Hermann Weyl(1885 — 1955)

Hermann Weyl

États-Unis, Suisse, Allemagne, république de Weimar, Empire allemand

9 min de lecture

SciencesPhilosophieMathématicien(ne)XXe sièclePremière moitié du XXe siècle, époque des grandes révolutions scientifiques (relativité, mécanique quantique) et des deux guerres mondiales

Mathématicien et physicien théoricien allemand (1885-1955), Hermann Weyl a profondément renouvelé la géométrie, la topologie et la physique mathématique. Il a contribué à la théorie des groupes, à la relativité générale et à la mécanique quantique.

Questions fréquentes

Hermann Weyl (1885-1955) était un mathématicien et physicien théoricien allemand, élève de David Hilbert à Göttingen. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il a révolutionné plusieurs domaines : il a unifié la théorie des surfaces de Riemann avec la topologie naissante, donné une présentation mathématique rigoureuse de la relativité générale d'Einstein, et surtout inventé le concept d'invariance de jauge en 1918. Moins une simple avancée technique qu'un changement de paradigme, cette idée est devenue le pilier de toute la physique des particules moderne. Weyl a aussi appliqué la théorie des groupes à la mécanique quantique, jetant les bases de la physique de l'état solide et de la chimie quantique.

Citations célèbres

« La logique est le fondement des mathématiques, et les mathématiques sont le fondement de toutes les sciences. »
« Ma décision de suivre Hilbert à Göttingen fut la décision la plus importante de ma vie intellectuelle. »

Faits marquants

  • 1885 : Naissance à Elmshorn, en Allemagne
  • 1913 : Publication de 'L'idée de la surface de Riemann', œuvre fondatrice en géométrie
  • 1918 : Tentative d'unification de la gravitation et de l'électromagnétisme dans 'Espace, Temps, Matière'
  • 1933 : Émigration aux États-Unis (Institute for Advanced Study, Princeton) pour fuir le nazisme
  • 1955 : Décès à Zurich

Œuvres & réalisations

Die Idee der Riemannschen Fläche (1913)

Premier grand ouvrage de Weyl, il unifie et clarifie la théorie des surfaces de Riemann en combinant analyse complexe et topologie naissante, ouvrant la voie à la géométrie différentielle et à la topologie modernes.

Raum, Zeit, Materie (1918)

Présentation mathématique rigoureuse de la relativité générale d'Einstein, considérée comme l'une des meilleures introductions à la théorie ; l'ouvrage connut cinq éditions successives et reste une référence classique de la physique mathématique.

Das Kontinuum (1918)

Essai sur les fondements de l'analyse mathématique dans lequel Weyl remet en question certaines bases logiques de l'infini actuel et propose une reconstruction partielle du calcul sur des fondements constructivistes.

Théorie de jauge (Eichtheorie) (1918-1929)

Concept révolutionnaire introduit pour tenter d'unifier gravitation et électromagnétisme ; bien que sa forme originale ait nécessité des corrections, l'idée de symétrie de jauge locale deviendra le principe central de toute la physique des particules moderne.

Gruppentheorie und Quantenmechanik (1928)

Œuvre fondatrice qui applique la théorie des groupes de symétrie à la mécanique quantique ; elle influencera durablement la physique théorique, la chimie quantique et toute la physique de l'état solide.

The Classical Groups: Their Invariants and Representations (1939)

Traité monumental sur les groupes classiques de transformations linéaires, devenu une référence incontournable en algèbre, en géométrie différentielle et en physique mathématique.

Symmetry (1952)

Livre de vulgarisation explorant la notion de symétrie dans les mathématiques, la physique, les arts décoratifs et la nature vivante, témoignant de la capacité exceptionnelle de Weyl à relier science et culture humaniste.

Anecdotes

En 1918, Hermann Weyl proposa une théorie révolutionnaire pour unifier la gravitation et l'électromagnétisme en étendant la relativité générale d'Einstein. Il inventa pour cela le concept d'« invariance de jauge » (Eichtheorie), une idée si féconde qu'elle deviendra, des décennies plus tard, le fondement de toute la physique des particules modernes. Einstein lui-même écrivit à Weyl pour lui dire que c'était « un chef-d'œuvre », tout en soulevant une objection physique majeure qui força Weyl à réviser son approche.

