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Erwin Chargaff(1905 — 2002)

Erwin Chargaff

États-Unis, Autriche

6 min de lecture

SciencesXXe siècleXXe siècle, période fondatrice de la biologie moléculaire entre l'entre-deux-guerres et l'après-Seconde Guerre mondiale

Biochimiste austro-américain d'origine juive, il établit dans les années 1950 les règles de composition des bases de l'ADN. Ses travaux ont fourni un indice décisif pour la découverte de la structure en double hélice par Watson et Crick.

Questions fréquentes

Erwin Chargaff (1905-2002) est un biochimiste austro-américain dont les travaux dans les années 1940-1950 ont fourni un indice décisif pour la découverte de la structure de l'ADN. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il a montré que dans l'ADN de toutes les espèces, la quantité d'adénine égale celle de thymine, et la guanine égale celle de cytosine : ce sont les règles de Chargaff. Moins une découverte spectaculaire qu'une clé silencieuse, ces équivalences ont permis à Watson et Crick de comprendre l'appariement des bases dans la double hélice en 1953.

Faits marquants

  • Né en 1905 à Czernowitz (Autriche-Hongrie), il émigre aux États-Unis en 1935 pour fuir le nazisme.
  • Formule en 1950 les « règles de Chargaff » : dans l'ADN, la quantité d'adénine (A) égale celle de thymine (T), et la guanine (G) égale la cytosine (C).
  • Ses analyses montrent que la composition de l'ADN varie selon les espèces, contredisant l'hypothèse du « tétranucléotide ».
  • Ses résultats fournissent en 1953 une clé essentielle au modèle de double hélice de Watson et Crick.
  • Professeur de biochimie à l'université Columbia, il meurt en 2002 à New York.

Œuvres & réalisations

Règles de Chargaff (équivalence des bases) (1950)

Découverte que dans l'ADN A=T et G=C, indice décisif qui orienta la compréhension de l'appariement des bases dans la double hélice.

Études sur la composition des acides nucléiques (1948-1952)

Série d'analyses par chromatographie montrant que la composition de l'ADN varie selon les espèces, réfutant l'idée d'un ADN uniforme.

« Chemical specificity of nucleic acids » (Experientia) (1950)

Article fondateur exposant ses observations sur les rapports entre bases azotées de l'ADN.

« The Nucleic Acids » (ouvrage collectif dirigé avec J. N. Davidson) (1955)

Traité de référence en trois volumes qui fit le point sur la chimie des acides nucléiques au milieu du XXe siècle.

« Heraclitean Fire: Sketches from a Life Before Nature » (1978)

Autobiographie au style littéraire remarqué, mêlant souvenirs scientifiques et réflexions critiques sur la science moderne.

Essais critiques sur la biologie moléculaire (1971-1990)

Textes où Chargaff met en garde contre les dérives du génie génétique et la marchandisation de la recherche.

Anecdotes

En 1944, Erwin Chargaff lit l'article d'Oswald Avery prouvant que l'ADN, et non les protéines, porte l'information héréditaire. Il dira plus tard que cette découverte l'a tellement bouleversé qu'il a aussitôt réorienté tout son laboratoire vers l'étude de l'ADN.

En analysant l'ADN de nombreuses espèces, Chargaff fait une observation étonnante : la quantité d'adénine est toujours égale à celle de thymine, et la guanine égale à la cytosine. Ces « règles de Chargaff » deviendront un indice capital pour comprendre l'appariement des bases dans la double hélice.

En 1952, Chargaff rencontre à Cambridge deux jeunes chercheurs, James Watson et Francis Crick. Il les jugea peu sérieux et ne fut guère impressionné, mais c'est en partie grâce à ses propres règles qu'ils résolurent l'année suivante la structure de l'ADN.

Devenu célèbre, Chargaff se montra de plus en plus critique envers la biologie moléculaire qu'il avait contribué à fonder. Il comparait les apprentis sorciers du génie génétique à ceux qui jouent avec des forces qu'ils ne maîtrisent pas, et écrivit des essais où il citait Goethe et les poètes plutôt que des formules.

Né à Czernowitz, à la lisière orientale de l'Empire austro-hongrois, Chargaff parlait plusieurs langues et fut un écrivain raffiné. Sa fuite face au nazisme, de Vienne à Paris puis à New York, marqua profondément un homme qui se sentit toute sa vie un exilé.

Sources primaires

Chargaff, E. « Chemical specificity of nucleic acids and mechanism of their enzymatic degradation », Experientia (1950)
Le rapport des purines totales aux pyrimidines totales, et aussi de l'adénine à la thymine et de la guanine à la cytosine, était proche de l'unité dans tous les acides désoxyribonucléiques étudiés.
Chargaff, E. « Heraclitean Fire: Sketches from a Life Before Nature » (autobiographie) (1978)
Je vis devant moi, en lettres noires, l'éclair d'un avenir : nous étions au seuil d'une science nouvelle, la chimie de l'hérédité.
Chargaff, E. « Preface to a Grammar of Biology », Science (1971)
La biologie moléculaire est exercée par des hommes qui en savent de moins en moins sur de plus en plus de choses, jusqu'à tout savoir sur rien.

Lieux clés

Czernowitz

Ville natale de Chargaff, alors capitale de la Bucovine dans l'Empire austro-hongrois, réputée pour son cosmopolitisme et sa vie intellectuelle.

Université de Vienne

Chargaff y fait ses études de chimie et y obtient son doctorat en 1928, dans une capitale alors en pleine effervescence scientifique et culturelle.

Université Columbia, New York

Lieu de l'essentiel de la carrière de Chargaff à partir de 1935 ; c'est là qu'il établit ses règles sur la composition de l'ADN.

Cambridge, Royaume-Uni

Chargaff y rencontre Watson et Crick en 1952 au laboratoire Cavendish, peu avant qu'ils ne résolvent la structure de l'ADN.

Paris

Étape de son exil dans les années 1930, où Chargaff travaille à l'Institut Pasteur avant de gagner les États-Unis.

New York

Ville où Chargaff vécut la majeure partie de sa vie adulte et où il mourut en 2002.

Voir aussi