Biographie

Henry Morgan (vers 1635-1688) est un corsaire gallois au service de l'Angleterre qui mena des raids dévastateurs contre les possessions espagnoles des Caraïbes. Anobli par la Couronne, il termina sa carrière comme lieutenant-gouverneur de la Jamaïque.

Henry Morgan(1631 — 1688)

Henry Morgan

royaume d'Angleterre

8 min de lecture

MilitairePolitiqueChef militaireTemps modernesSeconde moitié du XVIIe siècle, à l'époque de la rivalité coloniale anglo-espagnole dans les Caraïbes et de la course (guerre de course) en mer des Antilles.

Questions fréquentes

Henry Morgan (vers 1635-1688) est un corsaire gallois au service de l'Angleterre, célèbre pour ses raids dévastateurs contre les Espagnols dans les Caraïbes. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il incarne la frontière floue entre pirate et militaire : officiellement autorisé par des lettres de marque, il a pourtant frôlé la piraterie. Son exploit le plus connu est le sac de Panama en 1671, qui déclencha un scandale diplomatique car la paix avec l'Espagne venait d'être signée. Moins aventurier qu'homme d'État, il finit sa carrière comme lieutenant-gouverneur de la Jamaïque, chargé de réprimer la piraterie.

Faits marquants

  • Né vers 1635 au pays de Galles, il rejoint les Caraïbes anglaises au milieu du XVIIe siècle
  • En 1668, il mène un raid audacieux contre Portobelo (actuel Panama), place forte espagnole
  • En 1671, il prend et pille Panama, l'une des plus riches cités de l'Empire espagnol d'Amérique
  • Anobli (chevalier) par Charles II d'Angleterre vers 1674 puis nommé lieutenant-gouverneur de la Jamaïque
  • Mort en 1688 à Port Royal (Jamaïque)

Œuvres & réalisations

Prise de Portobelo (1668)

Capture audacieuse d'un des ports les mieux fortifiés des Espagnols, qui rapporta une rançon considérable et établit la réputation de Morgan comme chef de guerre.

Campagne de Maracaibo (1669)

Raid sur les villes du lac de Maracaibo suivi d'une évasion célèbre grâce à un brûlot qui détruisit le vaisseau amiral espagnol.

Sac de Panama (1671)

Plus grande expédition flibustière de l'époque : la traversée de l'isthme et la destruction de la riche cité de Panama, exploit militaire mais désastre diplomatique.

Anoblissement et nomination comme lieutenant-gouverneur de la Jamaïque (1674)

Reconnaissance officielle par la Couronne : Morgan passe du statut de corsaire à celui de haut responsable colonial chargé de l'ordre et de la défense de l'île.

Répression de la piraterie à la Jamaïque (vers 1675-1681)

Comme représentant de l'autorité royale, Morgan organisa la traque et la pendaison de pirates, contribuant à transformer la Jamaïque d'un repaire de flibustiers en colonie ordonnée.

Procès en diffamation contre les éditeurs d'Exquemelin (1685)

Victoire judiciaire contre la version anglaise du livre qui le calomniait ; un des premiers grands procès en diffamation, qui força les éditeurs à corriger leur ouvrage.

Anecdotes

En 1669, piégé dans le lac de Maracaibo par trois navires de guerre espagnols qui bloquaient la sortie, Morgan transforma un bateau capturé en brûlot : il le bourra de poudre et de goudron et disposa sur le pont des bûches habillées en marins pour faire croire à un équipage. Lancé contre le vaisseau amiral espagnol, le brûlot l'embrasa et le coula, permettant aux flibustiers de s'échapper avec leur butin.

En 1671, Morgan rassembla près de 1 400 hommes, traversa la jungle de l'isthme de Panama et s'empara de la riche ville espagnole, qui partit en flammes. Le problème : l'Angleterre et l'Espagne avaient signé la paix (traité de Madrid) l'année précédente. L'expédition devint un scandale diplomatique et Morgan fut rappelé et envoyé à Londres comme un prisonnier de marque.

