Ferdowsi(940 — 1020)

Ferdowsi

Empire ghaznévide, empire samanide

7 min de lecture

LettresMoyen ÂgeMoyen Âge islamique — époque des dynasties Samanide et Ghaznévide en Perse orientale (Xe-XIe siècle)

Ferdowsi (vers 940-1020) est le plus grand poète épique de la littérature persane. Il est l'auteur du Shâhnâmeh (« Livre des Rois »), épopée de 60 000 distiques retraçant l'histoire mythique et légendaire de la Perse.

Questions fréquentes

Ferdowsi (vers 940-1020) est l'auteur du Shâhnâmeh (« Livre des Rois »), une épopée monumentale de près de 60 000 distiques qui retrace l'histoire mythique et légendaire de la Perse. Ce qui le rend unique, c'est qu'il a passé plus de trente ans à écrire cette œuvre, presque seul, en puisant dans des sources moyen-perses et des traditions orales. Ce qu'il faut retenir, c'est que le Shâhnâmeh est bien plus qu'un poème : c'est le texte fondateur de l'identité culturelle iranienne, un véritable monument de résistance linguistique face à l'arabisation après la conquête islamique. Moins un simple récit qu'un acte politique et culturel, il a permis de préserver la langue persane et les valeurs de l'Iran préislamique.

Citations célèbres

« Le savoir est meilleur que la richesse : le savoir te garde, toi, tandis que tu dois garder la richesse.»

Faits marquants

  • Vers 940 : naissance à Tus, en Khorasan (actuel Iran)
  • 977-1010 : rédaction du Shâhnâmeh sur plus de trente ans
  • 1010 : présentation du Shâhnâmeh au sultan Mahmoud de Ghazni
  • Le Shâhnâmeh compte environ 60 000 distiques, soit l'une des plus longues épopées de la littérature mondiale
  • Vers 1020 : mort à Tus ; son œuvre contribue à la renaissance et à la pérennité de la langue persane

Œuvres & réalisations

Shâhnâmeh (Livre des Rois) (vers 977-1010)

Épopée monumentale de près de 60 000 distiques retraçant l'histoire mythique, légendaire et historique de la Perse depuis la création du monde jusqu'à la conquête arabe du VIIe siècle. Chef-d'œuvre absolu de la littérature persane, elle demeure un texte fondateur de l'identité culturelle iranienne.

Yusuf et Zuleikha (attribution débattue) (vers 1010)

Poème romanesque d'inspiration coranique relatant l'histoire de Joseph et de la femme de Putiphar. Longtemps attribué à Ferdowsi, son authenticité est aujourd'hui contestée par les spécialistes.

Satire contre le sultan Mahmoud (qasida) (vers 1010)

Court poème de protestation composé après la déception de la récompense royale, dans lequel Ferdowsi exprime son amertume. Il constitue un témoignage rare sur les relations conflictuelles entre poètes et mécènes au Moyen Âge islamique.

Anecdotes

Ferdowsi consacra plus de trente ans de sa vie à la rédaction du Shâhnâmeh, travaillant sans relâche malgré la pauvreté croissante de sa famille. Selon la tradition, il espérait que la récompense du sultan Mahmoud de Ghazni lui permettrait d'irriguer les terres de son village natal de Tus.

Lorsque Mahmoud de Ghazni lui envoya enfin sa récompense — soixante mille pièces d'argent au lieu des soixante mille pièces d'or promises —, Ferdowsi, profondément blessé, distribua la somme à un boulanger et un bain public avant de fuir la cour. Il aurait composé une satire cinglante contre le sultan avant de prendre la fuite.

Le Shâhnâmeh contient près de 60 000 distiques (120 000 vers), ce qui en fait l'une des plus longues épopées poétiques de l'histoire mondiale, surpassant l'Iliade et l'Odyssée réunies. Ferdowsi l'aurait rédigé presque entièrement seul, s'appuyant sur des sources moyen-perses et des chroniques orales.

La légende veut que le sultan Mahmoud, pris de remords tardifs, ait finalement envoyé une caravane chargée d'or à Ferdowsi — mais que le convoi soit arrivé à Tus précisément au moment où le cercueil du poète en sortait par une porte de la ville. Sa fille, fière, aurait refusé l'or.

Ferdowsi introduisit délibérément un minimum de mots arabes dans son œuvre, affirmant vouloir préserver la langue persane pure. Cette décision littéraire et identitaire fit du Shâhnâmeh un monument de résistance culturelle face à l'arabisation progressive du monde iranien après la conquête islamique.

Sources primaires

Shâhnâmeh (Livre des Rois) (vers 977-1010)
« J'ai beaucoup souffert en ces trente années, mais j'ai fait revivre la Perse par la langue persane. » (prologue, traduction approximative)
Chahar Maqala (Les Quatre Discours) — Nizami Arouzi de Samarcande (vers 1156)
« Ferdowsi était un homme de grande intelligence et de vaste savoir ; il avait étudié les livres des anciens rois et connaissait les traditions des héros persans. »
Târikh-e Sistân (Histoire du Sistan) (XIe-XIIe siècle)
Chronique anonyme qui mentionne Ferdowsi parmi les grands lettrés de l'Iran oriental et évoque la composition du Shâhnâmeh sous le patronage initial des Samanides.
Satire contre Mahmoud (qasida attribuée à Ferdowsi) (vers 1010)
« Si le roi avait eu un père noble, il aurait posé une couronne d'or sur ma tête. » Poème de protestation composé après la déception de la récompense royale.

Lieux clés

Tus, Khorasan (Iran)

Ville natale de Ferdowsi, dans le Khorasan oriental. C'est là qu'il naquit, travailla la majeure partie de sa vie et mourut. Son mausolée, reconstruit au XXe siècle, s'y trouve encore.

Ghazni (Afghanistan)

Capitale du sultanat ghaznévide et cour du sultan Mahmoud, à qui Ferdowsi dédia le Shâhnâmeh. C'est dans cette ville que le poète vécut l'humiliation de la récompense insuffisante.

Nichapour (Nishapur), Khorasan

Grande métropole intellectuelle et commerciale du Khorasan, centre de la culture persane médiévale. Ferdowsi y aurait séjourné et y côtoya d'autres lettrés de son époque.

Boukhara (Ouzbékistan)

Capitale de la dynastie samanide, premier foyer du renouveau de la poésie persane. C'est dans ce contexte culturel samanide que le projet du Shâhnâmeh prit naissance.

Herat (Afghanistan)

Ville étape sur les routes caravanières du Khorasan oriental, Hérat était un important centre culturel. Ferdowsi y aurait trouvé refuge après sa rupture avec Mahmoud.

Voir aussi