Ibn Sina

Ibn Sina

6 min de lecture

SciencesPhilosophieLettresMédecinPhilosopheMoyen ÂgeÂge d'or de la civilisation islamique, au tournant des Xe et XIe siècles, dans la région de Boukhara et de la Perse (actuels Ouzbékistan et Iran)

Ibn Sina, connu en Occident sous le nom d'Avicenne, est un médecin, philosophe et savant persan de l'âge d'or islamique. Son Canon de la médecine a servi de référence dans les universités européennes et arabes pendant des siècles.

Questions fréquentes

Pour comprendre cela, il faut se rappeler que les savants arabes et persans ont été redécouverts en Europe médiévale par des traductions latines. Ce qui frappe ici, c'est que le nom « Avicenne » vient de la latinisation de « Ibn Sina » par les traducteurs de Tolède, comme Gérard de Crémone. Ce qu'il faut retenir, c'est que derrière ces deux noms se cache un même personnage : un médecin, philosophe et savant né vers 980 près de Boukhara, dans l'actuel Ouzbékistan, dont l'œuvre a marqué aussi bien le monde islamique que l'Europe.

Faits marquants

  • Né vers 980 près de Boukhara (actuel Ouzbékistan) et mort en 1037 à Hamadan (Perse)
  • Rédige le Canon de la médecine (Al-Qanun fi al-Tibb), encyclopédie médicale utilisée jusqu'au XVIIe siècle en Europe
  • Auteur du Livre de la guérison (Kitab al-Shifa), vaste somme philosophique et scientifique
  • Transmet et commente la pensée d'Aristote, influençant la philosophie médiévale chrétienne et la scolastique
  • Considéré comme l'un des plus grands penseurs de l'âge d'or islamique, à la croisée de la médecine, des sciences et de la métaphysique

Œuvres & réalisations

Al-Qanun fi al-Tibb (Le Canon de la médecine) (vers 1025)

Encyclopédie médicale en cinq livres, référence majeure en Europe et dans le monde islamique pendant des siècles.

Kitab al-Shifa (Le Livre de la guérison) (vers 1020-1027)

Vaste encyclopédie philosophique et scientifique couvrant logique, physique, mathématiques et métaphysique.

Kitab al-Najat (Le Livre du salut) (vers 1027)

Abrégé du Livre de la guérison, destiné à présenter l'essentiel de sa philosophie de façon plus accessible.

Al-Isharat wa al-Tanbihat (Le Livre des directives et remarques) (vers 1030)

Une de ses œuvres philosophiques les plus mûres, très commentée par les penseurs musulmans postérieurs.

Risala fi al-Hudud (Le Livre des définitions) (vers 1010-1020)

Recueil de définitions précises des notions philosophiques, témoignant de sa rigueur logique.

Hayy ibn Yaqzan (Le Vivant fils de l'Éveillé) (vers 1020)

Récit allégorique et philosophique, où un personnage symbolise l'intellect en quête de vérité.

Traité sur la formation des montagnes et des minéraux (vers 1020)

Observations géologiques avancées, suggérant que les montagnes naissent de l'érosion et des séismes sur de longues durées.

Anecdotes

Selon son autobiographie, Ibn Sina aurait mémorisé l'intégralité du Coran à l'âge de dix ans, puis dévoré les œuvres de logique, de mathématiques et de médecine de son époque. Vers seize ans, il soignait déjà des malades et disait avoir trouvé la médecine « facile » à apprendre.

Il raconte avoir buté pendant des mois sur la Métaphysique d'Aristote, qu'il aurait relue quarante fois sans la comprendre. C'est en tombant par hasard sur un petit commentaire d'al-Farabi, acheté à un bouquiniste pour quelques pièces, que tout s'éclaira soudain pour lui.

Jeune homme, il guérit l'émir samanide Nuh ibn Mansur d'une maladie que les autres médecins ne savaient soigner. En récompense, on lui ouvrit l'accès à la fameuse bibliothèque royale de Boukhara, où il put lire des ouvrages rares qu'il ne retrouva jamais ailleurs.

Sa vie fut une suite de voyages et de troubles politiques : il dut fuir plusieurs cours, fut même emprisonné dans la forteresse de Fardajan, et il écrivait souvent la nuit, après ses journées de service auprès des princes. On dit qu'il dictait certains chapitres de mémoire à ses élèves.

Le Canon de la médecine (al-Qanun) qu'il composa devint un manuel de référence enseigné dans les universités d'Europe comme du monde musulman pendant près de six siècles, traduit en latin sous le nom d'Avicenne.

Sources primaires

Autobiographie d'Ibn Sina (rapportée par son disciple al-Juzjani) (vers 1020-1030)
« À dix ans, j'avais achevé l'étude du Coran et d'une grande partie des belles-lettres, au point qu'on s'en étonnait. »
Al-Qanun fi al-Tibb (Le Canon de la médecine) (vers 1025)
« La médecine est la science par laquelle on connaît les états du corps humain en ce qui concerne la santé et l'absence de santé, afin de conserver la santé et de la rétablir lorsqu'elle est perdue. »
Kitab al-Shifa (Le Livre de la guérison) (vers 1020-1027)
« Si quelqu'un nie l'évidence première, qu'on le frappe et qu'on le brûle, jusqu'à ce qu'il reconnaisse que celui qu'on frappe n'est pas celui qu'on ne frappe pas. »

Lieux clés

Afshana, près de Boukhara

Village natal d'Ibn Sina, dans la région de Boukhara, alors sous domination samanide. C'est là qu'il passa sa petite enfance avant de s'installer en ville.

Boukhara

Capitale samanide et grand centre intellectuel où Ibn Sina étudia et eut accès à la célèbre bibliothèque royale. Ville-clé de son éducation.

Rayy

Ville de Perse, près de l'actuelle Téhéran, où Ibn Sina servit un temps comme médecin auprès de la cour bouyide lors de ses années d'errance.

Forteresse de Fardajan

Château proche de Hamadan où Ibn Sina fut emprisonné quelques mois à la suite de troubles politiques. Il y continua malgré tout à écrire.

Hamadan

Ville de l'ouest de la Perse où Ibn Sina exerça comme médecin et vizir des émirs bouyides, et où il mourut vers 1037. Son mausolée s'y trouve encore aujourd'hui.

Ispahan

Grande cité persane où Ibn Sina trouva refuge et protection à la cour, et où il acheva certaines de ses œuvres dans une période plus paisible.

Voir aussi