Filippo Lippi(1406 — 1469)

Fra Filippo Lippi

République florentine

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Arts visuelsSpiritualitéArtisteRenaissanceRenaissance italienne, Quattrocento florentin sous les Médicis

Peintre florentin du Quattrocento (1406-1469), moine carme qui devint l'un des maîtres de la peinture religieuse italienne. Célèbre pour ses Madones aux traits humains et tendres, il influença Botticelli dont il fut le maître.

Questions fréquentes

Fra Filippo Lippi (1406-1469) est un peintre florentin du Quattrocento, moine carme devenu l'un des maîtres de la peinture religieuse. Ce qui le rend décisif, c'est qu'il a révolutionné la représentation de la Vierge en lui donnant des traits humains et tendres, inspirés de vrais visages florentins, contrairement aux Madones hiératiques médiévales. Il fut aussi le maître de Botticelli. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il incarne le passage du gothique à la Renaissance par l'humanisation du sacré.

Faits marquants

  • Né vers 1406 à Florence, orphelin entré au couvent des Carmes à 8 ans
  • Influencé par Masaccio dont il observe les fresques à la chapelle Brancacci
  • Travailla sous la protection de Côme de Médicis à partir des années 1430
  • Peignit de célèbres fresques pour la cathédrale de Prato (1452-1466)
  • Maître de Botticelli, qu'il forma dans son atelier ; mort à Spolète en 1469

Œuvres & réalisations

Madone à l'Enfant avec deux anges (vers 1460-1465)

Conservée aux Offices de Florence, cette œuvre est le chef-d'œuvre absolu de Lippi : Lucrezia Buti y posa comme modèle pour la Vierge. Le regard mélancolique de Marie, le paysage de fenêtre et la tendresse des anges en font une icône de la peinture renaissante qui inspira directement Botticelli.

Couronnement de la Vierge (Pala Maringhi) (1439-1447)

Grande pala d'altare commandée pour la chapelle des Offices, aujourd'hui conservée à la Galerie des Offices. Lippi y glissa son autoportrait en moine regardant le spectateur — geste de modernité inédite — et combina hiérarchie céleste médiévale et naturalisme renaissant.

Fresques du Duomo de Prato — Histoires de saint Étienne et saint Jean-Baptiste (1452-1466)

Ensemble monumental de fresques réalisé en quatorze ans dans le chœur de la cathédrale de Prato. Les Funérailles de saint Étienne et le Festin d'Hérode (avec la danse de Salomé) comptent parmi les scènes narratives les plus inventives du Quattrocento.

Annonciation Martelli (vers 1440)

Tableau de dévotion privée destiné à la famille Martelli de Florence, aujourd'hui à San Lorenzo. Lippi y développe une architecture en perspective rigoureuse et une douceur psychologique inédite entre l'ange et Marie.

Fresques de l'abside de la cathédrale de Spoleto — Vie de la Vierge (1467-1469)

Ultime chantier de Lippi, achevé après sa mort par son fils Filippino et Fra Diamante. La Nativité, le Transitoire et le Couronnement de la Vierge témoignent d'une maîtrise sereine de la composition monumentale.

Vierge à l'Enfant entre saints Frédéric et Augustin (vers 1437-1438)

Commandée par Cosme de Médicis pour la sacristie de Sant'Ambrogio à Florence, cette pala est l'une des premières à montrer l'influence directe de Donatello sur Lippi dans le traitement des drapés et la monumentalité des figures.

Anecdotes

Orphelin dès l'enfance, Filippo Lippi fut placé au couvent des Carmes de Florence à l'âge de huit ans. C'est là qu'il assista, fasciné, aux travaux de Masaccio dans la chapelle Brancacci — une expérience fondatrice qui l'orienta vers la peinture plutôt que vers la vie monastique.

