Astaroth est un grand-duc de l'Enfer issu de la démonologie médiévale, considéré comme une forme corrompue de la déesse phénicienne Astarté. Décrit dans la Goétia comme chevauchant un dragon et tenant un serpent, il incarne la vanité et la paresse. Son nom illustre le processus de diabolisation des divinités des religions antiques par la théologie chrétienne médiévale.
Astaroth
Astaroth
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Questions fréquentes
Faits marquants
- Mentionné dans la Goétia (XVIe siècle) comme l'un des 72 démons de Salomon, il porte le rang de grand-duc de l'Enfer
- Son nom et sa figure dérivent d'Astarté, grande déesse phénicienne et babylonienne associée à la fertilité et à la guerre
- La Goétia le décrit chevauchant un dragon infernal et tenant un serpent dans la main gauche
- Il est associé aux péchés de vanité et de paresse dans la classification des démons médiévaux
- Son existence illustre comment les dieux des religions polythéistes antiques furent réinterprétés en démons dans la tradition chrétienne médiévale
Œuvres & réalisations
Première liste systématique de démons, annexée à son De Praestigiis Daemonum. Weyer y décrit Astaroth comme un grand-duc enseignant les arts libéraux et révélant les secrets passés et futurs — texte fondateur de la démonologie moderne.
Grimoire décrivant 72 démons avec leurs sceaux, rangs et pouvoirs. Astaroth y figure comme le vingt-neuvième esprit, grand-duc commandant quarante légions ; ce texte reste la référence canonique de l'occultisme occidental.
« Marteau des sorcières », manuel inquisitorial décrivant les pactes démoniaques et les méthodes pour les détecter. Il contribua à placer des démons de rang comme Astaroth au cœur des procès de sorcellerie européens.
Traité du juriste français défendant la réalité des pactes diaboliques contre le scepticisme de Weyer. Bodin y hiérarchise les puissances démoniaques, contribuant à solidifier le statut d'Astaroth dans la culture savante.
Encyclopédie illustrée des démons et êtres surnaturels. La gravure d'Astaroth par Louis Le Breton (édition de 1863) devient l'image de référence de la figure pour les deux siècles suivants, influençant l'imaginaire romantique et populaire.
Anecdotes
Le nom « Astaroth » est une déformation hébraïque du nom de la déesse phénicienne Astarté (Ashtaroth dans la Bible). En 1 Rois 11:5, le roi Salomon est condamné pour avoir adoré « Ashtoreth, la divinité des Sidoniens ». Ce glissement sémantique illustre comment une déesse honorée par des millions de personnes a été progressivement transformée en démon par la théologie chrétienne et judaïque.
Dans la Goétia — compilée vers le XVIIe siècle mais héritière d'une longue tradition médiévale — Astaroth est décrit comme un « grand-duc » commandant quarante légions de démons. Il est représenté chevauchant un dragon infernal et tenant un serpent de sa main gauche. Sa puanteur est si terrible que les grimoires conseillent aux magiciens de tenir un anneau d'argent devant leur nez pour se protéger de son souffle.
Johann Weyer, médecin humaniste flamand, publie en 1563 le Pseudomonarchia Daemonum, première liste systématique de démons. Il y affirme avoir démythifié la sorcellerie, estimant que les personnes accusées de pactes démoniaques étaient simplement malades. Paradoxalement, son ouvrage contribua à diffuser les descriptions d'Astaroth dans toute l'Europe savante, alimentant les procès en sorcellerie qu'il cherchait à critiquer.
Le théologien et inquisiteur Heinrich Kramer, auteur du Malleus Maleficarum (1486), insiste sur la capacité des démons comme Astaroth à tromper les sens humains et à se déguiser sous des formes séduisantes. Ce traité, utilisé par les tribunaux inquisitoriaux, illustre comment la peur du diable et de ses lieutenants a eu des conséquences dramatiques sur des milliers de femmes et d'hommes accusés de sorcellerie.
L'historien des religions Peter Brown a montré que la « diabolisation » des dieux antiques est un processus documenté dès les IVe et Ve siècles : Augustin d'Hippone affirme dans La Cité de Dieu que les dieux des Gentils sont en réalité des démons. Astaroth est un exemple paradigmatique de ce mécanisme : de grande déesse de la fécondité, elle est devenue l'un des princes des ténèbres les plus redoutés de la littérature démoniologique médiévale.
Sources primaires
Astaroth, magnus dux, procedit in forma angeli, foetidus nimis, equitat super draconem infernali, gestat in manu dextra serpentem. Docet libenter de rebus praeteritis, praesentibus et futuris, et de omni re arcana.
Astaroth is a great and a strong duke, and he cometh forth in the likeness of a foul angel, sitting upon an infernal dragon, and carrying in his right hand a viper.
Salomon alla après Ashtoreth, la divinité des Sidoniens, et après Milkom, l'abomination des Ammonites. Salomon fit ce qui est mal aux yeux de l'Éternel.
Les démons sont appelés par les Gentils des dieux, alors qu'ils ne sont que des esprits mauvais qui cherchent à détourner les hommes du vrai Dieu par des rites trompeurs et des apparences de puissance.
Les démons supérieurs, tels ceux qui gouvernent les légions infernales, possèdent la science des choses passées et futures et peuvent communiquer aux sorciers des connaissances illicites contre la loi divine.
Lieux clés
Grande cité phénicienne et centre majeur du culte d'Astarté, dont Astaroth est la version diabolisée. Le titre « divinité des Sidoniens » (1 Rois 11:5) ancre historiquement la figure dans cette géographie.
Autre grande métropole phénicienne où le temple d'Astarté était l'un des plus importants du monde méditerranéen antique. Hérodote décrit son sanctuaire comme plusieurs fois millénaire.
Ville où exercait Johann Weyer, médecin de Guillaume de Juliers, lorsqu'il rédigea le Pseudomonarchia Daemonum en 1563 — ouvrage fondateur pour la diffusion de la description d'Astaroth dans l'Europe savante.
Lieu de la célèbre affaire de possession de 1634, où Astaroth fut cité parmi les démons ayant possédé les Ursulines. Le procès et l'exécution du père Grandier en font un épisode emblématique de la chasse aux sorcières.
Institution qui condamna officiellement en 1398 la nécromancie et la magie des démons, contribuant à forger le cadre juridique et théologique qui fit des figures comme Astaroth des menaces réelles aux yeux de la société médiévale.
Objets typiques

