias (La Signora delle camelie)
1880-1909
Maison de poupée (Casa di bambola) d'Ibsen
1891
Hedda Gabler d'Ibsen
1898
La Gioconda de Gabriele D'Annunzio
1899
Rosmersholm d'Ibsen
1906
La Dame de la mer (La donna del mare) d'Ibsen
1921






