Journaliste et militante afro-américaine née en esclavage en 1862, Ida B. Wells mena des enquêtes rigoureuses sur les lynchages aux États-Unis et co-fonda la NAACP. Figure pionnière du journalisme d'investigation et du mouvement pour les droits civiques.
Ida B. Wells(1862 — 1931)
Ida B. Wells
États-Unis
9 min de lecture
Questions fréquentes
Citations célèbres
« Le silence ne protège pas les femmes — il protège leurs agresseurs.»
« La seule manière d'arrêter le lynchage est de lever la main contre lui.»
Faits marquants
- 1862 : naissance à Holly Springs, Mississippi, dans une famille d'esclaves affranchis à la fin de la guerre de Sécession
- 1884 : refus de céder sa place dans un wagon réservé aux Blancs, sept ans avant l'affaire Rosa Parks
- 1892 : publication de 'Southern Horrors', enquête pionnière sur le lynchage aux États-Unis
- 1909 : co-fondatrice de la NAACP (National Association for the Advancement of Colored People)
- 1931 : décès à Chicago après une vie consacrée à la lutte contre la ségrégation et pour le droit de vote des femmes
Œuvres & réalisations
Première grande enquête d'Ida B. Wells sur le lynchage, publiée après l'assassinat de son ami Thomas Moss. Elle y démontre que la plupart des accusations de viol contre des hommes noirs sont des prétextes pour éliminer des concurrents économiques ou politiques.
Premier recensement statistique systématique des lynchages aux États-Unis entre 1892 et 1894 : plus de 2 500 cas documentés avec noms, dates et motifs allégués. Ce travail de journaliste d'investigation est encore utilisé par les historiens aujourd'hui.
Enquête sur les émeutes raciales de La Nouvelle-Orléans, dans laquelle Wells documente les violences policières et de la foule blanche contre la communauté noire. Elle y exige une commission d'enquête fédérale.
Wells est l'une des figures fondatrices de la NAACP, organisation encore active aujourd'hui qui lutte pour les droits civiques des Afro-Américains. Elle fut l'une des rares femmes noires signataires du manifeste fondateur.
Mémoires rédigés dans les dernières années de sa vie, publiés à titre posthume par sa fille. Ce livre est la principale source directe sur la vie et l'engagement d'Ida B. Wells.
Anecdotes
En 1878, une épidémie de fièvre jaune emporte les parents d'Ida B. Wells et un de ses frères. Elle n'a que seize ans. Pour éviter que ses frères et sœurs ne soient séparés dans des familles d'accueil, elle ment sur son âge et se fait engager comme institutrice, devenant ainsi le soutien de toute la fratrie.
En 1884, Ida B. Wells achète un billet de première classe dans le train entre Memphis et Nashville. Le contrôleur lui ordonne de rejoindre le wagon 'pour les Noirs', un wagon bondé et enfumé. Elle refuse et s'accroche à son siège. Éjectée de force, elle porte plainte et obtient d'abord gain de cause : le tribunal de première instance lui accorde 500 dollars de dommages et intérêts. La Cour suprême du Tennessee cassera ce jugement cinq ans plus tard.
En mars 1892, son ami Thomas Moss, propriétaire d'une épicerie à Memphis, est lynché par une foule blanche jalouse de sa réussite commerciale. Wells enquête, publie des éditoriaux cinglants dans son journal. En représailles, sa presse est détruite et elle reçoit des menaces de mort. Elle ne pourra jamais revenir dans le Sud. Cet épisode la décide à consacrer sa vie à la dénonciation des lynchages.
Ida B. Wells se déplaçait avec un revolver dans son sac. Elle expliquait sans détour : 'Un Winchester dans chaque foyer negro ferait plus pour régler la question du lynchage que toutes les conférences du monde.' Pour elle, le droit à l'autodéfense n'était pas une option mais une nécessité vitale dans l'Amérique ségrégationniste.
En 1913, lors de la grande marche des suffragettes à Washington D.C., les organisatrices blanches demandent aux femmes noires de défiler séparément, à l'arrière du cortège. Wells refuse et attend sur le trottoir. Quand la délégation de l'Illinois passe devant elle, elle surgit et se place au milieu des autres manifestantes. Personne n'ose l'en empêcher.
Sources primaires
Nobody in this section of the country believes the old thread-bare lie that Negro men rape white women. If Southern white men are not careful, they will over-reach themselves and public sentiment will have a reaction; a conclusion will then be reached which will be very damaging to the moral reputation of their women.
In slave times the Negro was kept subservient and submissive by the frequency and severity of the scourging, but, with freedom, a new system of intimidation came into vogue; the Negro was not only whipped and scourged; he was killed.
I had already determined to sell my one-third interest in the Free Speech and use the money to go on an extended trip to investigate and write about the lynching evil, but I had not yet made any definite plans. The destruction of my paper and the threats of death changed that. I went to New York.
This is not a defense of any crime, but a record of the barbarism of mob law which, within the past thirty years, has executed without judge or jury more than ten thousand men, women and children.
The colored people of Chicago are not looking for social equality with white people. They are simply asking for the same protection under the law that other citizens enjoy.
Lieux clés
Ville natale d'Ida B. Wells, où elle naît en esclavage le 16 juillet 1862. Ses parents, libérés à la fin de la guerre, y sont emportés par la fièvre jaune en 1878, laissant Ida seule responsable de ses six frères et sœurs.
Wells s'y installe comme institutrice puis journaliste et co-propriétaire du journal 'Free Speech'. C'est là qu'elle mène ses premières enquêtes sur les lynchages et qu'elle doit fuir en 1892 après la destruction de sa presse.
Exilée du Sud, Wells s'établit à Chicago où elle devient une figure majeure de la communauté afro-américaine. Elle y fonde le Negro Fellowship League, milite pour le droit de vote des femmes et y décède en 1931.
Wells effectue deux tournées en Angleterre (1893 et 1894) pour sensibiliser les Britanniques au lynchage. Sa stratégie de diplomatie populaire internationale força les médias américains à couvrir la question qu'ils ignoraient jusque-là.
Wells y participe à la marche pour le suffrage de 1913 et interpelle plusieurs fois le Congrès américain pour demander une loi fédérale anti-lynchage, qui ne sera jamais adoptée de son vivant.
Objets typiques

