Laskarina Bouboulina(1771 — 1825)

Laskarína Bouboulína

Grèce, Empire ottoman

8 min de lecture

MilitaireChef militaireRévolutionnaireTemps modernesLa fin du XVIIIe et le début du XIXe siècle voient monter les nationalismes en Europe, tandis que les peuples soumis à l'Empire ottoman, notamment les Grecs, s'organisent pour conquérir leur indépendance sous l'influence des idéaux des Lumières et de la Révolution française.

Laskarína Bouboulína est une héroïne grecque de la guerre d'indépendance contre l'Empire ottoman. Armant et finançant sa propre flotte de guerre, elle participa activement aux combats navals dès 1821, notamment au blocus de Nauplie. Elle est la seule femme à avoir reçu le titre d'amiral de la marine russe à titre honorifique.

Questions fréquentes

Laskarína Bouboulína (1771-1825) est une héroïne de la guerre d'indépendance grecque contre l'Empire ottoman. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elle n'était pas une simple figure symbolique : armateur et capitaine de sa propre flotte, elle finança et commanda en personne des navires de guerre, notamment la corvette Agamemnon, et participa activement aux combats navals dès 1821. Elle est la seule femme à avoir reçu le titre honorifique d'amiral de la marine russe. Son courage et son engagement en font un exemple rare de femme chef de guerre à l'époque moderne.

Faits marquants

  • Née en 1771 à Spetses, ile grecque sous domination ottomane, dans une famille de marins.
  • En 1821, elle arme à ses frais une flotte de plusieurs navires pour soutenir le soulèvement grec contre les Ottomans.
  • Elle mena le blocus naval de Nauplie, l'une des premières actions militaires majeures de la guerre d'indépendance.
  • Elle fut honorée du titre d'amiral de la marine impériale russe, distinction exceptionnelle pour une femme de l'époque.
  • Elle fut tuée en 1825 lors d'une querelle familiale à Spetses, devenant une figure martyrisée de la cause grecque.

Œuvres & réalisations

Construction et armement de la corvette Agamemnon (1820)

Financée entièrement par Bouboulína sur sa fortune personnelle, cette corvette de guerre fut le navire le plus puissant de la flotte de Spetses. Elle en prit le commandement et l'engagea dans les principales opérations navales de la révolution.

Blocus naval des côtes du Péloponnèse (1821)

À la tête d'une escadre de plusieurs navires, Bouboulína organisa et participa au blocus des ports et forteresses ottomanes du Péloponnèse, privant l'ennemi de ravitaillement et de renforts maritimes.

Financement de l'effort révolutionnaire grec (1821-1822)

Bouboulína consacra une grande partie de sa fortune personnelle à l'armement, à la solde des marins et à l'approvisionnement des troupes insurgées, faisant d'elle l'une des principales donatrices de la guerre d'indépendance.

Adhésion et soutien à la Filiki Eteria (1820)

Unique femme admise dans cette société secrète, Bouboulína mit ses réseaux, ses finances et ses navires au service de l'organisation clandestine qui préparait le soulèvement contre l'Empire ottoman.

Protection des civils ottomans lors de la prise de Tripolitsa (1821)

Selon plusieurs témoignages, Bouboulína s'interposa pour protéger les femmes et les enfants du harem du gouverneur ottoman lors du sac de Tripolitsa, témoignant d'une éthique personnelle au-delà du seul engagement militaire.

Anecdotes

Laskarína Bouboulína est née en 1771 dans une prison d'Istanbul, où sa mère était venue rendre visite à son père, un capitaine grec emprisonné par les Ottomans. Ce destin tragique dès la naissance sembla forger son caractère indomptable et sa haine de l'oppression ottomane.

Deux fois veuve de riches armateurs, Bouboulína hérita de plusieurs navires qu'elle fit construire ou améliorer à ses propres frais. Elle commanda personnellement la construction de la corvette Agamemnon, le plus grand navire de la flotte de Spetses, qu'elle finança en vendant ses bijoux et une partie de sa fortune.

Le 13 mars 1821, plusieurs semaines avant le déclenchement officiel de la révolution grecque, Bouboulína hissa elle-même le drapeau de l'insurrection sur ses navires à Spetses. Elle fut ainsi l'une des toutes premières à prendre les armes contre l'Empire ottoman, au risque de sa vie.

Lors du siège de Nauplie en 1822, Bouboulína participa activement aux opérations navales de blocus. La légende — probablement embellie — raconte qu'elle débarqua en personne, pistolet au poing, pour encourager ses marins et mener des assauts terrestres contre les fortifications ottomanes.

Bouboulína fut admise comme membre de la Filiki Eteria, la société secrète qui organisait la révolution grecque, fait exceptionnel car aucune autre femme n'y fut jamais acceptée. Cette appartenance confirme la reconnaissance de son rôle politique et militaire par les dirigeants du mouvement indépendantiste.

Sources primaires

Mémoires du colonel Thomas Gordon, History of the Greek Revolution (1832)
Bouboulina, a widow of great wealth and resolution, had equipped at her own expense several vessels of war, which she commanded in person, and with which she joined the revolutionary forces at the commencement of the struggle.
Correspondance diplomatique française — Rapport du consul de France à Patras (1821)
Une femme de Spetses, nommée Bouboulína, armée à ses frais plusieurs bricks et corvettes, commande en personne ses équipages et s'est distinguée par une bravoure peu commune dans le blocus des côtes ottomanes.
Mémorandum de Photakos (Photios Chrysanthopoulos), Mémoires sur la révolution grecque (1858)
Bouboulína était une femme d'une énergie extraordinaire. Elle avait équipé à ses frais l'Agamemnon et d'autres navires, et elle participa en personne aux opérations navales contre les Turcs.
Archives de la Filiki Eteria — Registre des membres (1820)
Parmi les membres initiés figure Laskarína Bouboulína, armateur de Spetses, initiée en raison de ses moyens financiers considérables et de son engagement total dans la cause de la liberté hellénique.

Lieux clés

Spetses (île), Grèce

Île du golfe Saronique, berceau et base d'opérations de Bouboulína. C'est ici qu'elle naquit (de facto, sa famille y était établie), qu'elle arma sa flotte et qu'elle mourut en 1825.

Istanbul (Constantinople), Turquie

Capitale de l'Empire ottoman où Bouboulína naquit en prison en 1771. Elle y retourna plus tard pour défendre ses droits de propriété auprès des autorités ottomanes après la mort de son mari.

Nauplie (Nafplio), Péloponnèse, Grèce

Place forte ottomane assiégée par les révolutionnaires grecs. Bouboulína participa au blocus naval de la ville en 1821-1822 et y résida après sa chute.

Tripolitsa (Tripoli), Péloponnèse, Grèce

Capitale administrative ottomane du Péloponnèse, prise en octobre 1821 par les insurgés grecs. Bouboulína y serait intervenue pour protéger des civils ottomans lors du sac de la ville.

Hydra (île), Grèce

Île voisine de Spetses et grande puissance maritime grecque, dont la flotte combattit aux côtés de celle de Bouboulína. Les deux îles formaient l'épine dorsale de la marine révolutionnaire grecque.

Liens externes & ressources

Voir aussi