Biographie

Tambour de la République à 13 ans, Joseph Bara fut tué par les insurgés vendéens en 1793. Robespierre en fit un martyr exemplaire de la jeunesse révolutionnaire, et la Convention vota son transfert au Panthéon, jamais réalisé.

Joseph Bara(1779 — 1793)

Joseph Bara

France

8 min de lecture

MilitaireSociétéTemps modernesRévolution française (1789-1799)

Questions fréquentes

Joseph Bara était un jeune tambour de l'armée républicaine, tué à 13 ans en Vendée en 1793. Ce qui le rend singulier, c'est moins son rôle militaire — modeste — que l'usage politique que Robespierre et la Convention nationale firent de sa mort. Ce qu'il faut retenir, c'est que Bara devient, en quelques semaines, un martyr de la République : son refus supposé de crier « Vive le Roi » en criant « Vive la République ! » est érigé en modèle absolu de vertu civique. La propagande révolutionnaire en fait le héros tutélaire de la jeunesse française, une figure quasi religieuse destinée à remplacer les saints catholiques.

Faits marquants

  • Né en 1779 à Palaiseau
  • Engagé comme tambour dans l'armée républicaine à 13 ans (1793)
  • Tué le 7 décembre 1793 à Jallais par des insurgés vendéens
  • Robespierre le présente à la Convention comme héros de la République
  • Son transfert au Panthéon est décrété en 1794 mais n'est jamais réalisé

Œuvres & réalisations

Service comme tambour de la cavalerie républicaine (1792-1793)

À douze ans, Bara s'engage comme tambour dans les armées de la République en mentant sur son âge. Il participe aux campagnes contre l'insurrection vendéenne, assurant la transmission des ordres par ses roulements sous le feu ennemi.

Décret de Panthéonisation voté par la Convention nationale (28 Prairial an II (1794))

La Convention vote solennellement l'entrée de Bara au Panthéon, consacrant officiellement son statut de martyr de la République. Ce décret, bien que jamais exécuté, illustre l'ampleur de la récupération symbolique de sa mort.

La Mort de Bara — tableau inachevé de Jacques-Louis David (1794)

Commandé pour la fête nationale prévue le 10 Thermidor, ce tableau représente Bara nu et agonisant en héros antique. Jamais achevé en raison de la chute de Robespierre, il est conservé au musée Calvet d'Avignon.

Discours de Robespierre érigeant Bara en figure tutélaire de la jeunesse républicaine (28 Prairial an II (16 juin 1794))

Ce discours fondateur construit le mythe de Bara : jeune héros pur sacrifié pour la patrie, modèle de toute la jeunesse française. Il programme la grande fête nationale en son honneur et institue officiellement son culte.

Hymnes et chants patriotiques à la gloire de Bara (1793-1794)

Plusieurs poèmes et chants furent composés en l'honneur de Bara pour alimenter la propagande révolutionnaire et être interprétés lors des fêtes civiques. Ces œuvres contribuèrent à diffuser son image dans toute la France républicaine.

Anecdotes

Le 7 décembre 1793, près de Jallais en Vendée, le jeune tambour Joseph Bara se retrouve encerclé par des insurgés royalistes qui lui ordonnent de crier « Vive le Roi ». Selon la version popularisée par Robespierre, il refuse avec éclat en criant « Vive la République ! » et est abattu sur-le-champ. Si la réalité est sans doute plus prosaïque — il aurait été tué en résistant à la saisie de chevaux de l'armée — son courage est unanimement salué par ses compagnons d'armes.

Pour entrer dans l'armée républicaine à l'âge de douze ans, Bara avait menti sur son âge. Fils d'un militaire décédé, il s'était engagé pour soutenir sa mère et ses sœurs restées à Palaiseau. Cette dimension sociale — un enfant du peuple qui sacrifie sa vie pour la République — fut soigneusement soulignée par les révolutionnaires pour faire de lui un modèle moral accessible à tous les jeunes Français.

Robespierre fit de Bara le symbole parfait de la jeunesse sacrifiée pour la République. Le 28 Prairial an II (16 juin 1794), il prononce devant la Convention un discours lyrique sur ce « héros de quatorze ans » (en réalité treize ans), le présentant comme l'incarnation des vertus républicaines : amour de la patrie, mépris de la mort, pureté morale. La propagande révolutionnaire s'empara immédiatement de ce récit pour galvaniser les recrues.

La Convention nationale décréta en juin 1794 que Joseph Bara serait inhumé au Panthéon aux côtés des grands hommes de la patrie. Le peintre Jacques-Louis David fut chargé de réaliser un grand tableau pour immortaliser sa mort, mais l'œuvre ne fut jamais achevée. Ce tableau inachevé, représentant le jeune garçon agonisant, est aujourd'hui conservé au musée Calvet d'Avignon.

Le projet de grande fête nationale en l'honneur de Bara et de Joseph Agricol Viala, autre jeune martyr républicain, était programmé pour le 10 Thermidor an II — mais la chute de Robespierre lors de la journée du 9 Thermidor (27 juillet 1794) mit fin au projet. Bara ne fut jamais panthéonisé. Son corps, enterré quelque part en Vendée, ne fut jamais retrouvé.

Sources primaires

Discours de Robespierre à la Convention nationale sur les vertus civiques de Bara et Viala (28 Prairial an II (16 juin 1794))
Bara, en expirant, pressait sur son cœur la cocarde tricolore. Il prodigua sa vie avec l'enthousiasme que donne l'amour de la patrie. Jeunes Français, imitez Bara ! Il mourait à quatorze ans pour la République.
Décret de la Convention nationale ordonnant la translation des cendres de Bara au Panthéon (28 Prairial an II (16 juin 1794))
La Convention nationale décrète que les honneurs du Panthéon seront rendus à Joseph Bara et à Joseph Agricol Viala, qui ont sacrifié leur vie à la défense de la liberté et de la République.
Compte rendu du Moniteur Universel sur la mort du jeune Bara (Décembre 1793)
Un enfant de treize ans, nommé Bara, tambour dans la cavalerie républicaine, a péri sous les coups des brigands vendéens en refusant de trahir la République. Son courage exemplaire mérite d'être porté à la connaissance de toute la Nation.
Lettre de la citoyenne Bara, mère du martyr, à la Convention nationale (1794)
Mon fils s'est sacrifié pour la République avec un courage qui m'emplit à la fois de douleur et de fierté. Je supplie la Nation de reconnaître ce sacrifice et de ne pas abandonner la famille qu'il a laissée dans le besoin.

Lieux clés

Palaiseau (Essonne)

Ville de naissance de Joseph Bara, le 30 juillet 1779. Fils d'un soldat et d'une famille modeste, Bara grandit dans ce bourg proche de Paris avant de s'engager dans l'armée républicaine pour soutenir sa mère.

Jallais (Maine-et-Loire)

Commune de Vendée où Joseph Bara fut tué le 7 décembre 1793 lors d'une opération militaire contre les insurgés royalistes. Une stèle commémorative marque aujourd'hui l'endroit approximatif de sa mort.

Panthéon, Paris

Temple républicain où la Convention décréta en juin 1794 que Bara serait inhumé aux côtés des grands hommes de la patrie. La chute de Robespierre le 9 Thermidor empêcha la réalisation de ce projet ; Bara n'y fut jamais transféré.

Vendée (théâtre de la guerre civile)

Région de l'ouest de la France où sévissait depuis mars 1793 une insurrection royaliste et catholique contre la République. C'est dans ce contexte de guerre civile particulièrement brutale, faite d'embuscades et de représailles, que Bara servit et mourut.

Voir aussi