Biographie

Jean Tinguely (1925-1991) est un sculpteur suisse pionnier de l'art cinétique et du mouvement Nouveau Réalisme. Ses célèbres machines-sculptures absurdes, comme les Méta-Matics, questionnent la société industrielle et la place de la machine dans l'art.

Jean Tinguely(1925 — 1991)

Jean Tinguely

Suisse

9 min de lecture

Arts visuelsTechnologieArtisteXXe siècleSeconde moitié du XXe siècle, période de l'art contemporain et des avant-gardes europénnes

Questions fréquentes

Jean Tinguely (1925-1991) est un sculpteur suisse pionnier de l'art cinétique et membre fondateur du Nouveau Réalisme. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il a radicalement transformé notre rapport à l'art en construisant des machines-sculptures absurdes et auto-destructrices. Ses œuvres, comme Homage to New York (1960) qui s'est détruite en 27 minutes dans le jardin du MoMA, remettent en question les notions d'œuvre unique, de génie créateur et de permanence. En intégrant le mouvement, le bruit et la récupération, il a ouvert la voie à l'art de la performance et à une critique de la société industrielle. Son héritage est immense : il a influencé des générations d'artistes travaillant le mouvement, le recyclage et l'éphémère.

Citations célèbres

« Le mouvement est la seule chose permanente.»

Faits marquants

  • Naissance à Fribourg (Suisse) en 1925
  • Crée les Méta-Matics (machines à dessiner) en 1959
  • Rejoint le mouvement Nouveau Réalisme fondé par Pierre Restany en 1960
  • Réalise Homage to New York, sculpture autodestructrice au MoMA, en 1960
  • Décès à Berne en 1991 ; le Musée Tinguely à Bâle lui est dédié

Œuvres & réalisations

Méta-Matics (1959)

Série de machines à dessiner motorisées présentées à Paris, capables de produire automatiquement des dessins abstraits. Elles remettent radicalement en question la notion d'œuvre d'art unique, de signature et de génie créateur.

Homage to New York (17 mars 1960)

Sculpture auto-destructrice présentée dans le jardin du MoMA de New York, construite de ferraille, d'un piano et d'une baignoire, qui se détruisit elle-même en vingt-sept minutes sous les yeux du public. Événement fondateur de l'art éphémère et de la performance.

Study for an End of the World No. 2 (1962)

Deuxième sculpture auto-destructrice à grande échelle, réalisée dans le désert du Nevada et filmée en direct pour la télévision américaine. Elle consacre la dimension spectaculaire et médiatique de la démarche de Tinguely.

Eureka (1964)

Grande sculpture cinétique présentée à la Biennale de Venise pour représenter la Suisse. Elle marque la consécration internationale de Tinguely et son entrée dans les grandes institutions artistiques mondiales.

Le Cyclop (1969–1994)

Œuvre monumentale collaborative de 22 mètres de haut installée dans la forêt de Milly-la-Forêt (Essonne), réalisée avec Niki de Saint Phalle et d'autres artistes sur plus de vingt ans. Elle constitue le testament artistique le plus ambitieux de Tinguely.

Fontaine Stravinsky (1983)

Fontaine monumentale installée place Igor-Stravinsky à Paris, réalisée en collaboration avec Niki de Saint Phalle. Ses seize sculptures mobiles et colorées rendent hommage à l'œuvre du compositeur et sont devenues un emblème de l'art public dans l'espace urbain.

Mengele-Totentanz (1986)

Sculpture monumentale évoquant la Danse macabre, réalisée en référence au criminel nazi Josef Mengele. L'une des œuvres les plus sombres et les plus politiquement engagées de Tinguely, marquant sa réflexion sur la mort et la barbarie du XXe siècle.

Anecdotes

Le 17 mars 1960, Tinguely installe dans le jardin du Museum of Modern Art de New York une sculpture géante baptisée 'Homage to New York', conçue pour se détruire elle-même. La machine, assemblée de pièces de récupération, produit pendant vingt-sept minutes un spectacle chaotique de bruits, de fumée et de flammes avant que les pompiers ne soient contraints d'intervenir. Cet événement fit la une des journaux américains et imposa Tinguely comme une figure majeure de l'avant-garde internationale.

En 1959, Tinguely loue un avion pour survoler Düsseldorf et larguer depuis les airs 150 000 tracts imprimés sur papier jaune. Ce manifeste, intitulé 'Für Statik' ('Pour la statique'), appelait les artistes à abandonner l'art immobile et à embrasser le mouvement et l'impermanence. C'est l'un des gestes les plus spectaculaires de l'art d'avant-garde de l'après-guerre.

