Henri Becquerel(1852 — 1908)

Henri Becquerel

France

8 min de lecture

SciencesScientifiqueXIXe siècleBelle Époque et essor de la physique moderne

Physicien français (1852-1908), Henri Becquerel découvrit la radioactivité en 1896 en observant que les sels d'uranium impressionnaient des plaques photographiques sans exposition à la lumière. Cette découverte fondamentale lui valut le prix Nobel de physique en 1903, partagé avec Pierre et Marie Curie.

Questions fréquentes

Henri Becquerel (1852-1908) est un physicien français issu d'une véritable dynastie scientifique : son grand-père, son père et lui-même ont occupé la même chaire au Muséum national d'Histoire naturelle de Paris. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'en 1896, alors qu'il étudiait la phosphorescence des sels d'uranium, il a découvert par hasard que ces sels impressionnaient des plaques photographiques même dans l'obscurité totale. Il venait de mettre au jour un phénomène totalement inédit : la radioactivité naturelle, c'est-à-dire l'émission spontanée d'énergie par la matière. Cette découverte a ouvert la voie à la physique nucléaire et lui a valu le prix Nobel de physique en 1903, partagé avec Pierre et Marie Curie.

Faits marquants

  • 1852 : naissance à Paris dans une famille de physiciens (père et grand-père également scientifiques)
  • 1896 : découverte fortuite de la radioactivité en laissant des sels d'uranium sur des plaques photographiques
  • 1903 : prix Nobel de physique partagé avec Pierre et Marie Curie
  • L'unité de radioactivité, le becquerel (Bq), porte son nom
  • 1908 : mort au Croisic (Loire-Atlantique)

Œuvres & réalisations

Découverte de la radioactivité naturelle (1896)

Principal apport de Becquerel à la science : en prouvant que les sels d'uranium émettaient spontanément des rayonnements sans aucune source d'énergie extérieure, il ouvrit un domaine entièrement nouveau de la physique, qui aboutira à la physique nucléaire et à la théorie de la désintégration atomique.

Série de mémoires sur les propriétés des rayons uraniques (1896–1900)

Suite de publications dans les Comptes Rendus de l'Académie des sciences, dans lesquelles Becquerel démontra que les rayonnements traversent la matière, ionisent l'air et sont déviables par un champ magnétique, distinguant ainsi différents types de rayonnements.

Démonstration de la déviation magnétique des rayons bêta (1900)

Becquerel prouva que certains rayonnements radioactifs (les futurs « rayons bêta ») étaient déviés par un aimant, confirmant leur nature de particules chargées négativement (électrons), et les distinguant des rayons X et des rayons gamma.

Travaux sur la phosphorescence et la lumière polarisée (1878–1895)

Avant sa découverte majeure, Becquerel poursuivit les recherches familiales sur la phosphorescence, l'absorption infrarouge et la rotation du plan de polarisation de la lumière, travaux qui le conduisirent naturellement à étudier les sels d'uranium.

Conférence Nobel de physique (11 décembre 1903)

Discours prononcé à Stockholm dans lequel Becquerel retrace l'histoire de sa découverte et souligne ses implications pour la compréhension de la structure atomique de la matière, posant les bases conceptuelles de la physique nucléaire.

Anecdotes

En février 1896, Becquerel préparait une expérience pour exposer des sels d'uranium au soleil, convaincu que la lumière solaire était nécessaire pour déclencher leurs radiations. Le ciel parisien étant couvert plusieurs jours de suite, il rangea ses sels d'uranium enveloppés dans du papier noir sur des plaques photographiques dans un tiroir. Lorsqu'il développa les plaques par curiosité, il découvrit qu'elles étaient impressionnées sans avoir jamais vu la lumière : la radioactivité venait d'être découverte presque par accident.

