F

Fritz Strassmann(1902 — 1980)

Fritz Strassmann

Allemagne

6 min de lecture

SciencesScientifiqueXXe sièclePremière moitié du XXe siècle, période de l'Allemagne de Weimar puis du Troisième Reich, à la veille de la Seconde Guerre mondiale

Fritz Strassmann est un chimiste allemand qui, avec Otto Hahn, réalisa en 1938 l'expérience démontrant la fission du noyau d'uranium. Cette découverte, interprétée par Lise Meitner et Otto Frisch, ouvrit la voie à l'énergie et à l'arme nucléaires.

Questions fréquentes

Fritz Strassmann était un chimiste allemand né en 1902 à Boppard. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il est l'un des trois co-découvreurs de la fission nucléaire en décembre 1938 à l'Institut Kaiser-Wilhelm de Berlin-Dahlem. Avec Otto Hahn, il bombarda de l'uranium avec des neutrons et identifia chimiquement du baryum parmi les produits de la réaction. C'est Lise Meitner qui interpréta ce résultat comme une division du noyau. Strassmann était un chimiste analytique de premier plan, et son expertise fut décisive pour prouver la fission là où des physiciens cherchaient en vain des éléments plus lourds.

Faits marquants

  • Né en 1902 à Boppard, en Allemagne, et mort en 1980 à Mayence
  • Découvre la fission nucléaire de l'uranium avec Otto Hahn en décembre 1938
  • Identifie par des méthodes chimiques la présence de baryum parmi les produits de la réaction
  • Refuse d'adhérer au parti nazi et cache une amie juive durant la guerre, ce qui lui vaudra le titre de Juste parmi les nations
  • Otto Hahn reçoit seul le prix Nobel de chimie 1944 pour cette découverte, sans que Strassmann ni Meitner soient récompensés

Œuvres & réalisations

Découverte de la fission nucléaire de l'uranium (avec Otto Hahn) (décembre 1938)

Identification chimique du baryum parmi les produits du bombardement de l'uranium par des neutrons : la première preuve de la fission du noyau atomique.

Article « Sur la mise en évidence et le comportement des métaux alcalino-terreux formés lors de l'irradiation de l'uranium par des neutrons » (6 janvier 1939)

Publication dans la revue Naturwissenschaften qui annonce au monde scientifique les résultats de l'expérience fondatrice.

Mise au point de la méthode rubidium-strontium de datation (années 1930)

Strassmann contribua à une technique de datation radiométrique des roches, application de la radiochimie à la géologie.

Fondation et direction de l'Institut de chimie inorganique et nucléaire de Mayence (à partir de 1946)

Réorganisation de la recherche et de l'enseignement de la chimie nucléaire dans l'Allemagne d'après-guerre.

Sauvetage d'Andrea Wolffenstein (1943)

Acte de résistance civile : Fritz et Maria Strassmann cachèrent une amie juive, ce qui leur valut le titre de Justes parmi les Nations.

Anecdotes

En décembre 1938, Fritz Strassmann et Otto Hahn bombardent de l'uranium avec des neutrons et trouvent du baryum, un élément deux fois plus léger. Le résultat est si déroutant que Hahn écrit à son ancienne collègue Lise Meitner : « Peut-être peux-tu proposer une explication fantastique ? » C'est elle qui comprendra qu'il s'agit de la fission du noyau.

Strassmann était un chimiste plus jeune et moins connu que Hahn, mais son expertise en chimie analytique fut décisive : c'est en séparant et identifiant chimiquement les produits de la réaction qu'il prouva la présence de baryum, là où d'autres physiciens cherchaient en vain.

Pendant le Troisième Reich, Strassmann refusa d'adhérer à des organisations nazies, ce qui le priva de promotions et le maintint dans un poste subalterne et mal payé. Avec sa femme Maria, il cacha pourtant chez eux une amie juive, la musicienne Andrea Wolffenstein, pendant plusieurs mois en 1943.

En 1985, cinq ans après sa mort, l'institut Yad Vashem en Israël reconnut Fritz et Maria Strassmann comme « Justes parmi les Nations » pour avoir risqué leur vie en cachant une personne juive.

Strassmann fut longtemps éclipsé par Otto Hahn, qui reçut seul le prix Nobel de chimie en 1944 pour la découverte de la fission. L'histoire a depuis reconnu que cette découverte fut le fruit du travail conjoint de Hahn, Strassmann et Meitner.

Sources primaires

Über den Nachweis und das Verhalten der bei der Bestrahlung des Urans mittels Neutronen entstehenden Erdalkalimetalle (article de O. Hahn et F. Strassmann) (6 janvier 1939)
En tant que chimistes, nous devrions, à partir de ces brèves expériences, renommer les symboles Ra, Ac, Th et écrire Ba, La, Ce. Mais en tant que « physiciens nucléaires » proches du domaine de la physique, nous ne pouvons nous résoudre à ce saut, contraire à toute l'expérience antérieure de la physique nucléaire.
Lettre d'Otto Hahn à Lise Meitner (19 décembre 1938)
Il pourrait encore s'agir d'un curieux hasard. Mais nous arrivons de plus en plus à la terrible conclusion : nos isotopes de radium ne se comportent pas comme du radium, mais comme du baryum. Peut-être peux-tu proposer une explication fantastique ?
Disintegration of Uranium by Neutrons: a New Type of Nuclear Reaction (note de L. Meitner et O. R. Frisch, revue Nature) (11 février 1939)
Il semble donc possible que le noyau d'uranium n'ait qu'une faible stabilité de forme et puisse, après capture d'un neutron, se diviser en deux noyaux de taille à peu près égale.

Lieux clés

Boppard (Rhénanie)

Petite ville au bord du Rhin où Fritz Strassmann naquit en 1902.

Institut Kaiser-Wilhelm de chimie, Berlin-Dahlem

Laboratoire où Strassmann, Hahn et Meitner menèrent leurs recherches et où fut découverte la fission en 1938.

Université technique de Hanovre

Établissement où Strassmann étudia la chimie et obtint son doctorat en 1929.

Université Johannes-Gutenberg de Mayence

Université où Strassmann devint professeur de chimie inorganique et nucléaire après la guerre et fonda son institut.

Mayence

Ville du sud-ouest de l'Allemagne où Strassmann vécut, travailla et mourut en 1980.

Voir aussi