Texte magique compilé au XVIIe siècle contenant les descriptions et sceaux des 72 démons, dont Astaroth. Les magiciens étaient censés utiliser ces sceaux pour invoquer et contraindre les démons à répondre à leurs questions.

Monture d'Astaroth selon la Goétia, symbole de puissance souterraine et de transgression. La représentation chevauchant un dragon inscrit Astaroth dans l'iconographie diabolique médiévale héritée de l'Apocalypse de Jean.

Astaroth tient un serpent dans sa main selon les grimoires médiévaux, réactivant le symbolisme biblique du serpent de la Genèse, associé à la tentation et à la chute — renforçant sa nature trompeuse.

Les grimoires conseillent au nécromant invoquant Astaroth de tenir un anneau d'argent devant son nez pour se protéger de la puanteur corrompue du démon — détail révélateur de la matérialité attribuée aux entités démonielles.

Chaque démon de la Goétia possède un sceau géométrique unique servant à l'invoquer. Tracé dans un cercle magique rituel, le sceau d'Astaroth est un signe distinctif permettant, selon la croyance, de le convoquer et de le contrôler.

En tant que grand-duc de l'Enfer commandant quarante légions, Astaroth est parfois représenté couronné, signalant sa haute position dans la hiérarchie démoniaque héritée des structures féodales médiévales appliquées à l'Enfer.
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Vie quotidienne
Matin
Selon les grimoires médiévaux, Astaroth se manifeste volontiers aux aurores, heure propice aux invocations selon la tradition ésotérique. Le magicien qui l'invoque doit s'être purifié, avoir jeûné et tracé son cercle magique à l'aube pour obtenir ses révélations sur le passé et l'avenir.
Après-midi
Les traités de démonologie décrivent Astaroth comme un enseignant patient : il révèle les arts libéraux (grammaire, rhétorique, logique, arithmétique) aux sorciers qui l'interrogent. Cette dimension pédagogique reflète la fascination médiévale pour le savoir interdit, supposément gardé par les démons.
Soir
La nuit tombée, Astaroth est censé régner sur les tentations de la paresse et de la vanité — péchés capitaux auxquels il incite selon les théologiens. Les clercs du Moyen Âge mettent en garde contre les pensées oisives du soir, propices à l'influence des démons de son ordre.
Alimentation
En tant qu'entité surnaturelle de la théologie chrétienne médiévale, Astaroth ne se nourrit pas au sens matériel. Les grimoires précisent néanmoins que ses faveurs s'obtiennent par des offrandes rituelles — encens, sang d'animaux — héritages de pratiques antiques réinterprétées dans un cadre magique.
Vêtements
Astaroth est décrit dans les représentations visuelles du XVIe–XVIIe siècle comme un grand seigneur vêtu à la manière d'un noble déchu : armure sombre, manteau aux couleurs infernales (rouge et noir), couronne de métal terne, rappelant la structure féodale appliquée par les démonologues à la hiérarchie de l'Enfer.
Habitat
L'Enfer médiéval est conçu comme un château féodal inversé : Astaroth y gouverne un duché infernal de quarante légions depuis un palais de ténèbres souterraines. Cette géographie imaginaire reflète l'organisation sociale du Moyen Âge projetée sur le monde des démons par les théologiens et clercs.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Style visuel
Esthétique enluminure médiévale tardive fusionnée avec la gravure sur bois du XVIe siècle : atmosphère gothique sombre, contrastes forts, personnage couronné chevauchant un dragon sur fond de parchemin jauni et de sceaux démoniaques.
Ambiance sonore
Ambiance nocturne d'un scriptorium médiéval où des clercs copient des traités théologiques et des grimoires, mêlant le souffle des chandelles, les chants monastiques lointains et l'écho de prières latines dans la pierre.
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Pseudomonarchia Daemonum — Johann Weyer
1563
Ars Goetia (Clavicule de Salomon, partie I)
XVIIe siècle (compilation)
Malleus Maleficarum — Heinrich Kramer
1486
De la Démonomanie des Sorciers — Jean Bodin
1580
Dictionnaire Infernal — Jacques Collin de Plancy
1818