Wells menait ses investigations comme une journaliste rigoureuse, collectant témoignages, dates et noms des victimes. Ses carnets de notes constituent la matière première de ses rapports statistiques sur les lynchages, une méthode révolutionnaire pour l'époque.

Wells portait un revolver lors de ses déplacements et conseillait aux communautés noires de s'armer pour se défendre. Pour elle, face à la violence des foules blanches et à l'inaction de la police, l'autodéfense était un droit fondamental.
📷 CC BY 2.5 · Wikimedia Commons ↗
Wells co-dirigeait le journal 'Free Speech and Headlight' à Memphis. Sa presse fut détruite par une foule en 1892 en représailles à ses éditoriaux. Cet acte de censure violente ne fit que renforcer sa détermination à écrire.
📷 Domaine public · Wikimedia Commons ↗
En 1884, Wells achète délibérément un billet de première classe pour contester la ségrégation ferroviaire. Ce geste de résistance civique, soixante-dix ans avant Rosa Parks, marque le début de son engagement public.

Pour 'The Red Record' (1895), Wells construisit à la main des tableaux recensant les lynchages par État, par année et par motif allégué. Ces données chiffrées donnaient une force imparable à son argumentation face aux autorités qui minimisaient le phénomène.

Wells distribua ses brochures d'enquête lors de tournées en Angleterre (1893 et 1894), où elle cherchait à mobiliser l'opinion publique britannique contre le lynchage, espérant ainsi faire pression sur les États-Unis via la communauté internationale.
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Vie quotidienne
Matin
Dans les années 1890 à Memphis, Ida B. Wells se levait tôt pour lire les dépêches et les journaux locaux, guettant les nouvelles d'incidents raciaux. Elle rédigeait ses éditoriaux le matin, souvent debout à un pupitre, avant de se rendre à la rédaction du 'Free Speech'. La journée commençait parfois par une correspondance avec des témoins ou des avocats qu'elle sollicitait dans ses enquêtes.
Après-midi
Ses après-midi étaient partagées entre la gestion de la rédaction, les interviews de témoins et les déplacements pour recueillir des informations sur le terrain. Après 1892, depuis New York ou Chicago, elle rencontrait des journalistes, des pasteurs et des élus afro-américains, construisant patiemment un réseau militant. Elle préparait aussi ses conférences publiques, qu'elle donnait souvent en soirée.
Soir
Wells donnait régulièrement des conférences dans les églises et salles communautaires, devant des auditoires noirs ou, lors de ses tournées britanniques, mixtes. Après ses interventions, elle discutait longuement avec le public. Chez elle, le soir, elle lisait, annotait des documents et tenait son journal intime, qu'elle rédigeait avec une précision journalistique.
Alimentation
Comme la majorité des familles afro-américaines du Sud à cette époque, son alimentation dans sa jeunesse était simple : maïs, légumes du jardin, volaille. À Chicago, sa situation plus aisée lui permit de varier davantage. Elle recevait à sa table militants et intellectuels comme W.E.B. Du Bois ou Frederick Douglass.
Vêtements
Wells s'habillait avec la rigueur bourgeoise propre aux femmes noires éduquées de son époque, qui savaient que leur tenue était un acte politique : robe longue sombre, col fermé, chignon impeccable. Sur les photos, elle apparaît toujours élégante et digne, refusant tout stéréotype dégradant. Lors de son expulsion du train en 1884, c'est en robe de première classe qu'elle résiste au contrôleur.
Habitat
Après la destruction de sa presse à Memphis (1892), Wells ne put jamais posséder de propriété dans le Sud. À Chicago, elle s'installa avec sa famille dans le quartier noir de Bronzeville, dans un appartement puis une maison. Sa maison de Chicago, où elle vécut les dernières décennies de sa vie, est aujourd'hui un monument historique national.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Southern Horrors: Lynch Law in All Its Phases
1892
The Red Record
1895
Mob Rule in New Orleans
1900
Co-fondation de la NAACP (National Association for the Advancement of Colored People)
1909
Crusade for Justice (autobiographie)
1928 (publié en 1970)






