Guenièvre

Guenièvre

MythologieMoyen ÂgeHaut Moyen Âge légendaire (Ve-VIe siècle selon la tradition) — cycle arthurien élaboré aux XIIe-XIVe siècles

Reine légendaire de Bretagne et épouse du roi Arthur dans le cycle arthurien. Figure centrale de la littérature médiévale, elle est également connue pour sa liaison tragique avec le chevalier Lancelot du Lac, qui contribue à la chute de Camelot.

Faits marquants

  • Personnage central du cycle arthurien, épouse du roi Arthur et reine de Logres (Bretagne légendaire)
  • Sa relation amoureuse avec Lancelot du Lac, le plus grand chevalier de la Table ronde, est l'une des plus célèbres de la littérature médiévale
  • Chrétien de Troyes la met en scène dès la fin du XIIe siècle dans 'Le Chevalier de la charrette' (vers 1177)
  • Sa trahison envers Arthur est présentée comme l'une des causes de la bataille de Camlann et de la ruine de Camelot
  • À la mort d'Arthur, elle se retire dans un couvent et finit sa vie comme religieuse selon la 'Mort le roi Artu' (XIIIe siècle)

Œuvres & réalisations

Historia Regum Britanniae — Geoffroy de Monmouth (vers 1138)

Premier récit latin développé autour de Guenièvre, décrite comme la plus belle femme de Bretagne, de lignage romain. Geoffroy introduit son rôle dans la trahison avec Mordred et la chute d'Arthur.

Roman de Brut — Wace (1155)

Adaptation en vers octosyllabes normands de l'œuvre de Geoffroy qui donne à Guenièvre un cadre courtois plus élaboré et introduit la Table Ronde comme symbole de la cour royale.

Lancelot ou le Chevalier de la Charrette — Chrétien de Troyes (vers 1177-1181)

Roman fondateur de l'amour courtois arthurien : Guenièvre y est l'objet de la quête absolue de Lancelot, dont la dévotion définit l'idéal chevaleresque et amoureux du Moyen Âge.

Cycle Lancelot-Graal (Vulgate arthurienne) (vers 1215-1235)

Vaste ensemble de romans en prose constituant la version la plus complète du destin de Guenièvre : son amour pour Lancelot, le jugement par le feu, la guerre civile et son retrait au couvent.

Le Morte d'Arthur — Thomas Malory (1485)

Synthèse définitive en moyen anglais de la matière arthurienne. Guenièvre y est dépeinte avec profondeur humaine : coupable mais repentante, elle meurt en odeur de sainteté au couvent d'Amesbury.

Idylles du Roi — Alfred Tennyson (1859-1885)

Poème épique victorien en douze livres réinterprétant le cycle arthurien. Tennyson offre à Guenièvre une scène de pardon par Arthur mourant, lui conférant une dimension rédemptrice absente des textes médiévaux.

Anecdotes

Dans la tradition arthurienne médiévale, le père de Guenièvre, le roi Leodegrance, offre à Arthur la Table Ronde comme dot lors de leur mariage. Cette table sans chef de table ni place d'honneur, symbole d'égalité entre les chevaliers, devient le cœur de la cour de Camelot et l'héritage le plus précieux que Guenièvre apporte à son époux.

Chrétien de Troyes, dans Le Chevalier de la Charrette (vers 1177), est le premier à décrire explicitement la liaison entre Guenièvre et Lancelot. Lorsque Lancelot monte dans une charrette d'infamie — véhicule réservé aux criminels — pour ne pas perdre un instant dans sa quête de la reine captive, Guenièvre lui en tiendra d'abord rigueur avant de lui accorder ses faveurs. Cet épisode codifie l'amour courtois : souffrir pour sa dame est la marque suprême de la chevalerie.

Selon le cycle en prose du Lancelot-Graal (XIIIe siècle), Agravain et Mordred tendent un guet-apens à Lancelot dans les appartements de Guenièvre. La reine est condamnée à être brûlée vive pour trahison et adultère, mais Lancelot se précipite pour la délivrer du bûcher, tuant au passage plusieurs chevaliers — dont les frères de Gauvain. Cette intervention précipite une guerre civile qui brisera définitivement la chevalerie arthurienne.

Geoffrey de Monmouth, dans son Historia Regum Britanniae (vers 1138), rapporte que pendant qu'Arthur guerroie sur le continent, Guenièvre s'allie à Mordred, qui s'empare du trône et cherche à l'épouser de force. Cette version, la plus ancienne dans la tradition littéraire, fait de Guenièvre une figure de trahison politique autant que sentimentale.

Après la bataille de Camlann et la mort d'Arthur, Guenièvre se retire au couvent d'Amesbury en Angleterre, prend le voile et mène une vie de pénitence. Lorsque Lancelot vient la retrouver une dernière fois, elle lui refuse un baiser, lui demande de quitter le monde à son tour et meurt peu après dans la sainteté. Thomas Malory conclut son Morte d'Arthur en lui accordant une mort apaisée, seule forme de réconciliation que lui offre la légende.

Sources primaires

Historia Regum Britanniae — Geoffroy de Monmouth (vers 1138)
Gueneveram, ex nobili Romanorum genere ortam, omnes mulieres insulae pulchritudine transcendisse. [...] Modredus eam sibi in matrimonium sociaverat et regnum in sua ditione retinuerat.
Roman de Brut — Wace (1155)
Guenievre fu bien aprise, curtaise e franche e de bon sen ; puis qu'ele fu raïne, n'ot dame en trestut le reigne ki si fust preisïe de bien.
Lancelot ou le Chevalier de la Charrette — Chrétien de Troyes (vers 1177-1181)
La reïne li dit : 'Certes, chevaliers, vos feïstes pis que ne cuidiee, quant vos montastes en la charrete par neglicence.' Et il li dist : 'Dame, por ce ne me deusse pas atorner a folie, car j'avoie trop grant desir de vos veoir.'
Lancelot en prose (cycle Lancelot-Graal) (vers 1215-1235)
Et la royne Genievre estoit si bele et si bien faite que onques nus hom n'avoit veu si bele dame. Et Lanceloz la regardoit tant que ses cuers s'en aloit aprés ses euz.
Le Morte d'Arthur — Thomas Malory (1485)
Queen Guenever made great dole and lamentation, and said : 'Through this man and me hath all this war been wrought, and the death of the most noblest knights of the world ; for through our love that we have loved together is my most noble lord slain.'

Lieux clés

Camelot

Capitale légendaire du royaume d'Arthur et résidence principale de Guenièvre. Son emplacement exact reste inconnu et disputé ; certains érudits l'identifient à Cadbury Castle dans le Somerset ou à Winchester.

Caerleon (Cité des Légions)

Dans les textes de Geoffroy de Monmouth et de Chrétien de Troyes, Caerleon au pays de Galles est l'une des résidences d'Arthur et de Guenièvre, ville de fastes et de tournois.

Couvent d'Amesbury

Lieu de retraite de Guenièvre après la mort d'Arthur. Elle y passe ses dernières années en prière et pénitence, y meurt et y est d'abord inhumée avant d'être transférée à Glastonbury selon Malory.

Glastonbury (Avalon légendaire)

Identifié à l'Avalon mythique, Glastonbury est associé à la sépulture commune d'Arthur et de Guenièvre. En 1191, les moines de l'abbaye prétendirent avoir découvert leurs tombes.

Joyeuse Garde

Château de Lancelot où il réfugie Guenièvre après l'avoir sauvée du bûcher. Souvent identifié à Bamburgh Castle en Northumberland, c'est le symbole de l'amour interdit et du refuge impossible.

Voir aussi