Élisabeth Badinter(1944 — ?)

Élisabeth Badinter

France

9 min de lecture

PhilosophieSociétéPhilosopheXXe siècleFrance de la seconde moitié du XXe siècle et du début du XXIe siècle, marquée par les luttes féministes, la libéralisation des mœurs et les débats sur l'égalité des sexes

Philosophe et historienne française, née en 1944, héritière du groupe Publicis. Elle a profondément renouvelé la réflexion sur la condition féminine, la maternité et l'identité, s'inscrivant dans un féminisme universaliste et républicain.

Questions fréquentes

Élisabeth Badinter, née en 1944, est une philosophe et historienne française qui a profondément renouvelé la réflexion sur la condition féminine. Ce qui la distingue des autres féministes, c'est son universalisme républicain : elle refuse toute différence essentielle entre hommes et femmes et combat ce qu'elle appelle le différentialisme, qui selon elle risque de réassigner les femmes à des rôles naturels. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elle s'inscrit dans la lignée de Simone de Beauvoir tout en critiquant certaines dérives du féminisme contemporain.

Citations célèbres

« L'amour maternel n'est pas un instinct mais un sentiment, et comme tout sentiment, il est incertain, fragile et imparfait.»
« Le féminisme n'est pas une guerre contre les hommes, c'est une lutte pour l'égalité.»

Faits marquants

  • Née le 5 mars 1944 à Paris, fille de Marcel Bleustein-Blanchet, fondateur de Publicis
  • Publie L'Amour en plus (1980), remettant en cause le mythe de l'instinct maternel
  • Publie L'Un est l'Autre (1986), sur l'évolution des rapports entre hommes et femmes
  • Enseigne la philosophie à l'École polytechnique pendant plusieurs décennies
  • Publie Le Conflit, la femme et la mère (2010), critique du mouvement naturaliste et pro-allaitement

Œuvres & réalisations

L'Amour en plus — Histoire de l'amour maternel (XVIIe-XXe siècle) (1980)

Son œuvre fondatrice, dans laquelle elle démontre à travers les archives historiques que l'amour maternel n'est pas un instinct universel mais un sentiment apparu progressivement en Occident. Le livre bouleverse les représentations de la maternité et devient un classique du féminisme.

Émilie, Émilie — L'ambition féminine au XVIIIe siècle (1983)

Portrait croisé d'Émilie du Châtelet (mathématicienne et compagne de Voltaire) et de Louise d'Épinay (femme de lettres). Badinter montre comment ces femmes exceptionnelles ont concilié ambition intellectuelle et vie mondaine dans un siècle qui les contraignait au silence.

L'Un est l'Autre — Des relations entre hommes et femmes (1986)

Essai philosophique et anthropologique analysant la convergence progressive des rôles masculins et féminins à travers l'histoire. Badinter y défend un idéal d'égalité fondé sur la similitude des êtres humains plutôt que sur la différence des sexes.

XY — De l'identité masculine (1992)

Étude sur la construction de l'identité masculine à travers les cultures et les époques. Badinter montre que la virilité est une conquête fragile, sans cesse à prouver, et que les hommes sont souvent les premières victimes d'une masculinité trop rigide.

Fausse route (2003)

Pamphlet contre certaines dérives du féminisme contemporain, notamment le féminisme différentialiste et victimaire. Badinter y défend un féminisme d'égalité universaliste contre ce qu'elle considère comme un retour dangereux aux essences féminines.

Les Passions intellectuelles (3 tomes) (1999-2007)

Grande fresque sur les philosophes des Lumières et leur rapport à la connaissance, à la gloire et au pouvoir. Badinter y retrace les combats d'Helvétius, Condorcet et d'Alembert, montrant comment l'esprit critique s'est imposé face à l'obscurantisme.

Le Conflit — La femme et la mère (2010)

Essai polémique dénonçant le retour d'un naturalisme qui, sous couvert d'allaitement prolongé et de maternage intensif, remet les femmes dans un rôle maternel exclusif. Badinter y voit une menace directe pour l'émancipation féminine conquise de haute lutte.

Anecdotes

En 1980, Élisabeth Badinter publie 'L'Amour en plus', dans lequel elle affirme que l'amour maternel n'est pas un instinct naturel mais une construction culturelle et historique. L'ouvrage crée un tollé : des milliers de lettres d'insultes lui parviennent, mais aussi de nombreux témoignages de mères soulagées d'enfin voir leur ambivalence reconnue. Le livre devient un best-seller traduit dans une vingtaine de langues.

