Sociologue et féministe matérialiste française, Christine Delphy co-fonde le Mouvement de Libération des Femmes en 1970. Elle théorise le patriarcat comme système d'exploitation économique des femmes et développe le concept de mode de production domestique.
Questions fréquentes
Citations célèbres
« Le féminisme est un mouvement social qui a pour but l'abolition du patriarcat.»
« Les femmes constituent une classe sociale opprimée par les hommes.»
Faits marquants
- Née en 1941 à Paris, directrice de recherche au CNRS
- Co-fonde le Mouvement de Libération des Femmes (MLF) en 1970
- Publie L'Ennemi principal (1970), texte fondateur du féminisme matérialiste français
- Co-fonde la revue Questions féministes en 1977 avec Simone de Beauvoir
- Développe la théorie du mode de production domestique, analysant le travail ménager comme exploitation économique
Œuvres & réalisations
Article fondateur du féminisme matérialiste français, publié dans la revue Partisans. Delphy y démontre que les femmes constituent une classe sociale exploitée économiquement par les hommes via le travail domestique non rémunéré, et que le mariage est le rapport de production central de cette exploitation.
Avec Simone de Beauvoir et d'autres féministes, Delphy crée cette revue académique qui devient la tribune du féminisme matérialiste francophone. Après une crise interne, elle se transforme en 'Nouvelles Questions féministes' en 1981, toujours publiée aujourd'hui.
Recueil de ses textes majeurs publiés depuis 1970, synthétisant sa théorie du patriarcat comme système d'exploitation économique distinct du capitalisme. Référence incontournable des études de genre en France et dans les pays francophones.
Second recueil dans lequel Delphy approfondit sa réflexion sur la construction sociale du genre, défendant la thèse que le genre précède et construit la perception du sexe biologique — une position qui fait débat dans le féminisme international.
Ouvrage dans lequel Delphy étend son analyse à l'intersectionnalité, en croisant genre, race et classe sociale. Elle y critique notamment la montée de l'islamophobie en France et propose une réflexion sur les logiques communes de domination.
Anecdotes
Le 26 août 1970, Christine Delphy participe à une action symbolique fondatrice du féminisme français : un groupe de femmes du MLF naissant tente de déposer une gerbe sous l'Arc de Triomphe, dédiée à 'la femme du soldat inconnu, plus inconnue que lui'. Les participantes sont arrêtées, mais l'événement est repris par la presse et marque la naissance publique du Mouvement de Libération des Femmes.
Avant de devenir la théoricienne du féminisme matérialiste, Christine Delphy étudie la sociologie aux États-Unis dans les années 1960, notamment à Chicago et à Berkeley. Ce séjour lui permet de découvrir les premiers cercles féministes américains et les débats sur le travail non rémunéré des femmes, qui nourrissent sa réflexion pour les décennies suivantes.
En 1970, Christine Delphy publie 'L'ennemi principal', un article qui fait scandale : elle y soutient que les femmes forment une classe sociale exploitée économiquement par les hommes, au même titre que les ouvriers le sont par le patronat. La comparaison entre le patriarcat et le capitalisme choque autant qu'elle fascine, et le texte est rapidement traduit dans de nombreuses langues.
En 1977, Christine Delphy co-fonde avec Simone de Beauvoir la revue 'Questions féministes', qui devient la tribune du féminisme matérialiste en France. La revue provoque des débats houleux y compris au sein du mouvement féministe, notamment autour d'une question centrale : les différences entre hommes et femmes sont-elles biologiques ou entièrement construites par la société ? Delphy défend fermement la seconde option.
Directrice de recherche au CNRS, Christine Delphy doit pendant des années batailler pour faire reconnaître le féminisme comme discipline universitaire sérieuse. Dans les années 1980, son concept de 'mode de production domestique' — l'idée que le travail ménager gratuit des femmes est une forme d'exploitation économique comparable au salariat — commence à s'imposer dans les cursus de sociologie en France et en Europe.
Sources primaires
Les femmes constituent une classe sociale dont l'exploitation prend la forme du travail domestique gratuit fourni au sein du mariage. Cette exploitation n'est pas accessoire : elle est le fondement matériel de l'oppression des femmes.
Le mouvement de libération des femmes ne peut se contenter de revendiquer l'égalité dans un système fondé sur l'inégalité. Il s'agit de transformer les structures de base de la société, et non simplement d'y intégrer les femmes à parité.
Le travail domestique n'est pas gratuit parce qu'il serait sans valeur ; il est sans valeur marchande parce qu'il est effectué gratuitement, dans un rapport de production spécifique : le mariage.
Le genre précède le sexe : ce n'est pas la différence biologique qui crée le genre, mais le genre qui donne un sens social à la différence biologique. Le genre est une catégorie de hiérarchie, non de différence.
Lieux clés
Christine Delphy naît à Paris en 1941 et y mène toute son activité intellectuelle et militante. La rive gauche — Saint-Germain-des-Prés, le Quartier latin — est le cœur de la vie universitaire et féministe dans laquelle elle évolue.
Le 26 août 1970, Christine Delphy participe à l'action symbolique du MLF sous l'Arc de Triomphe, tentant de déposer une gerbe pour 'la femme du soldat inconnu'. Ce lieu devient un symbole fondateur du féminisme français de la deuxième vague.
Christine Delphy y étudie la sociologie dans les années 1960, découvrant la sociologie critique américaine et les premiers cercles féministes qui vont transformer profondément sa pensée sur le travail et l'exploitation.
Christine Delphy y travaille comme directrice de recherche pendant la majeure partie de sa carrière. C'est dans ce cadre institutionnel qu'elle développe et publie ses théories sur le patriarcat et le mode de production domestique.
Institution académique où Christine Delphy intervient régulièrement en séminaire. L'EHESS est l'un des lieux clés de légitimation universitaire des études de genre en France, auxquelles Delphy contribue durablement.
Objets typiques