Weyl était l'un des élèves les plus brillants de David Hilbert, le plus grand mathématicien de son époque, à l'Université de Göttingen. En 1930, lorsque Hilbert prit sa retraite, c'est Weyl qui fut choisi pour lui succéder à la chaire la plus prestigieuse de mathématiques d'Allemagne — une succession symbolique qui témoignait de l'immense estime que la communauté scientifique lui portait.

En 1933, dès l'arrivée d'Hitler au pouvoir, Weyl décida de quitter l'Allemagne pour rejoindre l'Institute for Advanced Study de Princeton, refusant de cautionner le régime nazi. Sa femme étant d'origine juive, la situation était de surcroît dangereuse pour leur famille. Il rejoignit ainsi Einstein et d'autres grands savants exilés qui faisaient de Princeton un nouveau centre mondial des mathématiques.

Weyl avait une passion rare pour la philosophie et les humanités, inhabituelle chez les scientifiques de son niveau. Il fut profondément influencé par le philosophe Edmund Husserl et s'intéressa toute sa vie aux fondements des mathématiques, notamment à l'intuitionnisme de Brouwer. Son ouvrage « Philosophie der Mathematik und Naturwissenschaft » (1927) reste un classique à la frontière de la science et de la philosophie.

À la fin de sa vie, Weyl publia un petit livre intitulé « Symmetry » (1952), destiné au grand public, dans lequel il explorait la notion de symétrie à travers les arts, la nature et les mathématiques. Illustré de nombreux exemples visuels tirés de l'art islamique, de la cristallographie et de la biologie, cet ouvrage témoigne de sa conviction profonde que la beauté mathématique et la beauté artistique partagent une même source.

Sources primaires

Raum, Zeit, Materie (Espace, Temps, Matière) (1918)
La géométrie riemannienne fournit le cadre mathématique naturel dans lequel la théorie de la gravitation d'Einstein prend tout son sens. L'espace n'est pas un contenant rigide et préexistant, mais une structure dynamique façonnée par la présence de la matière.
Gruppentheorie und Quantenmechanik (Théorie des groupes et mécanique quantique) (1928)
La théorie des groupes fournit le langage mathématique approprié pour décrire les symétries fondamentales de la mécanique quantique et les propriétés de structure des atomes et des molécules.
Die Idee der Riemannschen Fläche (L'idée de la surface de Riemann) (1913)
Les surfaces de Riemann constituent l'objet mathématique naturel pour étudier les fonctions analytiques de variable complexe dans leur pleine généralité topologique, réconciliant analyse et géométrie.
Symmetry (1952)
Symmetry, as wide or as narrow as you may define its meaning, is one idea by which man through the ages has tried to comprehend and create order, beauty, and perfection.
Das Kontinuum (Le Continu) (1918)
La notion de continu mathématique ne peut être fondée rigoureusement qu'en révisant profondément les bases logiques de l'analyse, en renonçant à certaines formes d'infinité actuelle qui dépassent ce que l'intuition peut légitimement saisir.

Lieux clés

Elmshorn, Schleswig-Holstein, Allemagne

Ville natale de Hermann Weyl, où il naît le 9 novembre 1885. Petite ville du nord de l'Allemagne, elle marque ses origines dans une famille bourgeoise de l'Allemagne wilhelmienne en pleine expansion industrielle.

Université de Göttingen, Allemagne

Centre mondial des mathématiques au début du XXe siècle, c'est ici que Weyl étudie sous Hilbert, soutient sa thèse, puis revient en 1930 pour succéder à son maître avant de fuir le régime nazi en 1933.

École polytechnique fédérale de Zurich (ETH Zurich), Suisse

Weyl y enseigne les mathématiques de 1913 à 1930 ; c'est dans ce cadre intellectuel stimulant, où Einstein avait lui-même étudié, qu'il rédige ses œuvres majeures sur la relativité et la théorie des groupes.

Institute for Advanced Study, Princeton, États-Unis

Exilé d'Allemagne en 1933, Weyl rejoint cet institut d'élite fondé deux ans plus tôt, où il côtoie Einstein et d'autres grands savants européens réfugiés, et y travaille jusqu'à sa retraite en 1951.

Zurich, Suisse

Weyl choisit de retourner à Zurich après sa retraite de Princeton ; il y meurt le 8 décembre 1955, dans la ville qui avait abrité ses années les plus créatives et où il se sentait profondément chez lui.

Voir aussi