Henri Becquerel appartenait à une véritable dynastie de physiciens : son grand-père Antoine César, son père Alexandre-Edmond et lui-même occupèrent successivement la même chaire de physique au Muséum national d'Histoire naturelle de Paris. C'est son père qui l'avait initié à l'étude de la phosphorescence, orientant directement ses recherches vers les sels d'uranium et leur comportement lumineux.

Becquerel nota avec surprise que les sels d'uranium non phosphorescents émettaient autant de radiations que les phosphorescents. Il en conclut que le phénomène était lié à l'élément uranium lui-même, et non à la phosphorescence. Cette observation décisive prouvait que la radioactivité était une propriété intrinsèque de la matière, et non une réaction à la lumière.

En 1901, Becquerel transporta dans la poche de son gilet un tube contenant du radium prêté par Pierre et Marie Curie. Après quelques heures, une brûlure apparut sur sa peau à l'emplacement du tube. Il rapporta l'incident à Pierre Curie, qui reproduisit délibérément l'expérience sur son propre bras : c'était l'une des toutes premières observations des effets nocifs des rayonnements ionisants sur l'organisme humain.

Lors de la cérémonie Nobel à Stockholm en décembre 1903, Becquerel partagea le prix avec Pierre et Marie Curie, ce qui constituait une première : jamais un couple marié n'avait été récompensé ensemble par cette distinction. Becquerel avait ouvert la voie en 1896, mais c'est le travail acharné des Curie pour isoler le polonium et le radium qui avait confirmé et considérablement élargi sa découverte fondamentale.

Sources primaires

Sur les radiations émises par phosphorescence (2 mars 1896)
Les lames recouvertes de diverses substances phosphorescentes ont été placées sur des plaques photographiques enveloppées dans du papier noir. Parmi les substances étudiées, les sels d'uranium ont produit des impressions notables, indépendamment de toute excitation lumineuse préalable.
Sur les radiations invisibles émises par les corps phosphorescents (23 mars 1896)
Des expériences ultérieures ont établi que les radiations émises par les sels d'uranium persistent dans l'obscurité totale et ne s'affaiblissent pas avec le temps, contrairement à la phosphorescence ordinaire qui s'éteint rapidement.
Sur le rayonnement des corps radioactifs — déviation magnétique (1900)
Le rayonnement émis par les sels de radium et les composés d'uranium peut être dévié par un champ magnétique intense, ce qui démontre que ces rayons sont constitués de particules chargées électriquement, distincts des rayons X de Röntgen.
Discours de réception du prix Nobel de physique (11 décembre 1903)
La découverte de ces nouvelles radiations a ouvert un champ d'investigation entièrement nouveau dont les conséquences scientifiques sont encore loin d'être épuisées. Elles révèlent une propriété jusqu'alors inconnue de la matière : l'émission spontanée et continue d'énergie.

Lieux clés

Muséum national d'Histoire naturelle — Paris

Lieu de travail principal de Becquerel, où trois générations de sa famille occupèrent la chaire de physique. C'est dans ce laboratoire qu'il réalisa en 1896 ses expériences fondatrices sur la radioactivité.

École polytechnique — Paris (rue Descartes, 5e arr.)

Grande école où Becquerel fit ses études à partir de 1874 et où il enseigna ensuite la physique appliquée. La rigueur mathématique et expérimentale de l'X façonna sa méthode scientifique.

Académie des sciences — Institut de France, Paris

Institution au sein de laquelle Becquerel présenta ses découvertes aux Comptes Rendus et fut élu membre en 1889, puis président en 1908. Lieu de consécration scientifique de toute sa carrière.

Stockholm — Académie royale des sciences de Suède

Lieu où Becquerel reçut le prix Nobel de physique en décembre 1903, conjointement avec Pierre et Marie Curie, pour la découverte de la radioactivité spontanée.

Le Croisic — Loire-Atlantique

Station balnéaire bretonne où Henri Becquerel mourut le 25 août 1908 lors d'un séjour de repos, à l'âge de 55 ans, laissant une œuvre scientifique qui allait fonder la physique nucléaire du XXe siècle.

Voir aussi