Jacques Lacan(1901 — 1981)

Jacques Lacan

France

6 min de lecture

PhilosophieSciencesSociétéXXe siècleFrance du XXe siècle, de l'entre-deux-guerres aux années 1980 — époque de l'essor des sciences humaines et du structuralisme.

Psychiatre et psychanalyste français, figure majeure de la psychanalyse du XXe siècle. Il propose un « retour à Freud » et relit la psychanalyse à la lumière du structuralisme et de la linguistique, affirmant que « l'inconscient est structuré comme un langage ».

Questions fréquentes

Jacques Lacan (1901-1981) est un psychiatre et psychanalyste français qui a révolutionné la psychanalyse en proposant un « retour à Freud » éclairé par le structuralisme et la linguistique. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il a fait de l'inconscient non pas un réservoir d'instincts, mais une structure comparable à un langage, ce qui a profondément marqué les sciences humaines du XXe siècle. Son enseignement oral, le Séminaire, donné pendant près de trente ans à Paris, en a fait une figure centrale de la vie intellectuelle française.

Citations célèbres

« L'inconscient est structuré comme un langage. »
« Le désir de l'homme est le désir de l'Autre. »

Faits marquants

  • Naît à Paris en 1901, mort en 1981.
  • Soutient en 1932 sa thèse de psychiatrie sur la psychose paranoïaque.
  • Présente en 1936 le concept du « stade du miroir » au congrès de Marienbad.
  • Anime à partir de 1953 un séminaire influent et prône le « retour à Freud ».
  • Fonde en 1964 l'École freudienne de Paris, qu'il dissout en 1980.

Œuvres & réalisations

De la psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité (thèse de doctorat) (1932)

Sa thèse de médecine, étude du « cas Aimée », qui le fait remarquer dans les milieux psychiatriques et surréalistes.

Le stade du miroir comme formateur de la fonction du Je (1949)

Texte fondateur où il explique comment l'enfant construit l'image de son moi en se reconnaissant dans un miroir.

Fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse (rapport de Rome) (1953)

Manifeste de son « retour à Freud » qui place la parole et le langage au cœur de la psychanalyse.

Le Séminaire (séminaire public hebdomadaire) (1953-1980)

Enseignement oral pendant près de trente ans, transcrit ensuite en de nombreux volumes ; cœur de sa transmission.

Écrits (1966)

Recueil majeur de ses textes, succès de librairie qui diffuse sa pensée bien au-delà de la psychanalyse.

Fondation de l'École freudienne de Paris (1964)

Création de sa propre institution pour former des analystes après sa rupture avec l'association internationale.

La théorie des trois registres : Réel, Symbolique, Imaginaire (années 1950-1970)

Cadre conceptuel central de sa pensée, qu'il finira par illustrer avec le nœud borroméen.

Anecdotes

Dans les années 1950, Lacan organise chaque semaine un « séminaire » qui devient un véritable événement intellectuel à Paris. Philosophes, écrivains et étudiants se pressent pour l'écouter parler pendant des heures, souvent de façon volontairement déroutante. Ce séminaire durera près de trente ans et fera de lui une star des idées.

Lacan était célèbre pour ses séances de psychanalyse à durée variable : au lieu des 45 ou 50 minutes habituelles, il pouvait interrompre un patient au bout de quelques minutes seulement. Cette pratique des « séances courtes » a provoqué de vives critiques et fut l'une des raisons de son exclusion de l'association internationale de psychanalyse en 1963.

Passionné d'art, Lacan a acheté en secret le dernier tableau scandaleux de Gustave Courbet, « L'Origine du monde ». Pour le cacher des regards, il commanda à son beau-frère, le peintre André Masson, un panneau coulissant peint qui dissimulait l'œuvre dans sa maison de campagne.

Jeune homme, Lacan fréquentait les milieux surréalistes et discutait avec des artistes comme Salvador Dalí et l'écrivain André Breton. Sa thèse de médecine de 1932, consacrée à une patiente paranoïaque, fut admirée par les surréalistes qui y virent un écho à leurs propres recherches sur l'inconscient et le rêve.

Lacan aimait jouer avec les mots et inventait sans cesse des termes nouveaux et des jeux de langage. Il forgea par exemple le mot « lalangue » et parlait de « mathèmes », de petites formules empruntées aux mathématiques pour tenter d'écrire la psychanalyse comme une science.

Sources primaires

Le Stade du miroir comme formateur de la fonction du Je (communication au congrès de Zurich) (1949)
Il y suffit de comprendre le stade du miroir comme une identification au sens plein que l'analyse donne à ce terme : à savoir la transformation produite chez le sujet, quand il assume une image.
Écrits (1966)
L'inconscient est structuré comme un langage.
Fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse (rapport de Rome) (1953)
Que la psychanalyse n'ait qu'un médium : la parole du patient. L'évidence du fait n'excuse pas qu'on le néglige.
Le Séminaire, Livre XI : Les Quatre Concepts fondamentaux de la psychanalyse (1964)
L'inconscient, c'est ce qui se referme dès qu'il s'est ouvert, selon une pulsation temporelle.

Lieux clés

Paris

Ville natale de Lacan, où il exerce comme psychiatre et psychanalyste et donne ses séminaires. Centre de la vie intellectuelle française du XXe siècle.

Hôpital Sainte-Anne, Paris

Grand hôpital psychiatrique parisien où Lacan se forme à la psychiatrie et tient son séminaire dans les années 1950.

École normale supérieure, rue d'Ulm, Paris

Prestigieuse école où Lacan transfère son séminaire à partir de 1964, attirant un public d'étudiants et d'intellectuels.

Guitrancourt

Village des Yvelines où Lacan possède sa maison de campagne, « La Prévôté », dans laquelle il cache le tableau de Courbet « L'Origine du monde ».

Rome

Ville où Lacan prononce en 1953 son célèbre « rapport de Rome » sur la fonction de la parole et du langage en psychanalyse.

Voir aussi