Friedrich Hölderlin(1770 — 1843)

Friedrich Hölderlin

Royaume du Wurtemberg

7 min de lecture

LettresPhilosophiePoète(sse)DramaturgeÉcrivain(e)XIXe siècleTournant des XVIIIe et XIXe siècles ; romantisme allemand et époque de l'idéalisme, dans le contexte de la Révolution française et des bouleversements napoléoniens.

Poète allemand, figure majeure du romantisme et de l'idéalisme allemand, condisciple de Hegel et Schelling. Son œuvre, traversée par la nostalgie de la Grèce antique et le divin, fut redécouverte au XXe siècle. Il passa la seconde moitié de sa vie reclus dans la folie.

Questions fréquentes

Friedrich Hölderlin (1770-1843) est un poète allemand dont l'œuvre mêle une nostalgie profonde de la Grèce antique à une quête du divin. Ce qui le rend singulier, c'est qu'il n'est pas seulement un poète romantique : il est aussi un penseur de l'idéalisme, condisciple de Hegel et Schelling au séminaire de Tübingen. Ce qu'il faut retenir, c'est que sa poésie, redécouverte au XXe siècle, a influencé des philosophes comme Heidegger et des poètes comme Celan. Il incarne le romantisme dans ce qu'il a de plus métaphysique : une tension entre l'absence des dieux et l'espoir de leur retour.

Citations célèbres

« Mais là où il y a danger, croît aussi ce qui sauve.»
« En poète, l'homme habite sur cette terre.»
« Ce qui a toujours fait de l'État un enfer sur terre, c'est précisément que l'homme a voulu en faire son paradis.»

Faits marquants

  • Né en 1770 à Lauffen am Neckar, dans le duché de Wurtemberg.
  • Étudie la théologie au séminaire (Stift) de Tübingen avec Hegel et Schelling à partir de 1788.
  • Publie le roman épistolaire « Hyperion » entre 1797 et 1799.
  • Sombre dans la maladie mentale à partir de 1806 et vit reclus dans une tour à Tübingen jusqu'à sa mort.
  • Meurt en 1843 ; son œuvre est pleinement redécouverte au début du XXe siècle.

Œuvres & réalisations

Hyperion ou l'Ermite en Grèce (1797-1799)

Roman épistolaire en deux tomes, chef-d'œuvre du lyrisme allemand mêlant amour, nostalgie de la Grèce et quête du divin.

La Mort d'Empédocle (Der Tod des Empedokles) (1797-1800)

Tragédie inachevée, écrite en trois versions, sur le philosophe grec qui se jette dans l'Etna : méditation sur l'homme, la nature et le sacré.

Pain et Vin (Brot und Wein) (vers 1800-1801)

Grande élégie qui interroge le temps de détresse où les dieux antiques se sont retirés du monde, un poème central de son œuvre.

Patmos (1803)

Hymne dédié au landgrave de Homburg, célèbre pour ses vers « Là où est le danger croît aussi ce qui sauve ».

Traductions de Sophocle (Antigone, Œdipe roi) (1804)

Traductions audacieuses des tragédies grecques, longtemps jugées étranges, aujourd'hui admirées pour leur force et leur fidélité au grec.

La Moitié de la vie (Hälfte des Lebens) (1805)

Court poème devenu emblématique, où l'été lumineux bascule vers l'hiver et le silence, à l'orée de sa maladie.

Le Rhin, L'Archipel, Célébration de la paix (1800-1803)

Grands hymnes fluviaux et patriotiques qui fondent sa réputation de plus grand poète hymnique de langue allemande.

Anecdotes

Étudiant au séminaire protestant de Tübingen, Hölderlin partageait sa chambre avec deux camarades promis à la gloire : les futurs philosophes Hegel et Schelling. Enthousiasmés par la Révolution française, les jeunes gens auraient planté ensemble un « arbre de la liberté » et chantaient La Marseillaise dans les couloirs.

Engagé comme précepteur chez le riche banquier Gontard à Francfort, Hölderlin tomba éperdument amoureux de l'épouse de son employeur, Susette. Il la transforma en figure idéale dans ses poèmes sous le nom grec de « Diotima ». Leur amour impossible se termina par son renvoi de la maison.

En 1802, Hölderlin quitta brusquement son poste de précepteur à Bordeaux et traversa la France à pied pour rentrer en Allemagne. Il arriva épuisé et l'esprit déjà troublé, et apprit peu après la mort de Susette Gontard, un choc dont il ne se remit jamais vraiment.

Pendant les 36 dernières années de sa vie, Hölderlin vécut reclus dans une tour au bord du Neckar, à Tübingen, hébergé par un menuisier nommé Ernst Zimmer qui, ému par son roman Hyperion, l'avait recueilli. Il y jouait du piano et de la flûte des heures durant.

À la fin de sa vie, Hölderlin signait ses courts poèmes du nom imaginaire de « Scardanelli » et les datait de siècles fantaisistes, comme « le 24 mai 1748 » ou « 1940 ». Les visiteurs curieux venaient le voir et repartaient avec ces vers griffonnés sur commande.

Sources primaires

Hyperion ou l'Ermite en Grèce (Chant du destin d'Hypérion) (1799)
« Vous marchez là-haut dans la lumière, sur un sol moelleux, génies bienheureux ! […] Mais à nous il n'est donné en aucun lieu de reposer. »
Patmos (hymne) (1803)
« Proche est le dieu, et difficile à saisir. Mais là où est le danger croît aussi ce qui sauve. »
La Moitié de la vie (Hälfte des Lebens) (1805)
« Avec ses poires jaunes et pleine de roses sauvages, la terre se penche dans le lac. […] Malheur à moi, où prendrai-je, quand viendra l'hiver, les fleurs ? »
Lettre à Casimir Ulrich Böhlendorff (4 décembre 1801)
« Nous n'apprenons rien de plus difficile que d'user librement de ce qui nous est propre. »

Lieux clés

Lauffen am Neckar

Petite ville du Wurtemberg où naquit Hölderlin en 1770, au bord du Neckar, ce fleuve qui traversera toute sa vie et son œuvre.

Tübinger Stift, Tübingen

Le séminaire protestant où Hölderlin étudia la théologie aux côtés de Hegel et Schelling, foyer de la jeune génération idéaliste allemande.

Maison Gontard, Francfort-sur-le-Main

Demeure du banquier où Hölderlin fut précepteur et rencontra Susette Gontard, la « Diotima » de ses poèmes.

Bordeaux

Hölderlin y fut précepteur en 1802 ; il en repartit brusquement à pied, et ce voyage marqua le basculement vers sa maladie.

Homburg vor der Höhe

Ville où Hölderlin obtint un poste de bibliothécaire et composa plusieurs de ses grands hymnes tardifs, sous la protection du landgrave.

Tour de Hölderlin (Hölderlinturm), Tübingen

Tour au bord du Neckar où le poète vécut reclus 36 ans, hébergé par la famille du menuisier Zimmer, jusqu'à sa mort en 1843.

Voir aussi