Cosme de Médicis, son grand protecteur, l'hébergeait parfois dans son palais pour qu'il travaille sans interruption. Selon Vasari, le peintre était si épris de liberté qu'il se confectionna une corde avec ses draps de lit et se glissa par la fenêtre pour rejoindre une belle dont il était amoureux — Cosme dut finalement le laisser aller et venir à sa guise.

En 1456, Fra Filippo enleva Lucrezia Buti, une jeune novice du couvent de Prato dont il devait peindre le portrait. Le scandale fut immense : un moine enlevant une religieuse ! Il fallut l'intervention directe de Cosme de Médicis auprès du pape Pie II pour que les deux amants soient dispensés de leurs vœux et puissent vivre ensemble. Leur fils, Filippino Lippi, deviendra lui aussi un grand peintre.

Fra Filippo révolutionna la représentation de la Vierge en lui donnant des traits humains et tendres, inspirés de vrais visages de femmes florentines. Là où ses prédécesseurs peignaient des Madones hiératiques et dorées, il créa des mères douces et mélancoliques — une modernité qui influença profondément son élève Sandro Botticelli.

Lippi mourut à Spoleto en 1469 alors qu'il n'avait pas terminé ses fresques de la cathédrale. Lorenzo de Médicis demanda au pape que la dépouille lui soit rendue pour être enterrée à Florence, mais les Spoletins refusèrent : trop fiers de posséder la tombe d'un si grand artiste, ils lui érigèrent un monument funèbre splendide dans leur cathédrale, réalisé par son propre fils Filippino.

Sources primaires

Le Vite de' più eccellenti pittori, scultori e architettori — Giorgio Vasari (1568 (2e édition))
Filippo di Tommaso Lippi, pittore fiorentino, fu messo l'anno 1421 nel convento del Carmine... e quivi, vedendo le opere di Masaccio e piacendogli sommamente, si diede a studiarle.
Lettre de Cosme de Médicis à Ser Francesco di ser Barone, prieur de Santo Stefano à Prato (1457)
Fra Filippo è singularissimo maestro nella sua arte ed è uomo di buona vita; preghiamo che gli sia data ogni comodità per finire l'opera cominciata.
Bref papal de Pie II dispensant Fra Filippo Lippi et Lucrezia Buti de leurs vœux (1461)
Attendu les services rendus aux arts sacrés et à l'intercession des Seigneurs de Florence, nous accordons dispense à frère Filippo Lippi et à Lucrezia Buti de leurs obligations monastiques respectives.
Contrat de la Sacra Cintola — Opera del Duomo de Prato (1452)
Fra Filippo di Tommaso de' Lippi, pittore, conviene dipingere le storie di santo Stefano e di san Giovanni Battista nella cappella maggiore della chiesa di Santo Stefano di Prato.

Lieux clés

Florence — quartier de l'Oltrarno

Quartier populaire sur la rive sud de l'Arno où Filippo Lippi naquit en 1406. Ce milieu artisanal et vivant imprégna sa sensibilité pour les visages ordinaires qu'il transposera dans ses Madones.

Couvent Santa Maria del Carmine, Florence

Couvent carme où Lippi grandit dès l'âge de huit ans et prononça ses vœux. C'est ici qu'il découvrit les fresques révolutionnaires de Masaccio dans la chapelle Brancacci, qui forgèrent toute sa vision artistique.

Prato — Cathédrale Santo Stefano

Ville toscane où Lippi travailla pendant plus de quinze ans à ses plus ambitieuses fresques (Histoires de saint Étienne et saint Jean-Baptiste) et où se noua son histoire avec Lucrezia Buti.

Palais Médicis, Florence

Cosme puis Laurent de Médicis furent les grands mécènes de Lippi, lui commandant des œuvres et le protégeant de ses scandales. Le peintre fréquentait assidûment ce palais, cœur du pouvoir culturel florentin.

Spoleto — Cathédrale Santa Maria Assunta

Dernière grande commande de Lippi : les fresques de l'abside représentant la Vie de la Vierge. Il y mourut en 1469 avant de les achever et y fut enterré avec les honneurs dus à un grand maître.

Voir aussi