Étienne de La Boétie(1530 — 1563)

Étienne de La Boétie

France

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Écrivain, poète et homme politique français de la Renaissance (1530-1563). Auteur du célèbre Discours de la servitude volontaire, il s'interroge sur les raisons pour lesquelles les peuples acceptent l'oppression. Ami de Montaigne, il incarne la pensée humaniste critique du XVIe siècle.

Questions fréquentes

Étienne de La Boétie (1530-1563) est un écrivain et magistrat de la Renaissance française, surtout connu pour son Discours de la servitude volontaire. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il pose une question révolutionnaire : pourquoi les peuples acceptent-ils la tyrannie ? Il montre que le tyran n'a de pouvoir que par la complicité passive de ses sujets. Ce texte, rédigé à l'adolescence, fera de lui une référence pour la pensée libertaire et la désobéissance civile.

Faits marquants

  • 1530 : Naissance à Sarlat en Périgord
  • 1548-1553 : Études à Montpellier et Toulouse, formation juridique
  • 1558 : Rédaction du Discours de la servitude volontaire (œuvre majeure de critique du pouvoir absolu)
  • 1560 : Carrière politique en Guyenne, officier du Parlement de Bordeaux
  • 1563 : Mort prématurée à 33 ans (août)

Œuvres & réalisations

Discours de la servitude volontaire (vers 1549)

Œuvre majeure de philosophie politique interrogeant les raisons pour lesquelles les peuples acceptent la tyrannie. Texte fondateur de la pensée libertaire et de la désobéissance civile.

Vingt-neuf sonnets (vers 1555-1560)

Recueil de poèmes amoureux d'inspiration pétrarquiste, publiés par Montaigne dans les Essais. Ils témoignent du talent poétique de La Boétie.

Mémoire sur l'édit de janvier 1562 (1562)

Texte politique dans lequel La Boétie analyse la situation religieuse en France et propose des voies de conciliation entre catholiques et protestants.

Traduction des Règles de mariage de Plutarque (vers 1558-1560)

Traduction du grec ancien témoignant de l'érudition humaniste de La Boétie et de son intérêt pour la philosophie morale antique.

Traduction de l'Économique de Xénophon (vers 1558-1560)

Traduction d'un traité grec sur la gestion du foyer et de l'agriculture, illustrant le goût de La Boétie pour les textes pratiques de l'Antiquité.

Vers français et latins (vers 1550-1563)

Poèmes divers en français et en latin, légués à Montaigne. Ils révèlent un poète maîtrisant les formes classiques et néo-latines.

Anecdotes

Étienne de La Boétie aurait rédigé le Discours de la servitude volontaire alors qu'il n'avait que 16 ou 18 ans, ce qui stupéfia ses contemporains par la maturité de sa pensée politique. Ce texte circula d'abord sous forme manuscrite parmi les cercles humanistes avant d'être publié bien après sa mort.

Sa rencontre avec Michel de Montaigne, vers 1558, donna naissance à l'une des amitiés les plus célèbres de la littérature française. Montaigne écrivit dans ses Essais la phrase devenue mythique : « Parce que c'estoit luy, parce que c'estoit moy », pour expliquer ce lien indéfectible.

La Boétie mourut à seulement 32 ans, probablement de la dysenterie ou de la peste, le 18 août 1563 à Germignan, près de Bordeaux. Montaigne, présent à son chevet, fut profondément marqué par cette agonie et en fit un récit détaillé dans une lettre à son père.

Conseiller au parlement de Bordeaux dès l'âge de 23 ans, La Boétie participa activement aux tentatives de conciliation entre catholiques et protestants pendant les guerres de Religion. Il fut envoyé en mission diplomatique en Agenais par le chancelier Michel de L'Hospital en 1562.

Le Discours de la servitude volontaire fut récupéré après sa mort par les protestants huguenots qui le publièrent dans le recueil Mémoires de l'Estat de France sous Charles neufiesme en 1576, lui donnant une portée politique que La Boétie n'avait peut-être pas initialement voulue.

Sources primaires

Discours de la servitude volontaire (vers 1549)
Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres. Je ne veux pas que vous le poussiez ou l'ébranliez, mais seulement ne le soutenez plus, et vous le verrez, comme un grand colosse à qui on a dérobé la base, de son poids même fondre en bas et se rompre.
Essais, livre I, chapitre XXVIII – De l'amitié (Montaigne) (1580)
Au demeurant, ce que nous appelons ordinairement amis et amitiés, ce ne sont qu'accointances et familiarités… En l'amitié de quoi je parle, elles se mêlent et confondent l'une en l'autre, d'un mélange si universel qu'elles effacent et ne retrouvent plus la couture qui les a jointes.
Lettre de Montaigne à son père sur la mort de La Boétie (1563)
Il me pria d'appeler sa femme, et lui dit avec un visage aussi tranquille qu'il pouvait, qu'il la priait de vouloir bien être l'héritière de sa bibliothèque, et que c'était peu de chose pour le mérite d'une si bonne femme.
Vingt-neuf sonnets d'Étienne de La Boétie (vers 1555-1560)
Si je n'avais le cœur si ferme en l'amitié, / Ton absence m'eût mis en étrange souci ; / Mais je sais bien qu'en toi j'ai trouvé la moitié / De moi-même, et qu'absent tu m'aimes tout ainsi.

Lieux clés

Sarlat-la-Canéda

Ville natale de La Boétie en Périgord. Sa maison natale, avec sa remarquable façade Renaissance, est toujours visible dans le centre historique.

Bordeaux – Parlement de Guyenne

Siège du parlement où La Boétie exerça comme conseiller de 1553 à sa mort. C'est aussi dans cette ville qu'il rencontra Montaigne.

Collège de Guyenne, Bordeaux

Prestigieux établissement humaniste où La Boétie fit ses études. C'est probablement là qu'il rédigea le Discours de la servitude volontaire.

Germignan (Le Taillan-Médoc)

Lieu où La Boétie mourut le 18 août 1563, dans une maison de campagne, en présence de Montaigne qui relata ses derniers instants.

Château de Montaigne, Saint-Michel-de-Montaigne

Demeure de Michel de Montaigne où celui-ci conserva les manuscrits que La Boétie lui avait légués à sa mort, dont ses poèmes et traductions.

Voir aussi