Grande amie de Simone de Beauvoir, Élisabeth Badinter a souvent décrit l'autrice du 'Deuxième Sexe' comme une source d'inspiration intellectuelle majeure. Lors des funérailles de Beauvoir en 1986, elle est l'une des premières à lui rendre hommage publiquement, soulignant la dette de toute une génération de femmes envers cette pionnière.

Son mari Robert Badinter, nommé Garde des Sceaux par François Mitterrand en 1981, fait abolir la peine de mort en France la même année. Élisabeth Badinter dira plus tard que ce combat partagé contre toutes les formes d'oppression a profondément marqué leur vie commune et renforcé ses propres convictions humanistes.

Dans les années 2000, Élisabeth Badinter prend des positions très tranchées contre le mouvement dit du 'maternalisme', qui valorise l'allaitement prolongé et l'accouchement sans péridurale au nom de la nature. Dans 'Le Conflit' (2010), elle accuse ce courant de refaire entrer les femmes dans un carcan naturel après des décennies de lutte pour leur liberté.

En tant qu'héritière du groupe Publicis, l'une des plus grandes agences de communication mondiales, Élisabeth Badinter se retrouve parfois en porte-à-faux : on lui reproche de défendre une industrie publicitaire accusée de véhiculer des stéréotypes sexistes. Elle assume cette contradiction, estimant que son travail d'intellectuelle est indépendant de ses intérêts économiques.

Sources primaires

L'Amour en plus — Histoire de l'amour maternel (1980)
L'amour maternel est un sentiment humain. Et comme tout sentiment, il est incertain, fragile et imparfait. Contrairement aux idées reçues, il n'est peut-être pas inscrit si profondément dans la nature féminine.
L'Un est l'Autre — Des relations entre hommes et femmes (1986)
L'humanité a longtemps cru que la différence entre les sexes était la loi fondamentale de l'univers. Aujourd'hui, une autre loi se dessine : la similitude des sexes, qui n'efface pas la différence mais lui ôte son caractère essentiel et hiérarchique.
XY — De l'identité masculine (1992)
Être un homme ne va pas de soi. Contrairement à la femme, dont l'identité est portée par son corps, l'homme doit se construire, se prouver. La masculinité est une conquête fragile, sans cesse menacée.
Fausse route (2003)
En voulant s'appuyer sur les différences biologiques pour revendiquer une place spécifique dans la société, certaines féministes font fausse route : elles renforcent exactement les arguments de ceux qui ont toujours prétendu que la femme est 'autrement' faite pour justifier son infériorité.
Le Conflit — La femme et la mère (2010)
Le retour en force d'un certain naturalisme fait peser une culpabilité nouvelle sur les femmes qui ne veulent pas ou ne peuvent pas allaiter, accoucher sans péridurale, ou rester au foyer. C'est au nom de la nature que l'on tente aujourd'hui de reconstituer la cage d'hier.

Lieux clés

Boulogne-Billancourt

Ville de naissance d'Élisabeth Badinter en 1944. C'est dans ce milieu bourgeois et cultivé de la banlieue parisienne qu'elle grandit, dans une famille marquée par la réussite entrepreneuriale de son père Marcel Bleustein-Blanchet.

Sciences Po Paris

Élisabeth Badinter y effectue une partie de sa formation universitaire, se forgeant une solide culture politique et historique qui nourrit toute son œuvre de philosophe et d'historienne des idées.

École Polytechnique, Palaiseau

Elle y enseigne la philosophie et l'histoire des idées depuis les années 1970, formant pendant des décennies des générations d'ingénieurs à la pensée critique et aux grandes questions de la condition humaine.

Paris — VIe arrondissement (Saint-Germain-des-Prés)

Quartier de résidence et de travail d'Élisabeth Badinter, au cœur de la vie intellectuelle et éditoriale parisienne, proche des grandes maisons d'édition et des cafés littéraires qui ont vu naître le féminisme français.

Siège du groupe Publicis, Paris

En tant qu'héritière et actionnaire principale du groupe Publicis fondé par son père, Badinter est liée au destin de ce géant mondial de la communication, ce qui l'expose à des critiques sur la compatibilité entre militantisme féministe et intérêts économiques.

Voir aussi