Loin d'être puni, Morgan fut traité en héros à Londres : le roi Charles II le fit chevalier en 1674, puis le renvoya à la Jamaïque comme lieutenant-gouverneur. Devenu représentant de l'ordre, l'ancien corsaire se mit alors à pourchasser et faire pendre des pirates, parfois ses anciens compagnons d'armes.

Quand parut le livre à succès d'Alexandre Exquemelin sur les flibustiers, Morgan se reconnut dépeint comme un brigand cruel, prétendument vendu autrefois comme engagé aux Antilles. Furieux, il attaqua en justice les éditeurs anglais pour diffamation en 1685 et obtint 200 livres de dommages : un des plus anciens procès en diffamation de l'histoire.

En 1668, Morgan prit la place forte de Portobelo, sur la côte du Panama, pourtant protégée par de puissants châteaux. Selon le récit d'Exquemelin, les flibustiers auraient forcé des religieux et des religieuses à porter les échelles contre les remparts, espérant que les défenseurs n'oseraient pas tirer sur eux.

Sources primaires

Alexandre Exquemelin, De Americaensche Zee-Roovers (Les Flibustiers d'Amérique) (1678 (édition néerlandaise) ; traduction anglaise 1684)
Le chirurgien Exquemelin, qui servit parmi les flibustiers, consacre de longs chapitres à « l'amiral » Morgan, racontant en détail les prises de Portobelo, de Maracaibo et de Panama, ainsi que la cruauté des boucaniers envers les prisonniers espagnols.
Traité de Madrid entre l'Angleterre et l'Espagne (8/18 juillet 1670)
L'accord reconnaît les possessions anglaises dans les Indes occidentales et engage les deux couronnes à cesser les hostilités et les actes de course dans les Caraïbes — paix conclue avant le sac de Panama par Morgan.
Commission accordée à Henry Morgan par Thomas Modyford, gouverneur de la Jamaïque (vers 1667-1670)
Le gouverneur de la Jamaïque autorise Morgan à lever des hommes et à attaquer les positions espagnoles pour défendre l'île, lui conférant le statut de corsaire au service de la Couronne plutôt que de simple pirate.
Calendar of State Papers, Colonial Series (correspondance coloniale anglaise) (1668-1688)
Les dépêches échangées entre la Jamaïque et Londres rapportent les expéditions de Morgan, son rappel après Panama, son anoblissement, puis sa nomination et son action comme lieutenant-gouverneur chargé de réprimer la piraterie.

Lieux clés

Glamorgan, pays de Galles

Région du sud du pays de Galles, près de Cardiff, où naquit Henry Morgan dans une famille de petite noblesse rurale. C'est de là qu'il partit chercher fortune aux Antilles.

Port Royal, Jamaïque

Port anglais des Caraïbes, base des flibustiers et l'une des villes les plus riches du Nouveau Monde, surnommée « la cité la plus pécheresse ». Morgan en fit son quartier général, y vécut comme planteur et y fut enterré.

Portobelo, Panama

Port espagnol fortifié de l'isthme de Panama, point de transit de l'argent du Pérou. Morgan s'en empara en 1668 malgré ses puissants châteaux.

Maracaibo, Venezuela

Ville espagnole au bord d'un grand lac relié à la mer par une passe étroite. En 1669, Morgan y fut piégé par une escadre espagnole avant de s'en échapper grâce à un brûlot.

Panama (Panamá Viejo)

Riche cité espagnole sur la côte pacifique, débouché de l'or et de l'argent du Pérou. Morgan la prit et la livra aux flammes en 1671, sommet et scandale de sa carrière.

Londres, Angleterre

Capitale où Morgan fut conduit en 1672 après le sac de Panama. Au lieu d'un procès, il y fut fêté, anobli par Charles II, puis renvoyé gouverner la Jamaïque.

Voir aussi