Christine Delphy rédige ses articles fondateurs à la machine à écrire dans les années 1970. Ses textes circulent d'abord sous forme de ronéotypes (documents photocopiés artisanalement) avant d'être publiés dans des revues académiques.
📷 Domaine public · Wikimedia Commons ↗
Cette revue co-fondée par Delphy en 1977 est l'outil central de diffusion du féminisme matérialiste français. Chaque numéro est collectivement relu et débattu par le comité de rédaction avant publication, incarnant le principe de travail collectif du mouvement.

Chercheuse de terrain, Delphy utilise des carnets pour consigner ses observations sur le travail domestique et les inégalités économiques au sein des ménages, base empirique de ses théories sur le mode de production domestique.

Les premières actions du MLF auxquelles Delphy participe utilisent des banderoles peintes à la main. Celle prévue pour l'Arc de Triomphe en août 1970 — 'à la femme du soldat inconnu, plus inconnue que lui' — est devenue un symbole du féminisme français.

Lors de ses études aux États-Unis dans les années 1960, Delphy découvre les travaux des sociologues américains sur la famille et le travail non rémunéré, qui vont nourrir sa réflexion théorique pendant des décennies.

Directrice de recherche au CNRS, Christine Delphy constitue des dossiers documentaires sur les statistiques économiques des ménages, le droit de la famille et les conditions de travail des femmes, base empirique indispensable à ses démonstrations théoriques.
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Vie quotidienne
Matin
Christine Delphy commence ses journées par la lecture de la presse et de revues académiques françaises et étrangères. Directrice de recherche au CNRS, elle se rend à son laboratoire ou travaille depuis chez elle, annotant des textes sociologiques et rédigeant ses propres articles théoriques.
Après-midi
Ses après-midis sont souvent consacrées au travail collectif : réunions du comité de rédaction de 'Questions féministes', groupes de travail féministes, séminaires à l'EHESS ou colloques universitaires. La dimension collective de la production intellectuelle est une valeur centrale dans sa pratique.
Soir
Les soirées sont fréquemment occupées par des débats publics, des conférences dans des amphithéâtres universitaires ou des réunions militantes dans des appartements parisiens. Christine Delphy est aussi une lectrice assidue de philosophie, de littérature et de théorie politique internationale.
Alimentation
Comme beaucoup d'intellectuels parisiens de sa génération, Christine Delphy fréquente les bistrots et cafés de la rive gauche, lieux informels de discussion et d'échange. Les repas sont des moments de sociabilité autant que de nourriture, au cours desquels les débats théoriques se prolongent naturellement.
Vêtements
Christine Delphy adopte une tenue sobre et fonctionnelle, caractéristique des militantes féministes de la deuxième vague qui rejettent consciemment les codes vestimentaires jugés aliénants. Pantalons, vestes pratiques, coiffure sans apprêt : sa façon de s'habiller est en elle-même un refus revendiqué des injonctions faites aux femmes.
Habitat
Christine Delphy vit dans un appartement de la rive gauche parisienne, proche des institutions académiques et des lieux de vie intellectuelle. Comme plusieurs féministes de sa génération, elle choisit de vivre seule, refusant le modèle du foyer traditionnel qu'elle analyse précisément comme une structure d'exploitation économique.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
L'ennemi principal (article)
1970
Co-fondation de la revue 'Questions féministes'
1977
L'ennemi principal, tome 1 : Économie politique du patriarcat
1998
L'ennemi principal, tome 2 : Penser le genre
2001
Classer, dominer. Qui sont les 'autres' ?
2008