Ses Méta-Matics, machines à dessiner présentées pour la première fois en juillet 1959 à la galerie Iris Clert à Paris, permettaient au public de glisser une feuille de papier et d'obtenir un dessin 'abstrait' produit mécaniquement. Tinguely eut l'idée malicieuse de signer certains de ces dessins et ils se vendirent à des collectionneurs, illustrant sa critique féroce de la spéculation autour de l'art informel.

En 1983, Tinguely réalise avec sa compagne Niki de Saint Phalle la Fontaine Stravinsky, installée place Igor-Stravinsky à Paris, à côté du Centre Pompidou. Les seize sculptures mobiles et colorées, mêlant humour et hommage au compositeur, devinrent immédiatement une attraction populaire mondiale. Ce projet incarne parfaitement la collaboration artistique et amoureuse qui unit les deux artistes pendant plus de trente ans.

Tinguely était célèbre pour ses 'chasses à la ferraille' dans les décharges et les bords de route, ramassant roues de vélo, ressorts, engrenages et moteurs électriques usagés. Il aimait à dire que les matériaux qu'il utilisait avaient déjà 'vécu', qu'ils portaient en eux une histoire et une énergie propres. Son atelier de Soisy-sur-École, en région parisienne, ressemblait davantage à un atelier de mécanicien qu'à un studio d'artiste traditionnel.

Sources primaires

Für Statik (Pour la statique) — manifeste largué depuis un avion au-dessus de Düsseldorf (1959)
Arrêtez de résister au changement et participez à lui. Arrêtez de peindre le temps. Vivez dans le temps. Soyez dans le mouvement. Soyez le mouvement.
Déclaration constitutive du Nouveau Réalisme, signée par Tinguely, Yves Klein, Arman et autres (27 octobre 1960)
Les Nouveaux Réalistes ont pris conscience de leur singularité collective. Nouveau Réalisme = nouvelles approches perceptives du réel.
Propos de Tinguely rapportés par Calvin Tomkins, The New Yorker, à propos de 'Homage to New York' (mars 1960)
Je veux que la machine soit libre, qu'elle fasse des erreurs, qu'elle soit humaine. Une machine qui réussit toujours est ennuyeuse. Je voulais qu'elle soit imparfaite, qu'elle lutte, qu'elle meure.
Entretien publié dans le catalogue de l'exposition rétrospective au Centre Georges Pompidou, Paris (1988)
Le mouvement est la seule forme d'honnêteté dans l'art aujourd'hui. Tout ce qui est statique est faux. La vie est mouvement, la mort est immobilité.

Lieux clés

Fribourg, Suisse

Ville natale de Jean Tinguely, né le 22 mai 1925 dans cette cité bilingue franco-germanophone. Son enfance dans un milieu ouvrier lui donnera un rapport direct et sans complexe aux machines et aux matériaux industriels.

Kunstgewerbeschule (École des Arts et Métiers), Bâle

École où Tinguely effectue sa formation artistique de 1941 à 1945. Il y découvre le dadaïsme, rencontre ses premiers mentors et développe sa passion pour l'expérimentation formelle dans un contexte suisse très ouvert aux avant-gardes.

Paris, France

Tinguely s'installe à Paris en 1953 et y vit la majeure partie de sa carrière. La capitale française est le lieu de ses expositions fondatrices, de sa rencontre avec Niki de Saint Phalle et de son intégration dans les cercles du Nouveau Réalisme.

Fontaine Stravinsky, Paris

Place Igor-Stravinsky, à côté du Centre Pompidou, où est installée la fontaine créée par Tinguely et Niki de Saint Phalle en 1983. Ses seize sculptures mobiles et colorées sont aujourd'hui l'une des œuvres d'art public les plus photographiées au monde.

Forêt de Milly-la-Forêt, Essonne, France

Site où Tinguely installa son atelier de Soisy-sur-École et entreprit le chantier titanesque du 'Cyclop' à partir de 1969. Cette sculpture monumentale de 22 mètres de haut, réalisée avec plusieurs artistes dont Niki de Saint Phalle, est son testament artistique.

Musée Tinguely, Bâle

Musée inauguré en octobre 1996 à Bâle, conçu par l'architecte Mario Botta sur les bords du Rhin. Il abrite la plus grande collection mondiale de sculptures cinétiques de Tinguely et constitue le mémorial principal de son œuvre.

Voir aussi