Edgar Quinet(1803 — 1875)

Edgar Quinet

France

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PhilosophieLettresPolitiqueHistorien(ne)PhilosopheXIXe siècleXIXe siècle — Révolutions, Monarchie de Juillet, Deuxième République, Second Empire, Troisième République naissante

Historien, philosophe et homme politique français (1803-1875), figure du républicanisme anticlérical. Professeur au Collège de France, il fut exilé sous le Second Empire pour son opposition à Napoléon III.

Questions fréquentes

Edgar Quinet (1803-1875) est une figure majeure du républicanisme et de la laïcité en France. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il fut à la fois historien, philosophe et homme politique, et qu'il incarna la résistance intellectuelle contre l'influence de l'Église dans l'éducation. Ce qui rend son parcours singulier, c'est qu'il refusa de prêter serment à Louis-Napoléon Bonaparte après le coup d'État de 1851, préférant l'exil pendant dix-neuf ans plutôt que de trahir ses convictions. Il a ainsi influencé les fondateurs de la IIIe République, comme Clemenceau.

Citations célèbres

« La Révolution française est une religion, et Robespierre est son saint Paul.»
« Sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur.»

Faits marquants

  • 1803 : Naissance à Bourg-en-Bresse
  • 1842 : Nommé professeur au Collège de France, ses cours attirent les foules
  • 1845 : Suspendu avec Michelet pour ses critiques du clergé
  • 1852 : Exilé après le coup d'État de Napoléon III, reste en exil jusqu'en 1870
  • 1875 : Mort à Versailles, peu après son retour en France

Œuvres & réalisations

Idées sur la philosophie de l'histoire de l'humanité (traduction de Herder) (1827-1831)

Traduction annotée de l'œuvre majeure du philosophe allemand Herder, qui révèle la philosophie allemande au public français. Ce travail fondateur lança la carrière intellectuelle de Quinet et influença profondément le courant romantique historique.

Ahasvérus (1833)

Vaste poème épique et philosophique mettant en scène le Juif errant comme symbole de l'humanité en marche vers la liberté. Œuvre emblématique du romantisme républicain français.

Les Jésuites (avec Jules Michelet) (1843)

Pamphlet virulent cosigné avec Michelet dénonçant l'influence des jésuites dans l'enseignement et la politique françaises. Le livre provoqua un scandale national et relança le débat sur la laïcité.

Le Christianisme et la Révolution française (1845)

Recueil de ses cours magistraux au Collège de France, analysant les liens entre héritage chrétien et idéaux révolutionnaires. L'ouvrage fut à l'origine de la suspension de sa chaire par le gouvernement.

L'Enseignement du peuple (1850)

Essai plaidant pour une instruction publique laïque et républicaine, seul moyen selon Quinet de former des citoyens véritablement libres. Texte fondateur de la pensée laïque française.

La Révolution (1865)

Grande synthèse historique sur la Révolution française, écrite depuis l'exil suisse. Quinet y analyse les causes de l'échec républicain et les conditions d'une République durable — ouvrage qui influença Clemenceau et les républicains de la IIIe République.

L'Esprit nouveau (1875)

Dernier grand texte de Quinet, publié l'année de sa mort, appelant à un renouveau moral et laïque de la France après la défaite de 1870. Testament intellectuel du républicanisme anticlérical du XIXe siècle.

Anecdotes

En 1843, Edgar Quinet et son ami Jules Michelet enseignent simultanément au Collège de France leurs cours anticlericaux. Les amphithéâtres sont si bondés que des étudiants grimpent aux fenêtres pour écouter. Leurs deux chaires côte à côte deviennent le symbole d'une résistance intellectuelle face à l'influence croissante des jésuites dans l'enseignement français.

En 1846, le gouvernement de Louis-Philippe suspend les cours de Quinet, jugés trop dangereux pour l'ordre public. Les étudiants descendent dans les rues de Paris pour protester, scandant son nom devant le Collège de France. C'est l'une des premières grandes manifestations académiques de l'histoire française pour la liberté d'enseignement.

Après le coup d'État du 2 décembre 1851, Quinet refuse catégoriquement de prêter serment à Louis-Napoléon Bonaparte. Il s'exile volontairement plutôt que de trahir ses convictions républicaines, abandonnant sa chaire, ses revenus et ses amis. Pendant dix-neuf ans, il écrira depuis son refuge suisse de Veytaux, les yeux toujours tournés vers la France.

Quinet avait épousé en 1838 Minna Moré, une Allemande cultivée qu'il avait rencontrée lors de ses séjours en Allemagne. Elle lui servit d'interlocutrice privilégiée pour approfondir sa connaissance de la philosophie allemande — Herder, Hegel, Schelling — et fut sa compagne indéfectible tout au long de l'exil. Leur correspondance témoigne d'une relation intellectuelle autant qu'amoureuse.

Quand Quinet rentra à Paris en septembre 1870 après la chute du Second Empire, une foule enthousiaste l'accueillit à la gare. Il avait alors 67 ans et avait passé presque vingt ans hors de France. Élu député l'année suivante, il siégea jusqu'à sa mort en 1875, défendant jusqu'au bout la laïcité et la République.

Sources primaires

Le Christianisme et la Révolution française (1845)
La Révolution française est une conséquence du christianisme. Elle en est le dernier terme, le développement extrême, la conclusion nécessaire.
La Révolution (1865)
Ce qui a manqué à la Révolution française, c'est une religion nouvelle, ou du moins le sentiment religieux assez profond pour fonder une morale civique capable de remplacer l'ancienne.
L'Enseignement du peuple (1850)
Il ne peut y avoir de République sans éducation républicaine. Former des citoyens libres, c'est d'abord les soustraire à l'empire des préjugés et de l'ignorance.
Lettres d'exil — à Michelet (1858)
Je vis ici en proscrit, mais je n'ai pas cessé d'être Français. La France est en moi comme une blessure que je porte, et qui me rappelle chaque jour ce que nous devons encore conquérir.
L'Esprit nouveau (1875)
La démocratie ne sera stable que lorsqu'elle aura fondé son propre enseignement, sa propre morale, séparés entièrement de l'Église et de ses dogmes.

Lieux clés

Bourg-en-Bresse (Ain)

Ville natale d'Edgar Quinet, né le 17 février 1803. Son enfance dans cette ville de province bourguignonne marqua son attachement à la France profonde et à ses racines populaires.

Collège de France, Paris

Quinet y occupa la chaire de langues et littératures de l'Europe méridionale à partir de 1841. C'est ici que ses cours anticlericaux attirèrent des foules immenses avant d'être suspendus en 1846.

Bruxelles, Belgique

Première étape de l'exil de Quinet après le coup d'État de 1851. Il y côtoya d'autres républicains proscrits, dont Victor Hugo installé à proximité.

Veytaux (canton de Vaud, Suisse)

Principal lieu d'exil de Quinet de 1858 à 1870, sur les rives du lac Léman près de Montreux. C'est là qu'il écrivit La Révolution (1865), son œuvre historique majeure.

Paris (Assemblée nationale)

Après son retour d'exil en 1870, Quinet fut élu représentant à l'Assemblée nationale. Il y défendit jusqu'à sa mort la laïcité, la séparation de l'Église et de l'État, et les lois républicaines.

Voir aussi